ELOM 20CE : « L’Afrique c’est chez nous… Il faut que nous croyions en nos capacités et qu’on aille bâtir des pyramides »

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Membre fondateur du label Asrafo Records ce jeune guerrier africain vient de sortir son premier album « Analgesik », conçu comme un médicament, et dans lequel Il évoque ses frustrations, ses espoirs et ses interrogations. Entretien exclusif !

Elom 20ce peux-tu te présenter aux internautes de culturebene?

Elom 20ce est un être humain de passage sur terre. Catapulté en Afrique, au Togo plus précisément, deux jours après les massacres de Sabra et Chatila. Devenu par la force des choses un griot contemporain, relatant la vie d’un Homme qui veut se réaliser et des embuches qui parsèment son existence. Fan de rap depuis les années 90, il en est devenu acteur en 2001, année de sa première participation à une émission de rap à la radio. Il a participé à plusieurs projets de part le monde, l’Amérique (Canada), l’Europe et l’Afrique. Sous son label Asrafo Records, il a participé à la Mixtape Rock the Mic Vol.1 produit en 2007, Rock the Mic Vol.2 en Décembre 2010. Il a sorti en Janvier 2010 le maxi «  Légitime Défense », en prélude à l’album « Analgézik » sorti le 17 Mars 2012.

Peux-tu nous expliquer ton nom Elom 20ce ainsi que le nom de votre label, Asrafo Records ?

Elom 20ce, ce sont mes vrais pseudos. Elom est le nom que mes parents m’ont donné qui veut dire en éwé, « Dieu m’aime ». 20ce est la contraction mathématique de Vince, diminutif de mon nom de baptême Venceslas. Echo Lima Osar Mike, matricule 2. 0. Charly Echo !

Asrafo, veut dire guerrier en Ewé. Ces guerriers sont présents aux Ghana et au Togo. Les appellations varient selon les régions, des fois c’est Ablafo, d’autres fois Asafu ou Asafo. Chez les Akan au Ghana par exemple, Asafo, c’est un groupe militaire qui défend l’Etat et le peuple. « Sa » veut dire Guerre  et « fo », Peuple. Ils participent à la vie de la société à travers les projets d’assainissement, la construction de routes, le divertissement de la communauté, etc.

Asrafo Records est le label des jeunes amazones et guerriers africains, qui ont une vision d’une Afrique unie et forte, riche de toutes ces diversités. « Organisés comme des fourmis légionnaires, nous bâtirons des édifices grands comme les pyramides », voilà notre credo.

Ton album intitulé « Analgésik » est enfin disponible, peux-tu nous présenter ce projet très attendu par tes fans ?

L’album est conçu comme un médicament. Un analgésique qui en plus de calmer la douleur, a aussi pour fonction de délaver les esprits sous hypnose, panser les blessures, et vivifier celles et ceux qui le prennent.

Plus concrètement, c’est un album de rap, qui s’inscrit dans la vision des pères fondateurs de ce noble art d’une part et des Etats africains d’autre part. Il est très axé sur les problèmes de l’Afrique, des problèmes que nous africains vivons quotidiennement. Il évoque mes frustrations, mes espoirs et mes interrogations.

Musicalement, il a été produit par de grosses pointures. Il s’agit de Generaldo (45 Scientific) Shabazz aka Shaheed, Epo, Crown (Grim Reaperz), Engone Endong aka Shogun, Crim, Ultrason et Nzaou Rob.

Quelle philosophie souhaites-tu véhiculer à travers cet album ?

Un extrait du refrain du morceau « Lumière », chantée magistralement par la sœur Renya répond à cette question : « We are able ». L’Afrique est capable, nous sommes capables de nous réaliser.

L’actualité du Sénégal le prouve. Quand je vois la mobilisation des rappeurs de « Y’en a marre », je me dis qu’on peut y arriver malgré les troncs d’arbre dans les roues. Malgré les rébellions et les coups d’état comme au Mali. Ce n’est pas « assis à l’ombre de nos doutes, à réciter des versets » que les choses vont changer. Il faut que nous croyions en nos capacités et qu’on aille bâtir des pyramides.

Quand on écoute tes compositions on se rend compte que l’Afrique occupe une très grande place dans tes compositions. Pourquoi cet engagement en faveur du continent noir ?

Parce que je suis africain et que mon continent va mal. On n’ira pas interroger tous nos frères et sœurs engloutis dans le ventre de l’atlantique ou de la méditerranée en direction d’un mirage européen, pour s’en convaincre. Tu sais, lors d’un de mes récents voyage en France, (je passais en plus par Douala), la sécurité des frontières à Paris m’a accueilli à l’entrée de l’avion comme un vulgaire trafiquant de drogues. Après avoir fouillé minutieusement mes bagages, ils m’ont fait un test urinaire, pour être sur que je ne consommais pas de drogues. Le test s’est révélé négatif, et y’avait rien d’illicite dans mes bagages. Ils m’ont laissé passer au final. Quand tu vis ces choses là, tu te demandes comment vivent les africains là-bas. L’Afrique c’est chez nous, il est important de faire le nécessaire pour qu’elle comble nos attentes. L’Afrique est un cadavre qui pleure. Il faut l’aider à se relever, à se ressusciter. Personne ne viendra le faire à notre place. Ça passera forcément par l’éducation, la lutte contre nos tares et les compradores. Analgézik s’inscrit dans cette lutte là.


Dans ta bio tu te définis comme un « arctiviste ». Peux-tu nous explique nous un peu ce concept ?

Un arctiviste, c’est un artiste + un activiste. Il relève du concept « Arctivism » : le militantisme sociopolitique porté par l’art. S’éduquer et éduquer nos populations à travers l’art dans son ensemble (proverbes, contes, théâtre, musique urbaine, peinture, danse, etc).

On sait que tu t’intéresse beaucoup aux Hommes qui ont marqué l’histoire du peuple Noir. Quels sont tes préférés parmi tous ces héros ?

La fameuse question sur nos leaders… Ils sont tous mes préférés. J’en découvre de plus en plus en faisant mes recherches. Récemment, j’ai découvert via un frère, Georges Jackson à travers son œuvre  « Devant mes yeux, la mort… ». Il est dense le tonton. Bref, j’essaie de puiser un peu d’eux tous. Mais disons, Cheikh Anta Diop pour l’intelligence, Frantz Fanon pour la détermination, Kwamé N’krumah pour la vision, Thomas Sankara pour l’audace et Amilcar Cabral pour la stratégie.

Etant un panafricaniste convaincu, comment penses-tu aujourd’hui que l’Afrique puisse se libérer du néocolonialisme ?

Par l’éducation de masse et l’éveil des consciences. Il faut se ressourcer dans les ouvrages que nos ainés, dont je viens de citer quelques noms, nous ont légués afin de faire face aux défis qui nous attendent. Avec une éducation digne de ce nom, les choses évolueront. Il faut bâtir des mentalités fortes, bannir des systèmes rétrogrades, mettre en place des structures viables. Comment se fait-il qu’il n’y ait toujours pas de vaccins contre le paludisme qui tuent des milliers d’africains chaque année ? Que le délestage électrique soit le dénominateur commun de beaucoup de nos pays ? Que foutons nous dans nos universités ? D’ailleurs quelle est le contenu de nos formations dans un monde compétitif. Même une allumette, on fabrique difficilement. On nous dira, on n’a pas les moyens. Mendier, mendier et mendier, alors que sous nos pieds et autour de nous, on a le nécessaire pour sortir de l’abîme. Bref nos micros Etats n’arriveront pas à s’imposer dans un concert des nations, où les requins et les baleines s’allient entre eux pour mieux exploiter les sardines. Il faut éduquer les gens à nécessité de marcher ensemble pour la défense de nos intérêts. Ensemble on sera plus fort, et nos intérêts mieux défendus. Ce combat doit être compris par l’africain lambda. Car chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. Quand j’apprends que les Nigérians se font refouler en Afrique du Sud et vice versa pour des histoires de carnets de vaccination ; quand je vois des rebelles qui appellent à la sécession, je me demande à qui cela profite ? Ont-ils conscience de la portée de leur revendication sur l’affaiblissement du continent ? Je ne crois pas. Donc l’éducation de masse et l’éveil des consciences.

Si on te demandait de nous parler un peu du hip hop togolais que nous dirais-tu ?

C’est un art qui bouge. Né dans les années 90, il a pour pionniers, entres autres, Eric Mc et Daddy Creator. Dans les années 2000, l’ascension a été fulgurante. Il y a plein de talents. Des albums sortent chaque année. Des salles de concerts sont remplies. Mais il reste beaucoup à faire pour que le Hip Hop togolais s’impose déjà comme un art à part entière au Togo et franchisse les frontières. Mon ami Slapa Fire, directeur du studio Lumumba dirait qu’il lui faut du temps.

Quelles relations as –tu avec tes concitoyens tels que Yao Bobby et d’autres ?

Avec Yao Bobby, les relations sont bonnes. C’est un pote. Le message est le même, positif. La démarche musicale admirable. Je respecte. On se soutient, on échange, c’est la seule manière de pouvoir avancer. Avec mes concitoyens rappeurs, j’entretiens de très bonnes relations, tant que la même vision est la même. Cela dit, mes relations ne sont pas plus mauvaises avec les autres. Les doigts de la main ne sont pas pareils. Je respecte et admire des rappeurs comme Bestial ou Horus du groupe Balles 2 Rimes. Je trouve qu’ils ont un potentiel inouï. Pareil pour tous ceux qui sont en featuring sur l’album Analgézik, Sitou Koudadjé, Koffi Anani, Bricce ou Eklin. Ce sont des gars qui rappent sec et qui ont des plumes de fou.Ma relation avec les artistes ne se limitent pas aux rappeurs. J’admire le travail des sœurs Renya, Kezita, Belinda, Lyne Evenya, Rosemonde ou de la saxophoniste Nathalie Ahadji qui joue sur le titre « Autopsie d’une Nation 1 ». Musicalement, elle est encore plus profonde avec des instrumentistes comme Elias Damawou ou Koffi Enam du groupe Ablafo également sur l’album. Des gens qui m’apprennent beaucoup. La liste est longue comme tu peux le constater. Ceux qui se ressemblent s’assemblent…

Un dernier mot ?

Un seul ? (il réfléchit) FOI.

La Rédaction

Cuture Black & Afro, Stars & People, Divertissement....

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