ISNEBO, UN GUIDAR DANS LA FOULE URBAINE
A la une, Biographie, Biographies, Musique, Personnalités — Par ydrisu le jeudi 31 décembre 2009 à 03:28 a jeudi 31 décembre 2009 à 03:28
Isnebo
Or ce pays est une mosaïque musicale, un résumé de l’Afrique centrale et occidentale avec 240 ethnies et une géographie verticale – un peu comme l’Italie – traversant en pointe de flèche des paysages infiniment variés, de la jungle luxuriante du sud à la savane sahélienne du nord…
C’est de ce nord aride que viennent presque tous les membres de Faadah Kawtal, même s’ils vivent depuis dix ans dans le sud, à Maképé…banlieue nord de la turbulente Douala, capitale économique et grand port atlantique du Cameroun.
« Divine » est le premier Cd consacré à l’évolution urbaine d’une musique fascinante qui sous sa forme rurale a fait l’objet d’innombrables enregistrements : celle des Foulbés (appelés Peuls en français et Fulani en anglais). Ce peuple d’éleveurs, dont une minorité est restée nomade, est le plus nombreux (près de vingt millions) dans une immense région en forme d’arc qui va de la Guinée et du Sénégal (dont ils sont sans doute originaires) au Soudan, en passant par le Mali, le Burkina, le Bénin, le Niger, le Nigéria, le Tchad, la République Centrafricaine et donc le Cameroun…
Islamisés progressivement depuis le XIè siècle, les Foulbés ont conservé leur langue commune, le foufouldé, et une forte identité fondée sur le fulaaku, un code moral et social très exigeant, privilégiant la discrétion (voire le secret), la liberté, la pudeur, la ténacité, une relation quasi-sacrée avec les animaux d’élevage mais aussi la curiosité et l’ouverture à l’égard des autres cultures…
On retrouve ces valeurs ancestrales dans les textes des chansons de Faadah Kawtal, de même que leur musique préserve l’essentiel de la tradition peule tout en manifestant son hospitalité légendaire aux sonorités de la modernité.
Gérald Arnaud
Sa voix extatique et nasale évoque celle du Sénégalais Baba Maal, et ce n’est pas un hasard : tous deux sont sahéliens sédentarisés, urbanisés mais qui ont su préserver la puissance vocale propre aux griots des grands espaces, ceux dont le chant doit faire résonner la voûte céleste dans les fêtes en plein air du désert et de la steppe. Isnebo Haman, fondateur de Faadah Kawtal, est intarissable dès qu’il évoque ses racines :
« Aucun de nous n’a été nomade ni même éleveur. Mais nos parents ont connu cette vie. Mon père l’a quittée en 1967 pour devenir ouvrier du textile à Garoua. Nous avons tous passé nos vacances au village avec les jeunes pasteurs qui n’avaient pas comme nous la chance d’être scolarisés. Nous participions à leurs chants et à leurs danses au clair de lune. Dans chaque village Foulbé, il y a au cours de l’année de nombreuses fêtes rassemblant toute la communauté des environs, le kawtal : l’union.
D’où le nom du groupe, Faadah Kawtal : les messagers de l’union… nous voulons étendre cette fraternité communautaire à tout le pays, et même au monde entier.
Chaque fête a son répertoire et ses instruments spécifiques. Celle des récoltes se déroule au son des tupis, des conques faites de coquilles d’escargot. Celle des jumeaux met en valeur les rythmes du gouma, un tambour qui mesure près de deux mètres et que nous avons utilisé dans un morceau de l’album. Le goumba galewa, comme nous appelons notre musique, c’est avant tout une synthèse de toutes ces traditions de ma région de Garoua. »
LE GRIOT DU « MAÎTRE DES ÉLÉPHANTS »
C’est au grand chanteur-arrangeur de makossa Tom Yom’s que l’on doit d’avoir repéré, lors d’une escapade à Garoua, le talent naissant de Kawtal. En 1992, il les invite à Douala et les héberge chez lui pendant plus de deux ans… en son absence, car il est lui-même à Paris en train de concocter quelques tubes avec son ami Manu Dibango.
Isnebo se souvient avec émotion des débuts difficiles du groupe : « Douala est une ville violente, où les relations humaines n’ont rien à voir avec la conception que nous en avions selon la tradition. Nous y avons appris la dureté du monde moderne, mais en même temps nous avons été beaucoup aidés par l’association Doual’Art et par le Phaco Club où nous avons joué régulièrement à partir de 1993, et dont le patron a mis son amour de la musique et son matériel à notre disposition. Un soir, le cinéaste Patrick Grandperret est venu nous écouter. Il a adoré et nous a invités à une projection de son film « L’Enfant Lion », dont la musique était signée Salif Keïta. Quand il est revenu pour les repérages du « Maître des Éléphants », il avait prévu d’engager Ismaël Lo ou Youssou N’Dour, mais en réécoutant notre groupe, il a préféré nous donner notre chance.
Toute la bande originale a été réalisée à Paris d’après notre musique, et j’ai été engagé aussi comme acteur pour jouer le rôle de musicien. »
Isnebo en profite pour sortir au Cameroun ses deux premières cassettes « Derkejo » (1996) et « Kilanta » (1997). Invité au MASA d’Abidjan, le groupe Faadah Kawtal fait ensuite une tournée en Afrique centrale, accompagne à Paris l’équipe du Cameroun lors du Mondial 98, et se retrouve finaliste au concours « Découvertes » de RFI.
UNE ÉLÉGANCE TRES « DANCE »
Quatre ans après, ce premier CD longuement différé reflète cette quête d’authenticité et de perfection que continuent de partager tous les membres de Faadah Kawtal…
Claviériste et chef d’orchestre du groupe, Baliwi Innocent est originaire du Centre du pays : « Je suis né dans la région de Bafia, à 120 kms de la capitale Yaoundé, mais j’ai grandi dans le Nord, où mon père fonctionnaire a été affecté, et j’y ai été imprégné par la culture des Foulbés. Au début, j’étais fou de guitare, mais mon père qui travaillait dans la justice pensait que c’était un instrument de bandits, de voyous. Alors comme il voyait que j’étais décidé à devenir musicien et qu’un orgue traînait par là, il m’a forcé à en jouer. Dès le départ j’ai essayé d’y adapter les sons d’instruments traditionnels comme les xylophones, le guérégou (vièle monocorde) et surtout la flûte tidal ou molorou… »
Chez tous les Foulbés, du Sénégal au Soudan, on retrouve cette flûte fascinante dans laquelle le joueur souffle éperdument tout en chantant à tue-tête sur une autre gamme. L’autre instrument favori des Peuls est le luth à deux ou trois cordes appelé au Cameroun garaya, joué dans Faadah Kawtal par le bassiste Dourmani Désiré et le guitariste Mboyan Ismaël, deux frères de la région de Ngaoundéré.
Quant au tambour d’aisselle kalangou, entre les mains d’Isnebo il n’a jamais mieux mérité son surnom de « tambour parlant »…
Irrésistiblement dansante mais digne, très dynamique mais élégante et mesurée, la goumba balewa de Faadah Kawtal fait mentir tous les vieux clichés sur la « frénésie joyeusement monotone » des musiques de danse d’Afrique centrale : l’unité culturelle des Peuples à travers tout le Sahel fait qu’on est ici bien plus proche de la fuji nigériane ou même du mabalax sénégalais que du bikutsi ou du makossa !
Enfin n’oublions pas que Faadah Kawtal a grandi depuis dix ans à Douala, la « Lagos francophone », une des villes les plus trépidantes du continent, laboratoire informel de la modernité musicale. Francis Bebey ne disait-il pas de sa cité natale que « même les klaxons d’un embouteillage y sonnent déjà comme un véritable orchestre !… »
Les percussions additionnelles de Xavier Jouvelet ajoutent encore à cet éclectisme sans cacophonie, modèle de diversité et de subtilité dans le mariage des voix et des sons instrumentaux acoustiques ou électroniques.
Polyphonies de flûtes inspirées des Pygmées, arpèges de claviers « ornithologiques » et guitares cristallines viennent se poser délicatement sur des lignes de basse résolument « funky » ou « lovers’rock » :
Un vrai modèle de liberté sans trahison à l’égard de la tradition…
Gérald Arnaud
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Tél: 03 22 97 79 84
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E-mail: contact@label-bleu.com
Site web: www.label-bleu.com
Adresse: rue martin Bleu Dieu BP 0631
80000 Amiens
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Tags: haman isnebo, isnebo, isnebo bio


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