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Le « vote d’identification » pour Samia Ghali, clé de la primaire PS à Marseille

Jeudi 17 octobre. Le débat houleux dans les studios de France 3 Méditerranée est à peine terminé que déjà M. Mennucci arpente les rues du quartier Belsunce, bazar populaire du centre-ville. Il entre dans une pâtisserie tunisienne. Fait un crochet par un commerce de poulets halal. Puis explique aux journalistes qu’il est dans "son" arrondissement. Et que c’est bien lui que les habitants du quartier ont porté en tête, ici, avec 48 % des voix, le dimanche précédent.

La sortie vise-t-elle à maintenir le lien avec un électorat majoritairement d’origine maghrébine avant le second tour ? "M. Mennucci est un maire qui n’attend pas les campagnes pour visiter son secteur, assure Nassera Benmarnia. Dans le centre-ville, il récolte ce qu’il sème." La suppléante du député est aussi la fondatrice de l’Union des familles musulmanes des Bouches-du-Rhône. Elle l’a rejoint en 2012, après, dit-elle, avoir vu que "dans le domaine de la diversité il tenait ses engagements". L’évocation d’un vote communautaire l’irrite : "Je ne comprends pas qu’on analyse encore le scrutin au prisme de l’origine d’un candidat. Au premier tour, c’est la proximité qui a compté. Si Samia a mobilisé fortement dans les 15e et 16e arrondissements, c’est parce qu’elle a un véritable bilan de maire de secteur. Mais au second tour, c’est notre programme qui fera la différence."

 "SAMIA, C’EST LA FAMILLE"

Dimanche 13 octobre, devant la salle Vallier, le centre de vote des 4e et 5e arrondissements, Mme Ghali était bien loin de ses habituelles terres d’élection. Alors qu’elle gravissait les marches, une électrice l’a accueillie d’un vibrant : "J’ai voté pour toi, Samia. Inch Allah, la victoire !" Une scène qui s’est déclinée partout où la candidate a mené sa campagne pour le second tour.

"Samia, c’est la famille, embraye Walid, 39 ans, posté devant un magasin de jeans de Belsunce. Elle vient des quartiers, elle sait comment ça se passe." Il sera encore là pour le second tour : "On n’a jamais eu de candidate qui nous ressemble. C’est la première qui peut être maire de Marseille. On tente le coup. On verra."

"Plus qu’un vote communautaire, je dirais que Samia Ghali provoque un vote identitaire, analyse Saïd Ahamada. Dans le sens où ses électeurs s’identifient à elle." Candidat MoDem dans le 8e secteur en 2008, ce haut fonctionnaire comorien d’origine a fondé il y a quelques mois un think tank sur les quartiers Nord. "Il faut rappeler que Samia est femme et kabyle, reprend-il. Des éléments plutôt négatifs dans la communauté maghrébine à majorité chaouie. Mais avec son parcours de fille issue d’une cité, son discours, entre bar du commerce et sincérité, sa façon de parler cash, elle colle à une partie de la population."

ABSENCE D’HOMOGÉNÉITÉ DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE

En ce vendredi de prière, devant la mosquée Islah, la plus grande des quartiers Nord, le sujet Ghali divise. Personne ne veut dire son nom de famille, mais beaucoup donnent leur avis. Zorah, tête prise dans un foulard, assure que "Samia a un problème avec les associations musulmanes. Elle ne nous aide pas !" "Elle a du punch, et beaucoup de gens votent pour elle parce que c’est une Arabe", rétorque un voisin. Kader, un syndicaliste CFDT, dit clairement, lui, qu’il soutiendra Mennucci, comme au premier tour : "Parce qu’il est le seul à vouloir casser la mainmise de Force ouvrière. Mais mes parents, eux, voteront Samia."

En 2001, dans une étude sur les enjeux municipaux autour de la communauté musulmane à Marseille, le sociologue Vincent Geisser la définissait comme un "électorat imaginaire". Douze ans plus tard, l’absence d’homogénéité de cette communauté face aux urnes semble encore réelle.

"Moi ce qui m’inquiète dans ces municipales, lance Lachraf Timezouikht, conseiller PS à la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, c’est l’air de révolution qui y flotte. Samia se présente comme la candidate antisystème… Elle joue sur le populisme et la victimisation. Exactement comme le candidat du FN."

MARSEILLE D’EN HAUT ET LE MARSEILLE D’EN BAS

Soutien d’Eugène Caselli venu rallier M. Mennucci après le premier tour, M. Timezouikht estime que ce terrain du populisme a été préparé par les élites politiques : "A la communauté urbaine, nous sommes quatre d’origine maghrébine sur les 47 élus du groupe socialiste et apparentés. Vous trouvez cela normal, dans une ville où notre communauté représente un quart de la population ?" Dimanche, après la victoire qu’il compte bien remporter, il se promet d’"aller trouver Patrick pour évoquer tout cela avec lui avant les municipales".

Le "dédain des élites", Samia Ghali, pourtant sénatrice, maire de secteur et vice-présidente de la communauté urbaine à 45 ans, en a fait un argument de campagne. Ses adversaires l’ont accusée d’avoir faussé le premier tour en organisant un transport massif de votants. Elle a dénoncé, en retour, ceux qui considéraient ses soutiens comme des "sous-électeurs". Stratégie porteuse ? "Moi-même, note M. Ahamada, j’ai été vexé : comme si les habitants des quartiers Nord n’étaient capables que d’être manipulés. J’ai l’impression de vivre un combat entre le Marseille d’en haut et le Marseille d’en bas."

Enflammée, la primaire livrera son verdict dimanche soir. Et si elle gagne, Mme Ghali fêtera peut-être à nouveau sa victoire dans un bar à chicha du Vieux-Port.

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