CamerounMusiquePortrait

Portrait : Salatiel, l’architecte prodige de la musique camerounaise

De la chorale de Tiko aux studios de Beyoncé, le parcours de Salatiel Livenja Bessong est celui d’un génie autodidacte qui a su redéfinir les contours de l’Afropop urbain. Retour sur la trajectoire de celui que l’on surnomme le « High Man General ».

Des bancs de la médecine aux partitions de musique

Né à Tiko dans une famille chrétienne de neuf enfants, rien ne prédestinait Salatiel à devenir une star de la musique urbaine. Fils de pasteur, il fait ses premières armes dans les chorales religieuses. En 2005, après l’obtention de son baccalauréat, il s’inscrit à l’Université de Yaoundé I avec un rêve : devenir médecin.

Pourtant, le virus de la musique le rattrape. Entre deux cours, il fonde le Salas Band. Sa passion est telle qu’il prend une décision radicale : abandonner la médecine pour la zoologie, afin de libérer du temps pour sa direction artistique. En 2007, il s’installe à Buea et prend les rênes de la chorale Break Through Voices. C’est le début d’une ascension irrésistible.

L’éclosion d’un producteur hors pair

En 2008, lors de l’enregistrement d’un album gospel aux M1 Studios, Salatiel a une révélation : il ne veut pas seulement chanter, il veut créer le son. Sous l’aile d’Emile Ngumbah, il apprend les rouages de la production. Une semaine plus tard, il signe son premier beat.

Sa polyvalence devient sa marque de fabrique. Qu’il s’agisse de Makossa, de Bikutsi, de Hip-hop ou de Jazz, Salatiel fusionne les genres avec une aisance déconcertante. Cette expertise le mènera à produire plus de 3 000 chansons pour environ 300 artistes, dont des légendes comme Manu Dibango ou Annie Anzouer, et des hits mémorables pour la nouvelle garde (Mr. Leo, Blaise B, etc.).

L’empire Alpha Better Records et l’explosion « Fap Kolo »

En 2014, le grand public découvre l’artiste solo grâce au concours MTN Make the Music. Son titre « Fap Kolo » écrase la concurrence et devient un hymne national. Fort de ce succès, il consolide son label, Alpha Better Records, basé à Buea.

Pendant des années, le label va dominer les charts d’Afrique Centrale, transformant chaque sortie en tube planétaire et imposant une identité sonore camerounaise moderne, à la fois authentique et exportable.

La consécration mondiale : L’épisode Beyoncé

Le tournant décisif survient en 2019. Le monde entier découvre le nom de Salatiel sur l’album The Lion King: The Gift produit par la superstar Beyoncé. Sur le titre « Water », sa voix se mêle à celle de Queen B et de Pharrell Williams.

Ce moment historique fait de lui l’un des rares artistes d’Afrique francophone à collaborer à ce niveau d’influence mondiale. Loin de se reposer sur ses lauriers, il enchaîne en 2021 avec son album magistral « Africa Represented », où il convie des icônes comme Angélique Kidjo et Sauti Sol, prouvant que sa vision de la musique ne connaît aucune frontière.

Un héritage en mouvement

Aujourd’hui, Salatiel n’est plus seulement un producteur ou un chanteur ; il est une institution. Entrepreneur visionnaire et mentor pour la jeune génération, il continue de porter haut le drapeau tricolore camerounais. Son parcours, du presbytère de Tiko aux tapis rouges internationaux, reste l’une des plus belles leçons de détermination de la culture camerounaise contemporaine.

 

Commentaires

0 commentaires

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux:

📸 INSTAGRAM: https://instagram.com/culturebeneofficiel
🌐 FACEBOOK: https://www.facebook.com/culturebene
🐤 TWITTER: https://twitter.com/culturebene
📩 EMAIL: culturebene@declikgroup.com
Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page