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NAPPY : le mouvement du futur

Un mot et tout un mouvement ! A en parler, on effleurera juste certainement le sujet, tellement il est vaste. Alors, on peut dire finies les extensions, les mèches made in somewhere, place désormais au naturel, le cheveu crépu prend la pole position partout. D’ailleurs le mouvement Black Is Beautiful lancé en 1962 depuis Harlem et de nombreux personnages l’ont porté au prix de sacrifices immenses. A l’époque, le peigne « afro » terminé par un poing noir était devenu le symbole de cette affirmation. Les cheveux des noirs se faisaient alors traités de « tignasse », de la « mousse », de la « laine », du « crin » qu’ils ont sur la tête.

Etymologie du mot Nappy

Ayant fait l’objet de vifs dénigrements depuis la traite négrière, Nappy à la base signifie « crépu ». Au cas où d’aucuns s’hasarderaient à chercher dans le dico, ils trouveraient forcément une réponse complètement délirante. Néanmoins, lorsqu’on le découpe de nos jours il ressort ceci : Nappy = Naturel + Happy. En français facile, Nappy=Naturel+Heureux. Le mouvement Nappy qui vient de ‘’Natural Hair Movement’’. Même si certaines circonstances ont entaché cette habitude originelle, il convient d’expliquer pourquoi ce rejet à un moment donné.

Pourquoi le rejet du cheveu crépu ?

Du point de vue sociologique, le rejet du cheveu crépu – péjoratif – parle peuple noir s’explique aussi par la perte d’un héritage. Arrachés à l’Afrique et démunis de tous leurs biens, les esclaves n’ont pas pu transmettre l’enseignement de la coiffure. Une piste étudiée par le Docteur Willie L. Morrow, dans son ouvrage intitulé 400 ans d’esclavage. Malgré le retour en force du mouvement, un inconvénient externe subsiste tout d’abord car les noirs de façon générale, vivent dans un monde où ils n’ont pas fixé les règles… Vestige de l’esclavage, le défrisage était pour les Noirs un moyen de se rapprocher physiquement de « l’homme blanc » en gommant cette différence physique, et ainsi de voir leur condition sociale s’élever. Certaines vont même jusqu’à parler de  “terrorisme intellectuel” des nappies car elles se sentent libres de blanchir leur peau, lisser leurs cheveux, renier leur histoire, revendiquant au passage leur liberté à le faire.

Pourquoi et comment le retour en force du mouvement ?

Même si le stéréotype persiste, on l’associe généralement la musique Reggae, ou au mouvement Rastafari, la tendance aujourd’hui, est sans aucun doute à l’adoption du mouvement Nappy ça et là. Le retour de l’afro souligne alors une certaine volonté d’affirmer son appartenance ethnique, une façon d’assumer ses origines. Est-ce un besoin fort d’identité, un simple effet de mode ou alors une pratique d’avenir ? Rien n’est totalement sûr car on ne saurait voir l’avenir. Néanmoins, on peut le prévoir, le provoquer, et même imposer une attitude, comme c’est souvent le cas des collections de mode ou des marques de chaussures, etc. Même si, on y est très loin. Il s’agit bien d’une attitude qui a trait peu ou prou à la beauté black car aux États-Unis, depuis environ 7 ans, le phénomène envahit l’univers. Sur le net, des témoignages et histoires références favorisent l’expansion du mouvement nappy. De nombreuses jeunes femmes relatent les effets mirifiques de leurs cheveux crépus sur leur quotidien ! « ce n’est plus pareil qu’avant où j’étais obligé de prendre soin de mes cheveux à tout moment, maintenant je suis plus zen, je me sens moi-même… » raconte une. Elles se sentent radicalement changées. Physiquement, psychologiquement et idéologiquement, le style nappy parait comme un médicament miracle lorsqu’on se réfère à tous les retours enregistrés.

Fiers d’eux, les noirs sont offusqués par cette pression sociale ressentie dès le bas âge. Vu que la société occidentale impose des codes de beauté ! Peau claire, cheveux lisses, qui ne correspondent pas aux femmes noires. L’exposition constante de la fillette noire à la poupée occidentale aurait le risque de modifier son rapport intime à elle-même. Même si les Barbies de couleur ont fait leur apparition sur le marché du jouet, « la texture du cheveu, les traits du visage sont restés longs et caucasoïdes. » Cendrillon, Pocahontas, La Belle au Bois Dormant, Alice au Pays des Merveilles… Des contes pour enfants les plus connus aux films Disney, toutes les histoires imaginent le même type d’héroïne : brunes, blondes ou rousses, aux cheveux longs et lisses. Alors, l’Homme Noir est quelqu’un d’assez fier !

Histoires références

A la fin des années 1960, la philosophe Angela Davis incarne la révolte esthétique et politique des Afro-Américains, étant membre du mouvement révolutionnaire Black panthers. Elle milite pour les droits civiques et porte des cheveux crépus bouffants – la coupe afro. Ces années-là, un vaste mouvement en faveur de la réhabilitation de la culture africaine et afro-américaine se développe aux Etats-Unis, tandis que l’Afrique se décolonialise et que le reggae et les rastas en dreadlocks prospèrent dans les Caraïbes. Miguèle Serbin en France, en avait marre de mettre une perruque pour cacher ses cheveux naturels crépus, se retrouvant confrontée à une réalité, assumer ses cheveux afro. Nouvellement arrivée dans sa ville de résidence et n’ayant personne dans son entourage confronté à cette problématique capillaire, Miguèle s’est sentie un peu isolée. Elle décide alors de faire des recherches sur internet et tombe donc sur des mouvements à travers le monde et pleins d’idées coiffure. Elle y adhère et adopte aussitôt le style nappy.

Néanmoins, des points importants subsistent. Il n’y a pas qu’au sein de la communauté noire que le cheveu crépu pose problème. On pourrait citer de nombreuses affaires où les Noirs ont subi de sévères sanctions en raison de la nature de leurs cheveux. En septembre 2013, la direction de l’école Deborah Brown Comunity (Oklahoma) renvoyait la jeune Tiana Parker, âgé de 7 ans. Son tort ? Avoir refusé de couper ses dreadlocks, « non présentables » et censées « distraire l’atmosphère sérieuse qui règne dans l’établissement ». Plus tôt en 2012, c’était Air France qui mettait à pied l’un de ses stewards : l’homme avait refusé de porter plus longtemps la perruque imposée par la compagnie afin de cacher ses cheveux crépus. Sans parler de l’armée américaine qui a annoncé cette année l’interdiction des coiffures afro pour les femmes, avant de reculer face à la pétition contre cette prohibition, qui a réuni plus de 17 000 signatures. La persistance de ces injustices autour du cheveu noir soulève la question suivante : qu’est-ce qu’un cheveu correct ? Un sujet exploré par l’humoriste américain Chris Rock, dans son documentaire Good Hair (2009), reprenant le terme utilisé couramment aux États-Unis pour désigner une belle chevelure. Avec humour, Chris Rock investit les salons de coiffure afro-américains et les instituts de cosmétologie pour comprendre le rapport qu’entretiennent les femmes noires avec leur chevelure. Un reportage récompensé en 2009 par le prix spécial du jury du Festival du Film Indépendant Américain de Sundance. En outre, Océane Lebubura portait une magnifique coiffure afro acajou quand elle a été couronnée Miss Nappy Paris 2015, le 28 novembre 2014. Le jury de cette première édition réunissait des personnalités antillaises et africaines qui participent au courant nappy : le top-modèle Chrystèle Saint Louis Augustin, la chanteuse Princess Erika, l’ambassadrice de la maison Guerlain Esther Kamatari, le leader du groupe Kassav Jacob Desvarieux.

Les ambassadrices du mouvement

Noir et fier est souvent le slogan apposé et partagé ça et là pour réaffirmer sa fierté d’être qui est on est ! Sur les tapis rouges ou encore sur les réseaux sociaux, de très grosses stars afro-américaines et d’ailleurs, portent les élans de prolifération du mouvement. Une femme incarne bien la révolte esthétique et politique des Afro-Américains, la philosophe Angela Davis. Loin derrière, viennent assurer le prolongement de cette belle entame, Pam Grier, Aretha Franklin, Diana Ross, Donna Summer, Boney M, Jackson 5, Toni Morrison, Bob Marley, Barack Obama, Angelique Kidjo, Solange Knowles, Alicia Keys, Oprah Winfrey, Tyra Banks, Erykah Badu, Aîssa Maiga, Inna Modja, Janelle Monae, Lupita Nyongo, Raven-Symone, India Arie, Jessica Ngoua Nseme qui est Miss Cameroun 2015, etc. les réseaux sociaux, sites internet sont aussi de belles tribunes de revendication et de mise en avant du phénomène Natural&Happy.

Les avantages d’être Nappy

Composés d’actifs très agressifs (soude et émulsions qui détruisent progressivement la structure du cheveu), les produits défrisants sont des traitements chimiques irréversibles qui lissent la partie visible du cheveu. Ce qui selon des enquêtes de santé réalisées en Europe, Afrique, Caraibes, est très dangereux pour leur santé. Il faut bien dire que les femmes noires au naturel se déprécient en général ! Il faut alors renouveler régulièrement le traitement, à chaque repousse, au grand bonheur des marques de cosmétiques. Massivement, des produits dangereux pour se lisser les cheveux, les défriser à chaud, à froid (à la soude) ou se faire des tissages très serrés. Des traitements agressifs qui provoquent des brûlures, des alopécies. Ajoutons que, souvent, ces femmes se blanchissent la peau avec des produits chimiques agressifs, dont certains sont interdits en Europe : eau oxygénée, eau de Javel, dermocorticoïdes, dérivés mercuriels, hydroquinone. D’après l’Association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle, 60 % des femmes en emploient à Dakar, au Sénégal.

Malheureusement à terme, il peut entraîner l’alopécie (chute des cheveux) et tout ce que vous savez sur la peau de certaines. Après de nombreux témoignages et d’études scientifiques menées qui pointent du doigt l’assouplissant capillaire, le défrisage a perdu aujourd’hui ses lettres de noblesse. Un fait qui ne surprend pas quand on sait que les nappy sont aussi à l’origine du mouvement no poo. Et de plus, le bannissement du célèbre produit chimique trouve parfaitement sa place dans la phase ultra green que traverse l’univers de la beauté en ce moment. Point besoin de rappeler alors qu’être Nappy a de considérables bienfaits sur la santé du cuir chevelu mais aussi sur le développement personnel… voir même à en rire de considérables économies financières.

L’afro Black Power

Au delà de l’effet mode, le retour de la chevelure naturelle chez les femmes noires s’inscrit dans une dimension plus historique. Si le cheveu crépu attire les regards aujourd’hui, c’est qu’il était tombé dans l’oubli depuis la fin du mouvement des Black Panthers en 1966, et des années disco. Par signe de revendication politique, les Black Panthers se laissaient pousser l’afro pendant la ségrégation aux États-Unis dans les années 1960. Une décennie plus tard apparaît la musique disco, popularisée par les Noirs américains. Mais l’afro ne résiste pas longtemps aux tensions sociales, et fait profil bas dès le milieu des seventies – Et c’est là qu’entre en jeu le défrisage…

Relier à la cause des blacks et fiers, les ‘’Nappex’’ entendez par là ‘’Nappy extrémistes’’, trouvent qu’adopter un cheveu non naturel (défrisés, ou tissages), donc se soumettre aux codes imposés par les canons de beauté occidentaux, est synonyme de déloyauté. « Défriser ses cheveux, c’est renier son identité » juge l’une d’entre elles. Cette micro-communauté considère les non-adhérentes au mouvement nappy comme des « racistes qui trahissent les femmes noires et refusent de s’assumer ». Cette position radicale suscite même de violentes réactions et débats conflictuels au sein de la blogosphère. Or, Certaines personnes se demandant toujours si l’on doit bannir les cheveux lisses pour momentanément ou totalement adopter le look avec ses « vrais cheveux de black » ? Ou nos cheveux nous caractérisent-ils ? Nous font-ils ?

Des lueurs d’espoir

Trop fiers d’eux, les noirs sont offusqués par cette pression sociale ressentie dès le bas âge. Vu que la société occidentale impose des codes de beauté ! Peau claire, cheveux lisses, qui ne correspondent pas du tout aux femmes noires. L’exposition constante de la fillette noire à la poupée occidentale aurait le risque de modifier son rapport intime à elle-même. Même si les Barbies de couleur ont fait leur apparition sur le marché du jouet, la texture du cheveu, les traits du visage sont restés longs et caucasoïdes. Par exemple, Cendrillon, Pocahontas, La Belle au Bois Dormant, Alice au Pays des Merveilles… Des contes pour enfants les plus connus aux films Disney, toutes les histoires imaginent le même type d’héroïnes qui ont pignon sur rue : brunes, blondes ou rousses, aux cheveux longs et lisses. Loin devant les films d’animation africains aussi mythiques et héroïques tels que Kirikou, Kimbo pour ne citer que ceux-ci.

La méthode Nappy dans le monde : un business naissant

Les Nappy considérés comme « bio », ajoutons que, grâce aux blogs et aux ateliers de coiffure, les nappies expérimentent toutes les manières d’arranger leurs cheveux : elles se font des « vanilles », des « tortilles », des tresses, des nattes, des « twists », des « locks ». « Elles retrouvent tout le patrimoine perdu des coiffures africaines traditionnelles, que les coiffeurs adaptent, modernisent », explique Aïssata Tounkara. Aujourd’hui, les créateurs nappies redécouvrent cette esthétique, comme Sephora Joannes et ses « sculptures capillaires » inspirées par les Peuls et les Masai, ou l’artisan coiffeur Taj, parisien lauréat du Black Beauty Sensational Hair Awards 2011 de Londres.

Depuis l’époque du défrisage où se vendaient extrêmement bien mèches, extensions et autres ; la tendance capillaire gagne du terrain. Notamment le Web où naissent Blogs, vlogs, forums très animés sur le sujet… À l’image des coiffeuses pro, les internautes enseignent l’art de la coiffure afro à coups de tutoriels et de fiches pratiques. Ainsi, on apprend ce qu’est un big chop (« la grande coupe » du cheveu défrisé vers le crépu), une transition (période de sevrage de défrisant), une coiffure protectrice (comme les tresses qui préservent les pointes), un twist out (coiffure qui permet de boucler son afro), le fameux processus du shrinkage (phénomène de rétrécissement lorsque la fibre capillaire est en contact avec l’eau)… Et tout ce qui entoure l’univers du cheveu crépu, à des années-lumière de ce qu’on avait l’habitude d’entendre. Parallèlement, on note la floraison de mouvements satellites comme les Nappy des Babi ; d’événements extrêmement courus qui enseignent, renseignent, éduquent, permettent de partager la culture, créent des professions, d’ailleurs la suprématie des réseaux sociaux aujourd’hui cela devient comme une religion.

Outre le fait de soulever des problématiques sociétales, le phénomène nappy a bouleversé les mentalités en même temps que le marché. Nombreuses sont les entreprises qui prennent naissance ou se réveillent grâce à la recrudescence des crinières crépues. « Les femmes noires sont celles qui utilisent le plus de cosmétiques au monde (selon une étude de Softheen Carson, filiale ethnique de L’Oréal NDLR) » explique Kelly Massole, fondatrice de Les Secrets de Loly, jeune marque française de cosmétiques capillaires ethniques. Et puisque le défrisage ne remplit plus les caisses, il a bien fallu trouver un substitut, surtout que la demande augmente en même temps que le nombre d’adeptes au mouvement. « Ce marché n’est pas tellement nouveau. Mais il devient très connu. Alors forcément, il représente une source de revenus supplémentaires pour toutes les enseignes » rappelle Kelly. D’où l’initiative des grandes industries, comme DOP, ou Garnier, d’élargir leur gamme de produits aux cheveux crépus. Entre les lignes complètes de cosmétiques, les ouvertures de salons spécialisés, les blogs et vlogs à succès qui deviennent de réelles entreprises (Belle Ebène), le marché de la beauté noir est bel et bien en pleine effervescence. « Avant, je me plaignais souvent du manque de cosmétiques pour ce type de cheveux » avoue la jeune nappy Caroline. Et d’assurer, avec la foi des convertis: « Aujourd’hui, les femmes noires ont toutes les raisons du monde d’arrêter le défrisage ».

Une nouvelle génération voit le jour : les « afropéens »

Le lexique qui explique le mouvement est vaste. On parle souvent de : Nappy girl, Tiny afro, big chop, Bantu Knot, transition, coiffure protectrice, Twist, Twist out, Yarn Locks, FroHawk, Shrinkage, Nappex, Co-wash… L’on dit des Nappy qu’elles possèdent une identité mouvante. A l’exemple du festival AfricaParis présentera la scène nappy française : des créateurs de mode, des expositions, des conférences de la journaliste Rokhaya Diallo, Juliette Sméralda et l’écrivaine Léonora Miano. Cette dernière développera un de ses thèmes favoris, « la perspective afropéenne », sur laquelle Eva Doumbia, la créatrice du Cabaret capillaire, a monté une pièce. « Etre afropéen, explique celle-ci, c’est posséder une identité mouvante, fluctuante. On revendique notre part africaine, tout en vivant ici, baignés dans la culture française. » La plupart de ceux qui se disent afropéens « sont bien souvent nappies », affirme Eva Doumbia. Ils conservent des attaches africaines sans être des militants identitaires. « Ils habitent la frontière », dit Léonora Miano avant d’ajouter : « Nous avons le privilège rare de pouvoir choisir le meilleur de chaque culture. Qu’on y songe un peu. Les Européens n’ont pas cette possibilité. Pour eux, qui ont cru dominer éternellement le monde, la multi-appartenance est vécue comme une perte de repères. »

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