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Ange Ebogo Emérant : « L’année prochaine, je fête mes 45 ans de carrière avec mon nouvel album… »

Ange Ebogo Emérant est au cœur de cette musique comme le carrefour des générations aujourd’hui. Fort de son parcours non moins chevronné, c’est un ancien qui sait de quoi sont capables les jeunes. Orfèvre en la matière, Ange Ebogo Emérant c’est bien sûr le père de l’autre. Porté par la fierté de ce rythme qu’il maîtrise, l’artiste s’exprime longuement ici sur plein de sujets, souvent méconnu du grand public. Voici une des rares interviews donnée par le papa Ange Ebogo Emérant.

Ça fait tellement d’années, pratiquement 40 ans que vous officiez dans la musique camerounaise. Pouvez-vous brièvement brosser votre si riche parcours musical à l’attention de ces gens qui vous aiment, qui vous suivent encore ?

C’est plutôt 44 ans parce que c’est en 2014 que je fête mes 45 ans de musique… J’ai déjà 21 albums dans le marché. J’ai écrit plus de 200 œuvres, et j’ai arrangé près de 200 aussi. Je m’amuse souvent à le dire, j’ai le plus grand répertoire au Cameroun… Mon catalogue est tellement large. Pendant que la personne qui a composé plus que nous tous, c’est Misse Ngoh François ! Mais pour moi, je suis allé au-delà, en termes d’arrangements. Donc, j’ai ce catalogue là, j’assume dans les 80%, les artistes qui sortent des albums au niveau de Yaoundé. J’assume les arrangements.

Depuis toutes ces années, quel est le souvenir le plus marquant que vous gardez de votre époque musicale ? parce qu’il faut le dire, il y’a des générations.

Je garde le souvenir qu’en 1976, je sors mon premier album. C’était un 45 tours qui est passé carrément inaperçu. En 1979, je sors mon premier 33 tours qui me met au sommet, je m’éclate. En 1982, je fais un album « Sita Mengue » qui passe juste à côté d’un disque d’or. Le producteur à l’époque, il attribuait un disque d’or à celui qui a vendu à partir de 10 000 exemplaires, c’était les vinyles à l’époque. Et, « Sita Mengue », on l’a vendu à 12 000 exemplaires, je n’ai jamais reçu ce disque d’or là. J’étais encore jeune et ça a failli me décadencer ! Et, j’ai été compensé en 1984 quand je sors « ô kwan Mankon » qui devient le meilleur disque de l’année. C’est un bon souvenir. Voilà donc un mauvais souvenir et tout de suite un bon souvenir.  En 1990, j’écris un texte qui aborde la parenté responsable et les limitations de naissance. Je sors ce disque, je suis primé par l’UNICEF. Et, entre temps j’ai des distinctions honorifiques. La dernière c’est celle que par décret présidentiel, j’ai été nommé au grade Chevalier de l’Ordre National du Mérite, et l’année prochaine ça fera 5 ans ! Quand je fêtais mes 40 ans de musique, on était en 2009. Et quand, on sera en 2014 que je vais fêter mes 45 ans de musique, je crois que je m’attends aussi à une distinction honorifique…

C’est évidemment là un parcours tellement élogieux, tellement grand, que nous devons saluer sur un coup de chapeau…

Il est tellement parfois difficile que j’ai une bonne cohérence avec mon parcours. Il est tel que je vous l’ai cité. J’ai 21 albums et j’ai près de 400 titres dans mon catalogue. Mon catalogue est même peut-être le plus élogieux dans notre pays ! Et, c’est cette fierté que je porte en moi.

Vous avez évoqué tout récemment dans une radio national qu’en sortant votre titre sur la parenté responsable, les artistes vous ont taxé d’Européen,  que vous avez dégradé la musique Bikutsi, etc.

Ce n’est pas les artistes ! Déjà, je suis l’artiste au niveau Bikutsi. Le premier artiste qui utilise les cuivres, les instruments à vent et les synthétiseurs. C’est là où on pouvait me taxer de quelqu’un qui tend beaucoup plus dans le modernisme pendant que le Bikutsi… je ne sais si les gens croient que le Bikutsi ne doit pas être modernisé ? Bon, à partir de là, moi mes arrangements, toutes les œuvres que j’ai arrangé, il y’a quand même ou des synthétiseurs ou des cuivres. Donc, quand j’ai fait ce texte sur la limitation de naissance, sur la parenté responsable, ce n’est pas les artistes. Là, c’est plutôt le peuple. C’est plutôt les mélomanes qui on dit que la musique était très européenne… Les gens me disaient si moi j’ai dix enfants, s’ils ne trouvent pas le travail en ville, j’ai des terrains, des terres, ils peuvent aller cultiver… C’est peut-être dix ans, 15 ans après que je voyais un peu plus loin !

S’entretenir avec vous, sans parler de votre héritage serait un peu difficile. Il s’agit là de votre fils Tonton Ebogo. Quel est le sentiment que vous avez lorsque vous voyez votre fils qui a entamé une aussi riche carrière que vous ?

Oui, c’est une fierté ! Bien sûr que je ne voulais pas qu’il fasse de la musique parce que je ne voyais pas le contexte dans le quel au Cameroun, nous vivons. Et, je me dis que si j’avais fait ma musique hors du Cameroun, je serai devenu peut-être très riche financièrement. Bien sûr que je  le suis après avoir formé des centaines d’artistes et imagines-toi tous ces artistes là. Il y’a ceux qui sont reconnaissant, qui reconnaissent ce que j’ai fait pour eux et qui n’ont jamais cessé de m’appeler ‘papa’. Alors, quelqu’un comme Tonton qui hérite de mon héritage, c’est un héritage qui ne dit pas son nom. Moi, je veux disparaître un jour et je crois que lui, surtout ne dira pas un jour qu’est-ce que je lui ai laissé ? Les trois albums qu’il a déjà sorti, de temps en temps, il reprend une de mes œuvres à sa guise, avec ses arrangements à lui. Donc, c’est cette héritage là que je lui légué. Et, bien sûr, je ne l’attendais pas là, je l’attendais plutôt au foot parce que lui, c’est un footballeur. Il a joué avec beaucoup de gars qui sont dans les Lions Indomptables. S’il avait continué avec le foot, il serait avec eux. Et c’est là où je l’attendais mais, quand il a choisi la musique, je me suis dit que c’est le même sang qui coule dans mes veines, c’est celui qu’il a. et, quand on a un don inné, le don inné que j’ai c’est le même don qu’il a. il est difficile de l’empêcher mais je suis fier de ce qu’il fait.

Et votre opinion à propos de l’univers Bikutsi aujourd’hui ?

Le Bikutsi est en bonne voie pour que le Cameroun soit connu musicalement ! Vous savez, c’est dans le Bikutsi que le Rock n’ roll est tiré. Je crois que le Bikutsi, c’est la musique camerounaise qui fera du Cameroun, tel que le Reggae a fait pour les Jamaïquains. Tel que la Rumba-Soukouss a fait pour les Zaïrois. Je suis très ambitieux, je suis très objectif. Je sais que le Bikutsi est en bonne voie. Il suffit d’un déclic. Il suffit que quelqu’un étant aux Etats-Unis, il dise que je vais présenter le Bikutsi aux Américains. Il vient au Cameroun, ils choisissent quelques artistes. Quand ça va se passer comme ça, je crois que le Bikutsi sera parti !

Nous sommes donc ici au Festi Bikutsi 2013, que pensez-vous de ce festival ?

Le Festi-Bikutsi, j’ai participé à toutes les éditions. On a à un moment, trimé. Mais le Festi Bikutsi innove à tout moment. C’est-à-dire à chaque édition, il y’a une innovation par exemple. Nous sommes là dans une somptueuse salle pour faire l’ouverture solennelle, c’est une innovation. Et après, le public va se transporter eu lieu habituel. Il y’a des innovations et, à chaque édition on rend hommage à un artiste dans son vivant comme ça se passe maintenant avec Nkodo Sitony. Moi, sans mentir, ça me touche ! Moi-même j’ai eu cet hommage, je crois à la 8ème ou à la 9ème édition, je ne me rappelle plus bien. Mais, c’est touchant quand c’est touchant quand ça se passe pendant que l’artiste vit encore.

Est-ce que papa Ange Ebogo Emérant prépare-t-il encore un album ?

Ce qui me gêne  c’est que je n’ai pas trop trop de temps. Je travaille beaucoup pour la nouvelle génération. Mais cette fin d’années, j’ai un album qui sort bientôt. Tout est déjà fin prêt pour que cet album voie le jour, avant la fin de l’année. C’est un Best Of de 10 titres et des titres nouveaux dessus parce que c’est un double CD. Un côté Best et un côté nouveau…

Quel est le contenu du côté nouveau ?

Le côté nouveau, bien sûr que c’est de la musique pour fan comme d’habitude mais là, pour la première fois j’ai inséré une chanson qui entre dans le cadre de la musique religieuse. (Chant) !

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