
En direct du Lagon Club and Affairs — Après le succès retentissant de sa première édition, le Living Together Festival a officiellement lancé sa grande session de masterclasses pratiques destinées à former pas moins de 3 500 jeunes. Pour ce coup d’envoi du 30 juillet 2026, un panel d’exception s’est emparé d’une thématique stratégique : « Culture, industries créatives et Made in Cameroun comme levier de transformation et soft power ». Entre coups de gueule salutaires, plaidoyer pour la maturité industrielle et rôle clé des médias, retour sur une rencontre électrique qui pose les fondations de la souveraineté culturelle camerounaise.
Loin des discours romantiques et des stéréotypes réducteurs sur la « passion créative », la première journée de masterclass du Living Together Festival a résonné comme un puissant électrochoc. Dans une Afrique en pleine mutation économique, où la jeunesse cherche des voies d’épanouissement durables, l’art et la culture ne peuvent plus être relégués au rang de simples passe-temps. Les intervenants réunissés ont appelé d’une seule voix à un changement de paradigme radical : transformer le génie créatif local en une véritable industrie structurée, rentable et pourvoyeuse d’emplois.
1. Tatapong Beyala : « Le cinéma n’est pas un hobby, c’est mon gagne-pain ! »
C’est un cri du cœur autant qu’un rappel à la réalité économique moderne. En prenant la parole, la réalisatrice, productrice et enseignante universitaire Tatapong Beyala (PDG de The Gurls Boss Production) a immédiatement imposé un ton sans concession. Pour elle, le constat est amer mais incontournable : pour vendre nos histoires et faire rayonner le soft power africain à l’international, le talent et la bonne volonté ne suffisent plus.
« Le cinéma exige des outils, il exige des ressources, il exige des financements ! Même pendant les masterclasses, il est temps pour nous d’accepter que le cinéma n’est pas un hobby. C’est un business pour moi, c’est ce qui me donne à manger ! Don’t come and disrespect me when I’m directing », a-t-elle martelé.
La cinéaste a fustigé l’habitude néfaste de travailler « avec les moyens du bord » sous prétexte de passion, une pratique qui dévalue le travail artistique et précarise l’ensemble de la chaîne de valeur. Comparant le plateau de tournage à un bloc opératoire, elle rappelle que le métier de cinéaste exige le même niveau de respect et de considération professionnelle que la médecine. Pour que le continent réussisse la mutation de ses industries créatives, l’urgence est d’abord culturelle : abandonner l’amateurisme et traiter le 7ᵉ art comme une industrie stratégique et hautement rentable.
2. Blaise Etoa : L’immatériel, le nouvel or du continent
Abondant dans le même sens, Blaise Etoa, Président du groupement des acteurs des industries culturelles et créatives du Cameroun, a recentré le débat sur la structuration globale du secteur. Alors que les politiques publiques et les débats économiques restent focalisés sur l’extraction des ressources naturelles — bois, pétrole ou minerais —, les biens immatériels portés par la culture recèlent un potentiel de création de valeur tout aussi colossal.
« Cette transformation, comme toutes les transformations, commence par le mindset », a-t-il rappelé. Parler d’industrie culturelle implique de dépasser l’acte créatif isolé pour bâtir un écosystème complet et interconnecté : de la création à la consommation, en passant par la transformation et la distribution de masse.
Quitter le rapport inconscient à l’art — le fameux « c’est ma passion, je suis né dedans » — est la condition sine qua non pour bâtir des filières créatives solides. Prenant en exemple des réussites continentales éprouvées comme Nollywood au Nigeria ou l’écosystème culturel sud-africain, Blaise Etoa a démontré que la culture peut devenir le principal moteur d’emploi pour la jeunesse si et seulement si l’exigence industrielle remplace le bricolage informel.
3. Cyrille Bojiko : Les médias comme accélérateurs de développement et ponts financiers
Face aux défis structurants évoqués, quel rôle doivent jouer les médias ? Pour Cyrille Bojiko, PDG du groupe Balafon Médias, les organes de presse ne peuvent plus se contenter d’être de simples diffuseurs ou des spectateurs passifs. Ils doivent devenir de véritables ingénieurs d’impact et des piliers de financement.
Tout en regrettant l’absence de patronats de médias locaux forts au Cameroun pour porter une voix commune, Cyrille Bojiko a partagé le modèle proactif développé par Balafon Médias : consacrer jusqu’à 70 % des grilles de programmes à la création locale et concevoir des événements d’envergure nationale pour structurer les filières artistique et humoristique :
- Les Balafon Music Awards : Vitrine d’excellence célébrant sa 14ᵉ édition consécutive.
- Les Seven Awards : Plateforme dédiée à la valorisation du 7ᵉ art et des talents du cinéma camerounais.
- La Nuit du Rire : Un concept novateur transformé en festival itinérant (Douala, Yaoundé, Foumban, Garoua) pour conférer à l’humour le statut de métier hautement rentable.
Mais au-delà des récompenses, le patron de média a mis l’accent sur le nerf de la guerre : le financement. En réussissant à convaincre les institutions bancaires et les grands annonceurs de sponsoriser le secteur créatif et d’investir dans le remplissage de grandes enceintes (Palais des Sports, Palais des Congrès), les médias prouvent que l’art camerounais constitue un placement financier hautement stratégique.
Magistralement modérée par G-Laurentine Assiga (Rédactrice en chef du magazine Nyanga et Présidente du RJCC), cette masterclass inaugurale du Living Together Festival aura eu le mérite d’imposer un langage de vérité. Le message envoyé depuis le Lagon Club and Affairs à toute la jeunesse africaine et aux décideurs est limpide : le talent sans structure n’est qu’une illusion, et la passion sans modèle économique conduit à la précarité.
En formant 3 500 jeunes durant cette édition, le Living Together Festival ne se contente pas d’animer la scène culturelle : il prépare l’armée de professionnels aguerris qui feront du « Made in Cameroun » une marque de prestige et un levier d’influence internationale. La révolution industrielle de la culture camerounaise est en marche, et elle ne s’arrêtera plus.
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