
« Un réalisiste qui ajuste son voile quand le vent souffle ». C’est par cette puissante métaphore que se définit Christian Kengne. Ce jeune cinéaste, réalisateur et producteur camerounais apporte chaque jour sa pierre au rayonnement d’une industrie cinématographique locale en pleine reconstruction. Sa véritable marque de fabrique ? Faire de sa caméra le porte-parole indéfectible des droits humains au Cameroun, en Afrique et au-delà. Pour Culturebène, retour sur l’itinéraire d’un créateur passionné guidé par des valeurs inébranlables.
1995 : Les larmes d’une vocation
Rien ne prédestinait le jeune Christian à la caméra, lui qui nourrissait initialement un faible pour les harmonies de la musique. Tout bascule en 1995 dans une salle obscure de Yaoundé. Au programme : L’école des héros de Daniel Petrie Jr. Devant l’histoire tragique de cette institution prise en otage par des terroristes et sauvée par ses propres élèves, la salle retient son souffle et le jeune Christian fond en larmes. Bouleversé par le pouvoir émotionnel des images, il se jure alors d’embrasser le septième art avec une mission claire : raconter des histoires capables de toucher les âmes et de secouer les consciences.
L’apprentissage et l’ère du Web 2.0
Pour transformer son rêve en métier, le natif de Bandjoun (dans le Koung-Khi, à l’Ouest du Cameroun) explore d’abord le jeu d’acteur au sein de la troupe théâtrale « Les Perroquets », aux côtés de Papa Samy. Avide de connaissances, il s’assied à l’école des maîtres en participant aux séminaires de grands noms du cinéma de l’époque comme Michel Kuate ou Bassek Ba Kobhio. À l’aube des années 2000, alors que les nouvelles technologies et le Web 2.0 explosent, ce visionnaire autodidacte s’en saisit immédiatement pour parfaire son art et affûter ses compétences techniques.
Du choc du reportage à l’engagement citoyen
La conscience sociale de Christian Kengne s’est forgée à l’épreuve du réel. Ancien caméraman et reporter de terrain, il s’est retrouvé au cœur de crises historiques majeures, notamment le conflit postélectoral sanglant en Côte d’Ivoire entre 2010 et 2011. Dans l’ombre des projecteurs, il observe, écoute et capte les interviews de leaders politiques tels que Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Ali Bongo ou François Bozizé. Face à ces tragédies humaines, il refuse de rester un témoin passif : il décide d’utiliser le cinéma comme un espace actif de résistance pour défendre la justice et la dignité.
Une œuvre au cœur des fléaux sociaux
Depuis son premier grand coup d’éclat, sa filmographie est un réquisitoire contre les injustices africaines :
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Le Bail (2008) : Une immersion juste et applaudie dans les relations tumultueuses entre bailleurs et locataires.
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Noir total (2009) : Le récit poignant, récompensé aux Écrans Noirs, d’une jeune femme victime de viol.
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M’bra on est ensemble (2014) : Une série comique qui utilise l’humour pour célébrer la solidarité et le vivre-ensemble.
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Makeba (2016) : Un long métrage majeur qui met en lumière la lutte indispensable contre les violences faites aux femmes.
Polyvalent, l’homme met également sa créativité visuelle au service des plateaux de télévisions d’envergure telles que Vox-Africa, Vision 4 ou HTV en qualité de designer.
Talents Ciné Afrique : Passer le flambeau à la relève À l’aube de la quarantaine, Christian Kengne ne pense pas qu’à sa propre carrière ; il pense à l’avenir. Animé par un profond désir de transmission, il s’investit massivement dans le repérage et la formation de la jeunesse à travers son concept phare : Talents Ciné Afrique. Ce rendez-vous culturel annuel d’envergure, parrainé avec brio par l’ambassade d’Espagne au Cameroun, a lancé sa première édition à Yaoundé en décembre 2019. L’occasion pour le cinéaste de renouveler sa promesse solennelle : défendre les libertés humaines jusqu’à son dernier souffle et faire de sa structure une vitrine incontournable du cinéma africain de demain.
Christian Kengne incarne cette nouvelle vague de cinéastes africains pour qui l’esthétique doit toujours servir l’éthique. En transformant les réalités sociales souvent sombres en œuvres d’art lumineuses et primées à l’international, il redonne au cinéma camerounais ses lettres de noblesse.
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