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Manga Patou : «Ceux qui croient s’arroger le monopole de la mode doivent comprendre que c’est révolu »

Aujourd’hui vous êtes plongé en plein dans le monde de la mode ; mais dans quelles conditions êtes-vous parti du Cameroun pour le pays de la mode, la France ?

Je suis partie de manière régulière, du Cameroun dans l’optique de m’offrir une vie meilleure et me fixer de nouveaux objectifs et comme je me débrouillais plutôt pas mal au foot je pensais y faire carrière, mais pour x ou y raison cela n’a pas pu se faire du coup j’ai embrassé la carrière de Styliste.

Une fois arrivé en France, comment vous êtes-vous adapté ?

Comme chaque personne qui peut raconter sa venue en Europe, ce n’était pas de tout repos ; tout simplement parce que quand on arrive on est tout de suite confronté à la réalité du terrain et il faut s’adapter. J’ai pu compter sur des personnes qui m’ont aidé et que je remercie une fois de plus. Le virus de la mode était déjà en moi en partant du Cameroun sauf que j’étais partagé dans ma tête entre l’idée de faire du foot ou me concentrer sur la mode. Finalement c’est la mode qui l’a emporté car je n’étais pas suffisamment « tueur » pour rester dans le milieu du foot donc jusqu’aujourd’hui j’ai du mal à comprendre les codes. Comme il fallait tout apprendre j’ai commencé par travailler pour des maisons et c’est cela qui m’a permis de conforter mon choix de devenir designer.

Quels sont vos rapports avec les autres stylistes camerounais résidants de ce côté-là ?

Mes rapports avec les autres stylistes sont cordiaux ; cependant la vérité c’est que je suis en admiration quand je rencontre un homme de l’importance de Paul Smith, Viktor and Rolf, Vincent Elbaz de chez Lanvin etc. Parce qu’ils sont d’une extrême humilité et que moi j’ai tout à gagner. C’est ces personnes-là qui font la mode, et je fréquente dans les différentes fashions weeks ou events. Quand j’ai commencé à montrer ce que je faisais, beaucoup m’ont approché et me parlaient des events mode qui se passaient dans la communauté et cela m’a interpellé et j’ai voulu voir de plus près, toucher du doigt ce monde, d’où ma participation à la black fashion week. Grand à été mon étonnement de voir le décalage entre le milieu de la fashion week et les events afro. Premier constat, tout le monde sait tout ; le photographe, le mannequin, le maquilleur etc, se prennent pour je ne sais quoi? Il y en qui distillent de bons points aux gens c’est tel qui dit : « Toi tu es designer l’autre ne l’est pas… », chacun est organisateur de quelque chose donc cela n’a d’impact que sur les courtisans qui les entourent. Vous avez une autre catégorie de designers qu’on met dans une case qu’on appelle designer africain ; ils ont le melon comme ça (il décrit les formes de la poitrine pour en décrire l’opulence). Moi quand j’étais tout petit j’entendais parler des mémés, je grandis on me parle toujours des mémés ; en quoi cela me concerne-t-il ? Où ont-ils des boutiques? Qui est-ce qu’ils habillent? Certains se font noyer sur dans rêves inutiles pourtant ils sont pétris de talents je veux juste rappeler que choisir la mode, la peinture, le chant c’est des métiers artistiques ou on l’a ou on ne l’a pas. Donc ceux et celles qui pensent s’arroger le monopole de la mode doivent comprendre que c’est révolu et que moi comme certains sommes d’une nouvelle génération et que nous venons faire différemment, nous voulons grandir, nous voulons conquérir la mode parce que c’est un métier qui nourrit son homme, donc pour finir c’est pas accepter de s’enfermer dans une case qui va les faire avancer, mais se battre pour être reconnu comme designer tout simplement pas comme designer africain cela ne veut rien dire. Et surtout, que le styliste noir ne se dit pas qu’il ne fera que du pagne, chacun fait ce qu’il veut quand il veut, la mode c’est la liberté. Elle ne se quantifie pas,et à ces charlatans qui veulent donner des leçons aux autres ils ne peuvent rien contre l’opinion. La mode c’est celle qui se vit et se voit.

Manga Patou a-t-il déjà habillé des célébrités ? Qui sont-elles ?

J’ai collaboré avec des célébrités, pour des raisons de confidentialité je préfère taire les noms ; je conseille également quelques-uns et en temps utiles les choses se feront savoir mais des indices sont sur ma page mode facebook. N’oubliez pas que certains ont du mal à assumer que le grand public sache qu’ils sont conseiller dans leurs façons de s’habiller d’ailleurs cela me rappelle les périodes où je vendais à la sauvette à certains, ils me disaient surtout de ne pas dire que ces habits viennent de moi et cela me faisait beaucoup rigoler ; pourtant derrière un conseil vestimentaire c’est pas juste l’aspect de se vêtir qui importe il y a aussi l’attitude, c’est aussi savoir pourquoi changer le style. C’est important pour son business, pour son équilibre et son état d’esprit. On y gagne à pacifier une image, on y gagne en publicité… Regardez le plan de com des gens comme Lionel Messi pour ne citer que lui en plus de ce qu’il gagne en contrat de foot il représente des marques de vêtements. Est-ce parce qu’il est très beau ou très élégant? Non tout simplement parce qu’il s’entoure des gens qui lui apportent une valeur ajoutée… A présent regardez, que ce soit dans la musique, le sport, la télé, il n y a pas un africain qui soit cette icone mode sortie de son cadre et qui génère des dividendes extérieures ; pourquoi ? Et bien  parce qu’ils pensent ne pas avoir l’utilité hélas. Du coup on retrouve toujours devant la télé à voir Messi, Ronaldo, Thierry Henry, Beckham, Kobe Bryant, Tony Parker, mais où sont les africains? Pourtant nous avons tout un continent pas bien exploiter donc aux leaders de comprendre le bien fondé de ceci.

Pourquoi monter des projets en France et non dans votre pays le Cameroun ?

J’ai pas choisi spécialement de monter mes projets en France le hasard a voulu que la France soit mon pays de résidence et que ce soit en France que le déclic de la création se soit produit. Sans préjugé, quand on sait comment il est difficile le milieu de la mode. Il me fallait apprendre le processus de création jusqu’à l’arrivée en boutique. Aujourd’hui il est temps pour moi de faire quelque chose au Cameroun pour la simple raison que le besoin est là. La clientèle est là à condition que nous ne soyons toujours pas porter vers les autres c’est aussi bien d’être un peu chauvins. Quand j’étais plus jeune j’avais entendu un slogan « consommons camerounais » il est plus vrai aujourd’hui que jamais dans un monde mondialiser. Quand je regarde la télé, quand je regarde les profils sur les différents réseaux sociaux je penses qu’il y a moyen de faire de bonnes choses donc j’en appelle aux sponsors, mécènes de croire en l’industrie de la mode il y a du potentiel donc je reste ouvert pour des discussions d’affaires

A quand votre retour au pays ?

Au sujet du retour au pays laissez-moi mettre en place ce qui se dessine et culturebene sera au cœur de l’information car je veux faire quelque chose de diffèrent et cela nécessite un travail de longue haleine et je compte mettre, grâce à Dieu, tout cela en place et je peux dire merci à toutes ces personnes qui sans cesse, chaque minute m’encouragent à persévérer. Bientôt je serais à vous et pour rien au monde je ne vais lâcher je veux juste aller au bout de ce que je pense être juste pour moi et comme cela semble plaire je dis merci.

Comment comptez-vous apporter votre part au développement du secteur dans votre pays ?

Ce que je compte apporter à mon pays en matière de mode me parait simple c’est faire comprendre aux miens que la mode n’est pas un gadget c’est une industrie créatrice d’emplois donc on peut en vivre et faire vivre des gens. Mon travail reflète la société d’aujourd’hui. De par ma petite expérience, faire fusionner tous ces talents qui exercent dans la mode afin de faire émerger des talents qui se meurent. Le Cameroun reste un des seuls pays à ne pas avoir un évènement digne de ce nom où les talents de l’intérieur ou de l’extérieur peuvent faire découvrir leur génie. Nul n’est censé ignorer le décalage de la mode qui se fait en occident et celui du continent.la mode est universelle elle n’appartient à personne donc je veux apporter en toute modestie ce que j’ai appris auprès des plus grands et partager ce savoir tellement il y a des talents mannequins, stylistes, mais si nous n’arrivons pas à créer une vraie synergie cela ne mènera à rien .

Manga Patou vit-il en couple ? A-t-il des enfants ?

J’ai une charmante famille à qui je fais un clin d’œil à mes trois princesses Joyce, Camélia et Perla

Un souvenir qui vous aurait marqué au Cameroun avant votre départ ?

Ce qui m’aurait marqué au Cameroun avant mon départ remonte dans les années 80 qui ont été d’une incroyable liberté, la grande exubérance pour les hommes. Les années où les hommes osaient mais ça revient à nouveau et j’aime…

S’il vous était donné de décrire vos vêtements (ou collections), comment vous y prendrez-vous ?

Si j’avais à décrire mon style, je mets au point une allure fluide et classique d’une vibrante modernité grâce à un jeu de proportions imparables et un sens aigu du style. Ce qui donne des pantalons affutés par exemple portés sous un trench ample. Je ne révolutionne rien je fais juste une réinterprétation subtile des fondamentaux du vestiaire masculin et féminin. Entre force des lignes et délicatesse des détails que j’essaie de porter au comble de la séduction.

 

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