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Yoly Moon: « Dès le ventre de ma mère, j’étais déjà destinée à faire la musique…»

Elle porte en elle la force de la forêt équatoriale et l’éclat de la modernité. À l’occasion de la sortie de son tout premier album de 10 titres baptisé Assomo, l’artiste camerounaise Yoly Moon s’est confiée sans filtre à Culturebene. De ses racines Maka et Baka à sa vision de la musique camerounaise, en passant par son concept unique de « Pygmée Caviar », elle nous plonge dans un univers où l’identité culturelle est reine. Rencontre avec une guerrière de la chanson.

Culturebene : Bonjour Yoly Moon. Merci de répondre à nos questions. En quelques mots, peux-tu te présenter à nos internautes ?

Yoly Moon : Bonjour ! Je suis l’artiste camerounaise Yorimun Ngono Yvonne Yolande, originaire des profondeurs de la forêt de l’Est-Cameroun. Je suis maman, mais aussi une jeune femme à l’esprit dynamique, pleine de vie et dotée d’une âme de guerrière.

Comment es-tu arrivée dans la musique ? Parle-nous de tes débuts…

Je dis très souvent que ce n’est pas moi qui suis arrivée dans la musique, c’est la musique qui m’a choisie dès la matrice de ma mère. Pour la petite histoire, ma mère rêvait d’avoir une fille car elle était fan de deux grandes icônes de la musique africaine : Yvonne Chaka Chaka et Yolande Ambiana. Son vœu le plus cher était que cette fille chante comme ses idoles, et elle avait promis de lui donner leurs prénoms. Quand je suis née, elle a exaucé son vœu en me nommant Yvonne Yolande.

Vous comprenez donc que j’étais prédestinée. Cependant, quand l’heure est venue d’entamer ce voyage, rien n’a été facile. Mes débuts, comme tous les débuts, ont été très difficiles. Mais étant guidée par ce destin de devenir une musicienne professionnelle de dimension mondiale, je me suis toujours battue et j’ai énormément travaillé pour me hisser parmi les meilleurs.

Tu as annoncé la sortie de ton premier album de 10 titres, « Assomo ». Peux-tu nous présenter cet opus ?

Cet album est un exploit que je voulais réaliser depuis de très longues années. Mettre sur le marché un disque de plusieurs titres était un rêve de gosse, et ce n’est que le premier d’une longue série ! J’en suis très fière. Assomo est avant tout une œuvre hommage à ma mère, qui porte ce nom.

En lui-même, le mot « Assomo » signifie « Découverte ». Pourquoi ? Parce que les genres musicaux explorés dans cet album sont une redécouverte de notre culture, de certains rythmes traditionnels, mais aussi une redécouverte de moi-même en tant qu’artiste. Je me suis baladée à travers plusieurs sonorités pour amener les mélomanes à découvrir cette nouvelle approche musicale. C’est un véritable hymne au retour à nos racines.

Justement, quelles sont les thématiques principales que tu abordes dans cette œuvre ?

« Il ne suffit pas de dire « je suis Ewondo » ou « je suis Maka »… Est-ce que tu connais vraiment tes racines et ta culture ? »

J’aborde plusieurs sujets, mais celui qui me tient le plus à cœur est sans aucun doute la question identitaire. Le retour aux sources et la recherche de notre identity culturelle sont essentiels aujourd’hui. Nous sommes nombreux à ne plus savoir exactement quelles sont nos origines, d’où nous venons, qui sont nos ancêtres et ce qui nous a été transmis.

Dans beaucoup de familles, les enfants ne savent même plus parler nos langues maternelles ; ils sont incapables de dire ne serait-ce que « bonjour ». Pour ma part, je suis en recherche permanente de mon identité et de l’origine de mes dons. Cette question identitaire est un problème majeur dans notre société actuelle. L’album parle aussi de la cause humanitaire et de notre regard sur le prochain, mais le fil conducteur reste le retour aux sources.

Avec 10 titres au compteur, comment comptes-tu défendre cet album sur le terrain ?

Le but est de prôner ma culture Maka et d’ouvrir le débat sur la préservation de notre essence. Pour défendre cet album, plusieurs actions seront menées. Je compte aller à la rencontre des orphelinats, collaborer avec des associations culturelles et des congrégations qui militent pour le retour aux sources. Je vais vraiment travailler sur le terrain pour porter haut mon héritage.

Tu te fais appeler « Pygmée Caviar ». À quoi renvoie ce pseudo pour le moins original ?

(Sourire) Ce slogan vient directement de mes racines. À l’Est du Cameroun, le peuple qui représente l’étendard de la région, ce sont les Pygmées. En fouillant mon histoire, j’ai découvert que mon arrière-grand-mère était une femme Baka venue en captivité chez les Maka, avant d’être emmenée plus tard chez les Yebekolo. Le voyage de mes ancêtres a été très long et fascinant.

Pourquoi « Pygmée Caviar » ? « Pygmée » pour revendiquer fièrement cette descendance Baka, la vie dans la forêt, la façon de s’habiller et de chanter. Et « Caviar », parce que des générations plus tard, j’ai été influencée par la modernité : je suis allée à l’école, j’ai pris le bus, j’ai humé l’odeur du kérosène… Je suis sortie de la forêt pour rencontrer d’autres cultures. Je reste une enfant de la forêt, mais une enfant qui s’est développée et qui peut aujourd’hui exposer sa culture partout dans le monde.

D’ailleurs, dans mon titre « Pangos », j’ai essayé de reproduire la cacophonie vocale typique des grands-mères pygmées au village. C’est un désordre symphonique extraordinaire où chacun chante ce qu’il veut, mais qui crée une harmonie magique à l’oreille. « Pygmée Caviar », c’est tout ce mélange.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution de la musique camerounaise ?

C’est un regard un peu triste. Quand on regarde nos devanciers – les grands noms comme Mbarga Soukous, Esso Essomba, Ben Decca, Henri Njoh, Nkotti François, Ekambi Brillant ou Eboa Lotin –, ils ont créé des œuvres intemporelles. Leurs hits continuent de nous faire danser des décennies plus tard.

En revanche, notre génération fait des chansons qui durent à peine trois mois avant d’être oubliées. Dans les fêtes, après avoir joué les nouveautés, on est toujours obligé de revenir aux classiques de l’ancienne époque parce que ces artistes composaient pour l’éternité. Mon objectif avec Assomo est de faire une musique qui s’inscrit dans le temps, qui vivra encore dans la mémoire des Camerounais dans 30 ou 50 ans. Nous sommes tous extrêmement talentueux aujourd’hui, mais nous devons nous réinterroger sur la durabilité de nos œuvres.

Mon Top 5 des artistes camerounais

Le match est très serré ! Mais en première position, je ne vais pas mentir, je suis une fan absolue de la maman K-Tino, la femme du peuple. En deuxième position, je place Ben Decca, suivi d’Ekambi Brillant en troisième place. Pour le top 4, je choisis la maman Annie Anzouer, et je termine ce top 5 avec Tenor.

Mes featurings de rêve

Si l’opportunité se présentait à moi parmi la liste des grands talents de notre pays, je choisirais sans hésiter de collaborer avec Sally Nyolo, Mama K-Tino et Tenor.

Yoly Moon côté cuisine, hobbys et inspirations

J’adore cuisiner ! En tant que digne fille de l’Est, c’est une seconde nature chez nous. Mon plat préféré est sans conteste l’Ombol avec un bon couscous bien tapé, cuisiné avec beaucoup d' »obstacles » (viandes/poissons), des aubergines et du pistache. Un vrai délice !

Au-delà de la cuisine, mon plus grand hobby reste le chant. Je chante tout le temps : sous la douche, en cuisinant, partout ! Quand j’ai du temps libre, j’aime aussi beaucoup dormir, et j’avoue que j’adore manger. Du côté de mes inspirations historiques, l’homme qui m’a le plus fascinée dans l’histoire est Nelson Mandela.

Quant aux contacts utiles pour la suite de ma carrière, je reste ouverte au monde. Faire un featuring avec Viviane Chidid ou rencontrer Tony (pour un festival) me plairait énormément. Étant une nouvelle artiste, toutes les opportunités et connexions me seront précieuses.

Une dernière question : d’où vient le pseudonyme « Yoly Moon » ? Quelle est l’anecdote derrière ce choix ?

C’est le fruit d’une longue réflexion. « Yoly » est le diminutif de mon prénom Yolande, écrit avec un « y » à la fin pour faire un clin d’œil à mon deuxième prénom, Yvonne.

« Moon » (la Lune en anglais) vient de mon nom de famille, Ngono, qui signifie la lune dans ma langue maternelle. C’est quelque chose de lumineux, de vivant et de jeune. Comme je suis une « Pygmée Caviar » appelée à embrasser le monde et à s’ouvrir à l’international, j’ai choisi de traduire ce nom en anglais. Yoly Moon, c’est la lune qui brille, pleine d’énergie et d’émotions, une force spirituelle que je dégage sur scène et dans ma voix.

Un mot de fin pour les internautes de Culturebene ?

Merci infiniment pour cette opportunité. Merci pour tout ce que vous faites au quotidien pour la valorisation de la culture camerounaise et merci pour votre précieux soutien. Longue vie à Culturebene !

 

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