
C’est un sommet de l’urgence et de l’ambition. Ce lundi 9 février, le Palais des Congrès de Yaoundé a ouvert ses portes au 23e Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA). Jusqu’au 13 février, plus de 3 000 experts, ministres et décideurs de 60 pays se penchent sur un défi vital : garantir l’accès universel à l’eau potable sur un continent en pleine mutation.
Une mobilisation politique de haut vol
La cérémonie d’ouverture, présidée par le Ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a marqué les esprits par la diversité des acteurs présents. À ses côtés, les ministres Célestine Ketcha Courtès (Habitat) et Joseph LE (Fonction Publique) ont illustré une réalité cruciale : l’eau n’est pas qu’une question de tuyaux, c’est un enjeu d’urbanisation et de modernisation de l’État.
« L’accès à l’eau est un levier de stabilité sociale et une priorité de notre Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30) », a martelé Gaston Eloundou Essomba, appelant à une « coalition africaine » pour briser le plafond de verre des financements.
Yaoundé, hub de solutions concrètes
Sous la houlette du Dr Blaise Moussa, Directeur Général de la CAMWATER et actuel président de l’AAEA, le congrès se veut un laboratoire d’action. « L’objectif est de transformer les échanges techniques en solutions concrètes sur le terrain », a-t-il déclaré.
Le Sénégal, représenté par son ministre Cheikh Tidiane Dièye, apporte également son expertise de leader régional. Il a souligné le « paradoxe hydrique » de l’Afrique : un continent qui regorge de ressources naturelles, mais qui souffre d’une pénurie artificielle faute d’investissements structurels.
L’ère de la « Smart Water » et de la finance durable
Deux partenaires majeurs incarnent ce nouveau tournant : la BAD (Banque Africaine de Développement), bras financier du secteur qui insiste sur les modèles « climato-intelligents », et MTN Cameroun, qui propulse l’eau à l’heure du numérique.
MTN Cameroun : L’eau à l’heure du numérique C’est l’un des points les plus innovants de cette édition. L’implication d’un géant des télécoms comme MTN montre que le secteur de l’eau entre dans l’ère de la « Smart Water » :
- Digitalisation des services : MTN propose des solutions de paiement mobile (Mobile Money) pour les factures d’eau, facilitant la vie des usagers et sécurisant les recettes des opérateurs.
- Solutions IoT (Internet des Objets) : La technologie de MTN peut être utilisée pour la pose de compteurs intelligents, permettant de détecter les fuites sur le réseau en temps réel grâce à la connectivité 4G/5G.
- Inclusion : En tant que partenaire technologique, MTN soutient également le Forum des Start-ups, encourageant les jeunes développeurs camerounais à créer des applications pour la gestion de l’eau.
Le chiffre choc : 411 millions
Derrière l’innovation se cache une urgence humaine : en 2026, environ 411 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Plus grave encore, près de 800 millions de personnes sur le continent manquent de services d’assainissement de base. Pour inverser la tendance d’ici 2030, les experts estiment qu’il faudrait investir environ 50 milliards de dollars par an.
Un enjeu de civilisation
Entre prestations artistiques célébrant la culture camerounaise et visites des stands technologiques, l’atmosphère à Yaoundé est à l’optimisme combatif. L’enjeu dépasse le cadre technique : derrière les débats se cache la réalité des écoles et des centres de santé qui attendent, partout sur le continent, que le robinet coule enfin.
Le message de Yaoundé est clair : pour l’Afrique, l’heure n’est plus au diagnostic, mais à la transformation radicale par l’action.
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