
Si la musique se vit d’abord sur scène, elle se pérennise par la force des idées. En marge de ses prestations festives, la 3ᵉ édition du Bikutsi Attitude Festival a marqué un temps d’arrêt stratégique ce mercredi 22 juillet 2026. Réunis dans le cadre intimiste d’un établissement d’Odza, à Yaoundé (établissement appartenant à l’artiste Lucky +2), acteurs de l’industrie, créateurs et fins connaisseurs du rythme patrimonial se sont retrouvés autour d’une table ronde d’une grande valeur intellectuelle. Objectif : ausculter le Bikutsi dans ses fondements, ses dérives et ses perspectives d’avenir.
Au-delà du spectacle : la transmission au cœur du débat
Loin des discours de circonstance, ce Talk s’est imposé comme un véritable laboratoire de réflexion. Les échanges ont remis au centre de la discussion la portée spatio-temporelle de ce patrimoine culturel Ekang. vecteur identitaire majeur pour les peuples de la forêt, le Bikutsi fait face à un défi crucial : celui de la transmission de ses codes originels. Les participants ont insisté sur la nécessité d’une véritable initiation professionnelle pour l’ensemble des maillons de la chaîne — qu’il s’agisse des artistes émergents, des managers, des tourneurs ou des journalistes culturels.
Regard critique sur les dérives et la modernisation
Sous la modération affûtée de Christine Mbengono, le panel — composé du journaliste et critique d’art Emmanuel Abena Otou, de l’artiste Gibraltar Drakus et de l’artiste-art thérapeute Queen Naahtal — a abordé sans détour les sujets qui fâchent et ceux qui font débat :
- L’évolution des contenus : La problématique des textes grivois face au besoin de puiser l’inspiration chez les anciens.
- L’impact du numérique : Les opportunités offertes par les nouveaux médias, mais aussi les risques liés à des formats parfois réducteurs.
- L’ouverture artistique : La question des fusions avec des sonorités étrangères sans y perdre son âme.
Cette confrontation d’idées a permis de rappeler que le rayonnement international d’un genre musical exige rigueur, professionnalisme et respect de la mémoire collective.
Saluée par un parterre de mélomanes enthousiastes, cette initiative démontre que le Bikutsi Attitude Festival ne se contente pas de faire danser : il pense la musique. Face au succès de cette rencontre, les acteurs présents ont vivement recommandé la systématisation de ces espaces d’échange. Une démarche essentielle pour garantir que le Bikutsi demeure une source de fierté identitaire tout en conquérant de nouveaux espaces sur la scène globale.
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