
La Fondation Muna à Yaoundé a servi de cadre, ce samedi 13 décembre 2025, à la présentation officielle du 11e roman de l’écrivain et homme d’État congolais Henri Djombo. Entre métaphores politiques et réformes sociales, l’auteur livre une œuvre dense sur les défis de l’Afrique contemporaine.
C’est devant un parterre de journalistes et de passionnés de belles lettres qu’Henri Djombo a dévoilé son dernier-né : « Une semaine au Kinango ». Paru le 18 octobre dernier aux Éditions du Net, ce récit de 185 pages nous plonge dans le quotidien d’une nation fictive, le Kinango, véritable laboratoire des tensions qui secouent le continent.
La métaphore des « fourmis magnan » : le réveil du peuple
L’un des points forts de l’ouvrage, largement commenté lors de la dédicace, est l’ouverture fracassante du récit sur une invasion de fourmis magnan. Pour l’auteur, ancien ministre de l’Économie Forestière, l’insecte devient une puissante allégorie politique. « Individuellement, une fourmi est inoffensive, mais en colonie, elles forment une armée capable de tout dévorer », a-t-on souligné durant les échanges. Cette image illustre la capacité d’organisation des citoyens face à l’injustice. Henri Djombo prévient : poussé à bout par la corruption, le « pouvoir par le bas » devient une force irrésistible. À l’inverse, il invite la société à s’inspirer de la discipline et de la solidarité sans faille de ces insectes pour bâtir une nation solide.
Un panel d’experts pour une autopsie littéraire
Pour décortiquer les 36 chapitres de l’œuvre, un panel sous-régional de haut vol a été mobilisé. Autour de l’auteur, on retrouvait le cercle critique composé des universitaires congolais Rosin Loemba, Édouard Ngamountsika, Rony Devyllers et Yala Kouandzi.
La note camerounaise a été apportée par Jules Michelet Mambi Magnack, enseignant-chercheur à l’Université de Maroua. Ce dernier, déjà auteur d’un essai sur l’écrivain (L’impératif romanesque de Henri Djombo), a mis en lumière la « poét(h)ique du développement » qui traverse l’œuvre du romancier. Ensemble, ces experts ont validé la portée pédagogique d’un texte qui pourrait rapidement rejoindre les programmes scolaires et universitaires.
L’écrivain qui « écrit l’Afrique à partir de l’Afrique »
Président de l’Union Nationale des Écrivains et Artistes Congolais (UNEAC) depuis 2010, Henri Djombo confirme son statut de figure centrale de la littérature engagée. Lauréat de plusieurs prix internationaux (Toussaint Louverture, Camara Laye), il explore ici les rouages d’une nation en pleine mutation, marquée par le choc des générations, les fractures sociales et le poids des relations internationales.
Pour l’auteur, l’écriture est un acte de responsabilité : « Le romancier n’est pas là pour flatter les consciences, mais pour remuer le terreau des réalités sociales. Le Kinango n’est pas ailleurs, il est en chacun de nous dès lors que nous aspirons à une justice plus humaine. »
Après cette escale remarquée à Yaoundé, la caravane de dédicaces de « Une semaine au Kinango » mettra le cap sur Brazzaville avant de s’envoler pour Paris.
Il faut rappeler que cette dédicace a été organisée par la ronde des poètes.
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