
À l’initiative de l’artiste engagé Stanley Enow, le Living Together Festival a accueilli ce samedi 1er août une Masterclass poignante et nécessaire sous le thème : « Violences faites aux femmes : Her safety, our responsibility ». Modérée par l’animatrice TV Shannel Messi, cette table ronde a réuni experts de la santé mentale, de la justice et personnalités engagées pour déconstruire les mécanismes de l’emprise, analyser les blocages judiciaires et offrir des perspectives de reconstruction aux victimes.
Alex Medi : « La violence est d’abord une question de domination et de société »
Pour ouvrir les échanges, Alex Medi, CEO du cabinet conseil ThinkTank Ltd, a dressé un bilan sans concession des Violences Basées sur le Genre (VBG) au Cameroun. Il rappelle d’emblée qu’une violence faite à une femme est commise en raison de sa condition féminine et constitue un frein majeur au développement global.
L’expert distingue deux grandes manifestations :
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Les violences physiques : Directes et mesurables (agressions, bastonnades, attouchements).
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Les violences psychologiques et insidieuses : Harcèlement moral, sexisme en entreprise, chantage financier et pression sociale.
Alex Medi a notamment mis en garde contre le piège des statistiques brutes de l’INS : un faible taux d’agressions physiques enregistrées dans une région ne traduit pas l’absence de violences, mais plutôt une asphyxie silencieuse de la liberté et de l’autonomie des femmes.
« La femme n’est pas un être à part ou à infantiliser. C’est un citoyen, un contribuable et un acteur social à part entière », a-t-il martelé, appelant l’État à mettre en place un cadre juridique ad hoc et adapté.
Karelle Kom : De la résilience individuelle au combat pour toutes
Témoignage marquant de cette journée, Karelle Kom ( Mrs UNIVERSE Cameroun 2024, diététicienne et fondatrice de l’association WAVA – Women Against Violence in Africa) a partagé son parcours personnel de survie. Mariée en 2011, elle décrit un quotidien fait de peur, d’isolement, de déclin physique et du réflexe de cacher ses blessures par honte.
Le déclic est survenu lors d’une agression d’une violence extrême où sa vie a failli basculer, conjuguée au choc de voir sa fille d’un an mimer les comportements d’oppression du père. Aujourd’hui reconstruite, elle met en lumière les piliers indispensables pour se libérer d’une relation toxique :
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La prise de conscience : Reconnaître la toxicité, y compris les formes invisibles comme le viol conjugal.
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Le recours aux professionnels : Psychologues, juristes et associations spécialisées.
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L’indépendance financière : Avoir ses propres ressources est le bouclier indispensable pour garantir sa liberté et sa sécurité.
Me Pemha Michèle Lucie : Les failles du parcours judiciaire et le poids du silence
Sur le plan juridique, Me Pemha Michèle Lucie, avocate au Barreau du Cameroun, a rappelé que l’arsenal légal existe (Code pénal, Protocole de Maputo) et que l’intention même de commettre une agression est punissable.
Cependant, le véritable problème réside dans la lourdeur des démarches :
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L’épuisement financier et administratif : Frais de procédure, lenteurs et obligation d’assister aux audiences à répétition découragent de nombreuses victimes qui finissent par abandonner.
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Le traumatisme de la confrontation : Devoir affronter du regard son agresseur à chaque étape relève du supplice psychologique.
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Les défaillances de prise en charge : L’avocate a cité l’exemple tragique d’une adolescente de 16 ans, enceinte après avoir été violée par son père, qui a vu son agresseur libéré sous caution faute de structure d’accueil ou d’encadrement adéquat pour la protéger.
Me Pemha a appelé les familles à briser la loi du silence et à cesser de banalisateur la violence sous de faux prétextes culturels ou familiaux.
Assen Betchem Nathalie Carole : Repenser la place et la dynamique de la violence
Enfin, la psychologue clinicienne Assen Betchem Nathalie Carole a apporté un éclairage scientifique sur les mécanismes psychiques. Évoquant l’héritage de la psychanalyse freudienne, elle rappelle que redonner la parole aux femmes permet de dépasser le simple statut de « victime passive » pour comprendre leurs aspirations profondes.
Elle analyse la violence comme une tentative d’occupation agressive de l’espace et d’effacement de l’autre :
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L’emprise et la domination : La violence psychologique s’installe lorsque l’un des partenaires cherche à réduire l’autre à l’état de simple « faire-valoir ».
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La d’émystification du narcissisme : Nuançant l’usage populaire du terme « pervers narcissique », la psychologue explique que le narcissisme est un besoin existentiel fondamental (le noyau du Moi). Le problème apparaît lorsque l’affirmation de soi passe par la destruction de la volonté de son partenaire.
Une responsabilité collective
Cette Masterclass organisée dans le cadre du Living Together Festival aura permis de rappeler une vérité fondamentale : la sécurité des femmes n’est pas seulement l’affaire des victimes, c’est une responsabilité sociétale globale. Pour que la peur change de camp, il devient urgent d’allier sensibilisation, autonomisation financière des femmes, réformes administratives et soutien psychologique continu.
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