A cœur ouvert avec Richard Bona
A la une, Célébrités, Interviews, Musique — Par ydrisu le dimanche 29 novembre 2009 à 22:05 a dimanche 29 novembre 2009 à 22:05Le plaisir, on l’a toujours à écouter Richard Bona. Pas seulement lorsqu’il chante de sa voix fluette et unique, mais aussi lorsqu’il parle. Surtout lorsqu’il parle de la musique. Cet art qui l’a hissé au firmament du jeu de basse mondial. Car quand vient le moment de parler de la musique, cet artiste que l’on ne présente plus ne fait pas la fine bouche et se laisse emporter par sa vaste connaissance du milieu et des hommes qui le composent.
Le magazine spécialisé américain Bass musician magazine a sans doute marqué un coup médiatique en ouvrant ses colonnes au bassiste camerounais. Cela au moyen d’une longue interview conduite par son responsable de la rédaction Jake Kot. Entretien au cours duquel Richard Bona a non seulement parlé de son récent album The ten shades of blues, mais a aussi parlé de son rapport à un art qui avant de devenir son métier était d’abord sa passion. Tant il n’oublie pas, près de 25 ans après son départ du Cameroun tout ce que son grand-père et mentor lui a inculqué.
A ceux qui ignoreraient son parcours, il rappelle qu’il a commencé par l’écoute des albums de jazz. Ce qui lui a permis de se rendre compte de ce que «la musique est un langage du cœur. Faire de la musique c’est parler avec son coeur». C’est pourquoi il récuse l’école comme moyen de formation d’un artiste, car «tout ce qui est étudié à l’école maintenant s’appuie sur l’expérience de ceux qui n’y ont jamais été». Du temps de son apprentissage auprès de son mentor, celui-ci ne cessait de le conseiller de recourir à son intuition et de laisser parler son cœur. Ce qu’il dit aussi c’est que durant ces années-là, il a profité de sa bonne ouïe lui permettant de reproduire une note de guitare à sa seule écoute.
Durant ces années-là à Minta, il s’est aussi imprégné de cette mystique africaine qui explique tous les hasards qui peuvent survenir dans le cours d’une vie ou d’une carrière. C’est du moins à cette aune qu’il faut juger son rapport avec le regretté Joe Zawinul par exemple. Il déclare au micro de Jake Kot que «la vie emprunte des voies étranges parfois, mais je ne pense pas que soit une coïncidence». Joe Zawinul a tant compté pour lui que quelques instants avant d’apprendre son décès, Richard lui avait consacré une de ses compositions qu’il avait d’ailleurs titré «Remember Joe». Un Zawinul avec qui il pouvait «jouer tout le temps et partout. Nous n’avions pas besoin de planifier quoi que ce soit. (…) En dehors de sa personnalité très macho avec laquelle beaucoup l’identifiaient, il était l’un de ses merveilleux gars que je n’ai jamais rencontrés».
Sur son nouvel album, il dit simplement «je vois le blues comme une véritable musique universelle. (…) quand on pense le blues d’un point de vue strictement traditionnel, l’on doit avoir à l’esprit que le blues est beaucoup plus sophistiqué que cela. (…) le blues est représentatif de plusieurs sonorités du monde, chacun comprend le blues». Sur sa technique de chant, il fait savoir que «j’ai grandi entouré de plusieurs musiciens. Mon grand-père, ma mère et mes oncles étaient tous musiciens. Chacun avec sa voix et j’étais toujours curieux de les découvrir. (…) C’est peut-être la somme de tout cela qui transpire de ma musique dans la mesure où j’essaye d’y incorporer chaque élément de mon passé».
Aux novices, il explique : «quand j’écoute un solo et qu’il me plaît, je le chante, puis je m’assois et le joue. Là réside la base de mon improvisation».
Une improvisation qu’il affectionne tant «jouer la musique c’est célébrer la vie (…) quand la musique sort des sentiers de la joie et du bonheur, ce n’est plus de la musique (…) Je suis très heureux d’être musicien. J’ai tellement appris avec la musique que je ne l’aurais fait sans. Mon grand-père, mon mentor, m’a dit un jour que si la vie d’un humain était le reflet de la musique, on vivrait dans un monde parfait». On pourrait ajouter avec lui que si tout le monde avait sa perception socratique de la vie («ce que je sais c’est que je ne sais rien») on s’en porterait davantage mieux.
Parfait Tabapsi / http://www.quotidienmutations.info
Tags: le bassiste richard bona, richard bona


Tweet This
Share on Facebook
Digg This
Bookmark
Stumble
0 Comments
You can be the first one to leave a comment.