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La choriste de James Brown dit tout sur sa vie

Martha High, l’ex-choriste de la légende James Brown, l’aura accompagné de ses moments de gloire à sa décadence en passant par la renaissance de la soul. Aujourd’hui elle raconte enfin l’épopée…

L’amorce du récit nous ramène dans les années ’70 ; Miss High (comme l’appelait affectueusement James Brown) se trouvait dans la même limousine noire dans les rues d’Harlem (New York) avec la star qui n’en finissait pas de distribuer des billets aux dizaines de fans venus l’acclamer… La conteuse se souvient très bien la joie du chanteur en ces moments, lui qui n’a pu s’empêcher de se targuer d’être autant adulé du public. Elle devait avoir la trentaine. Elle souvient également de ce thé ingurgité lentement, dans la salle sans chichi du petit hôtel parisien où elle a assuré la promo de Singing For The Good Times, le 3ème album de James.

Que d’anecdotes dans la tête de Miss High, qui aujourd’hui septuagénaire, sur l’icône James Brown, qui l’a repérée alors qu’elle était si jeune, et lui au sommet de son art. Martha High deviendra au fil du temps sa chanteuse attitrée avant de suivre son propre chemin, collaborant d’autres grands à l’instar de : Maceo Parker (groupe français), les Shaolin Temple Defenders, puis fini par s’épanouir en solo. Elle a confié également avoir été aux premières loges à la folie soul, quand celle-ci voulait tout dire d’une époque, d’une communauté, d’un pays. Oui, elle est l’une des rares à avoir vu la soul naître, mourir et renaître.

Martha High fonde son tout premier groupe vers la fin des années 1950. Avec quelques camarades du lycée Theodore Roosevelt de Washington, dont une certaine Zeola Gaye, sœur du futur chanteur de «What’s Going On», Marvin Gaye… C’est à cette période qu’elle fera la rencontre de Bo Diddley, star mondiale pour avoir quasiment inventé le rock’n’roll… Particulièrement impressionné par la voix de Martha, il incite les célébrités locales des Four Jewels à l’auditionner. La musique noire américaine gagne en côte et ne manque plus d’être dans le top 10 du Billboard, qui recense les singles les plus vendus aux États-Unis. Ray Charles, Dee Dee Sharp, Little Eva, The Sensations, Chubby Checker, The Shirelles, Chubby Checker, en sont les références.

Lors d’une scène en 1964 à Washington,  alors que le public se déchaînait, Martha et son groupe pensaient faire sensation or c’est une apparition soudaine qui a créé l’hystérie : Il était dans la salle ce fameux soir… James Brown.

Véritable phénomène à l’époque grâce à son swing, sa fougue, sa voix, voire sa coupe de cheveux. A cette époque, alors que l’Amérique blanche en pinçait pour le rock des Beatles, l’Amérique noire elle, se pâmait devant James Brown. Martha se souvient que James s’était incrusté dans leurs loges pour les féliciter. Quelques semaines plus tard, pour leur nouveau concert à l’Apollo Theater (Harlem), James Brown, vint avec une proposition : Cinq semaines à ses côtés en tournée. C’est le début d’une grande et folle aventure.

Après les cinq semaines initialement prévues, le chanteur leur proposa de rester. Elles deviendront des témoins des premiers albums de renom de James Brown qui sortiront coup sur coup: I Got You (I Feel Good) et It’s a Man’s Man’s World. Belle montée en puissance qui fera de lui le Parrain de la soul. Mais désormais, le rythme de travail est effréné, sous l’œil méticuleux de celui qui se présente déjà comme «The Hardest Working Man in Show Business». La femme qui, sur scène, capte la lumière des projecteurs lors de ses duos avec le chanteur s’appelle alors Vicki Anderson. Un jour, à Londres, elle se tord la cheville en répétition. Brown fait alors chercher Martha dans sa chambre ; c’est ainsi que Martha saisi sa CHANCE et ce soir-là, le public est enchanté. Quand elle sort de scène, elle s’effondre en pleurs. Nous sommes alors en 1967.

Mais Martha se souvient également des bas ; à l’instar de ce concert historique au Boston Garden, en 1968. La veille, Martin Luther King a été assassiné. La ville est au bord de l’implosion. En plein milieu du spectacle, des jeunes envahissent la scène. Les policiers (blancs), sur le qui-vive, s’apprêtent à intervenir, matraque en main. Brown, dans sa lucidité légendaire, capte l’attention de la foule, et demande aux intrus de quitter la scène. Il ajoute: «J’ai demandé aux policiers de reculer parce que je pense pouvoir obtenir un peu de respect de la part de mon propre peuple… Est-ce qu’on est ensemble ou pas?» Acclamations du public. Le show peut reprendre. On dira qu’il a, ce soir-là, «sauvé Boston».

La chute de la soul…

Quand l’argent rentre moins facilement, les hommes d’affaires se montrent pragmatiques. Les années 1970 sont aussi celles de la montée en puissance du disco. «Plus personne ne voulait voir de grand groupe sur scène. Ils voulaient entendre des DJ. C’était difficile. Les cachets se sont mis à s’amenuiser. Le label de James Brown a voulu couper dans le budget qui lui était alloué. Ils voulaient que le groupe devienne plus modeste. Il y avait donc urgence que James Brown réactualise sa musique…», se rappelle amèrement la choriste. Chose difficile à réaliser ; trop fière, l’ancienne idole refuse. De 1976 à 1986, James Brown ne signera aucun album. Il trouve un refuge inespéré… en Europe, plus précisément en Italie. Il jouera également en France, dans les discothèques de Paris, Nice, Montpellier, Marseille. Quand lui et ses Jewels retournent aux États-Unis des années plus tard, tout a changé. En 2000, après plus de trente ans de collaboration avec son mentor, à chanter encore et toujours les mêmes morceaux, Martha High rejoint Maceo Parker, un ancien saxophoniste du groupe.

Contrairement à son mentor, la chanteuse a su s’adapter à son nouveau public du 21ème siècle. Aujourd’hui, Martha High continue de chanter, inlassablement, une soul aux mêmes vibrations qu’il y a quarante ans. En souvenir des bons moments, certes. Mais sûrement aussi parce que si elle ne le fait pas, qui s’en chargera?

 

 

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