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Wilfrid Mbappé : «Kylian a réalisé tous mes rêves»

Dans une interview exclusive accordée au Parisien, Wilfrid Mbappé, évoque sa relation avec Kylian, raconte sa vie et dévoile un pan de sa personnalité qui permet de mieux comprendre celle de son fils.
Quand votre fils devient une star planétaire à seulement 20 ans, votre vie s’en trouve forcément chamboulée. Pourtant, Wilfrid Mbappé (49 ans) reste fidèle à ses convictions. Il confie avec simplicité et franchise sa relation avec Kylian, et raconte quelques principes qui lui sont chers et qui ont permis à son fils de se construire dans un cadre familial idéal. Ce dimanche, il sera au stade Pierre-Mauroy pour assister au choc entre Lille et le PSG et voir à l’œuvre son joueur de football préféré.
Assistez-vous à tous les matchs de Kylian ?
WILFRID MBAPPÉ. Oui à 80 %. Après j’ai d’autres enfants (Jirès Kembo-Ekoko et Ethan). Quand ils jouent en même temps, je privilégie les rencontres des autres, car je peux revoir à la télé celui de Kylian.

Vous débriefez avec lui ?
Non, on parle parfois de situations, de sa forme, de son ressenti. Il me demande aussi des conseils.
Cette saison, Kylian joue souvent attaquant de pointe et marque énormément (33 buts avec le PSG toutes compétitions confondues plus 4 avec les Bleus). Est-ce son poste de prédilection ?
Kylian peut jouer partout, car sa palette est complète. Il ne faut pas l’enfermer dans une case, il peut jouer attaquant, à droite ou à gauche. Il faut surtout qu’il garde cette liberté de mouvement qu’on lui accorde au PSG ou en équipe de France.

Dans quel(s) domaine(s) peut-il encore progresser ?
Il peut faire mieux devant le but. Contre Lyon (5-0 le 7 octobre), on a beaucoup parlé de ses quatre occasions manquées avant son quadruplé. Mais qui a marqué 8 buts cette saison dans un match ? Avec Kylian on banalise l’exceptionnel ! Si ce n’était pas mon fils, je dirais qu’il réalise des choses incroyables pour son âge.

On loue souvent sa façon de s’exprimer devant les caméras ou les micros…
Pourquoi ? Qu’y a-t-il d’exceptionnel à bien parler ? Il y en a d’autres qui le font aussi bien, dans les quartiers ou ailleurs. Ma plus grande fierté est ce qu’il est : le joueur de football, car je suis un passionné de foot. Et aussi la personne qu’il est devenu : gentil, respectueux et sociable.

À quel moment vous avez su que Kylian allait devenir une star du ballon rond ?
On a vu très rapidement qu’il était différent. Dès l’enfance, Kylian en mettait plein la vue face à des gamins âgés de 2 ou 3 ans de plus que lui. Après Clairefontaine, il a rejoint Monaco et je lui ai dit : tu vas devenir pro. Il m’a alors répondu : « Comment tu le sais ? Tu es Nostradamus ? » Je lui ai alors demandé quel pro il voulait être et que cela dépendait de lui. Kylian a tracé son propre chemin.

Est-il facile d’être le papa d’un génie du football mondial ?
Oui puisque je reste moi-même. Le regard des autres est difficile. Ne plus pouvoir faire des choses qu’on faisait tous les jours. Parfois, on a besoin de tranquillité. Aujourd’hui, tout le monde connaît ce nom. J’ai l’impression d’être le même. Tout le monde chez nous est comme ça, mes enfants, ma femme. On sait d’où on vient. On reste les mêmes. On a quasiment gardé les mêmes amis. Si tu dis non un jour à quelqu’un, il va dire que tu te la racontes.

Comment gérez-vous la médiatisation de votre fils ?
Avant je lisais et regardais tout, mais plus maintenant. C’est comme un gâteau au chocolat, si vous en mangez trop, vous avez ensuite une crise de foie. Parfois, il y a aussi de la désinformation. Ok, Kylian est une personne publique, mais je ne comprends pas qu’il y ait tous les jours des choses sur lui. C’est gênant.

À quoi avez-vous immédiatement pensé quand les Bleus ont gagné la Coupe du monde ?
Je me suis mis à chialer comme un gamin de 4 ans alors que je ne pleure jamais. Vous repensez à tout ce que vous avez vécu et ce que Kylian est devenu. Vous vous dîtes : Mais que c’est beau !
Vous avez aussi formé Steven Joseph-Monrose (ex-Lens et Brest), Fabrice N’Sakala (ex-Troyes), Sébastien Corchia (Benfica), Jonathan Ikoné (Lille), William Saliba (Saint-Etienne) et Ateef Konaté (Le Havre) à l’AS Bondy…
Je ressens beaucoup de fierté. Avec mes collègues, nous avons un peu participé à ce qu’ils sont aujourd’hui, même si tout le mérite leur revient. Quand on les voit, ils nous disent merci, certains nous appellent. Le plus grand plaisir est là.

Quel genre d’entraîneur étiez-vous ?
J’ai toujours été un formateur. J’ai eu des problèmes avec certains éducateurs qui étaient uniquement dans la gagne. Moi je n’en avais rien à faire. On devait former avant tout des joueurs. Celui qui mettait un bus devant le but se retrouvait convoquer le lendemain dans mon bureau. Cela m’arrivait aussi d’arrêter les séances quand mes joueurs offensifs refusaient le duel avec un défenseur et mettaient systématiquement la balle en retrait. N’importe qui peut faire une passe derrière.

Pourquoi avez-vous arrêté d’entraîner ?
D’abord car j’ai deux heures de trajet désormais à faire pour aller à Bondy. Ensuite, c’est compliqué d’aller coacher sans être embêté. Parfois, les gens mélangent tout donc j’ai préféré m’éloigner. Mais je reste dans le foot.

Le terrain vous manque ?
Oui. Quand je vais voir mon dernier (Ethan) en U13 au PSG, j’ai envie de mettre mon survêtement. Aujourd’hui, je n’ai qu’une place de père. Mais s’il y a deux ou trois conseils à donner, je le fais dans la voiture.

Ethan a été convoqué le 22 avril prochain dans le cadre d’un stage probatoire d’admission à l’INF Clairefontaine…
Il y a 48 enfants qui ont été pris à Clairefontaine. On en fait une information car c’est le frère de… Nous voulons qu’on le laisse tranquille, qu’il soit à Clairefontaine ou pas. Ethan fait son petit bonhomme de chemin et je suis content qu’il écrive sa propre histoire.

Qu’est-ce qui vous plaisait en tant que coach ?
Former, donner, échanger, transmettre… Le plaisir de les voir jouer, de mettre des choses en place et que cela marche. Sans oublier le côté social. On ne peut pas faire du bon travail sans connaître la vie de l’enfant. Si on connaît son histoire, c’est plus facile d’intervenir. On avait des gamins dans des situations difficiles, certains avaient plus de facilité à se confier à nous qu’à leur parent. Même si parfois, on se montrait sévère, nous étions là pour eux. Aujourd’hui, quand je vois ces jeunes hommes et leur comportement, c’est une belle récompense.

N’est-ce pas trop difficile de coacher quand on a son fils dans l’équipe ?
Cela a toujours été ma hantise. Quand j’entraînais, je voyais certains parents adopter un comportement incroyable. Dès l’âge de 2-3 ans, Kylian me répétait tous les jours qu’il voulait jouer au football. Mais, j’ai attendu. Quand je l’ai emmené la première fois avec moi, j’ai vu qu’il était passionné donc je l’ai entraîné. Nous avions une règle. Ce qui se passe sur le terrain reste sur le terrain ou le vestiaire. À la maison, je redevenais le papa et il n’y avait plus de coach ou de briefing. Le plus drôle c’est qu’il a fallu un an et demi aux gens pour qu’ils sachent que Kylian était mon fils. Il ne m’appelait jamais papa et comme je travaillais au stade de 10 à 23 heures, c’était ma femme qui l’amenait puis le ramenait. Un jour Kylian m’a dit « papa » et tous les autres enfants se sont retournés en lui disant : « Tu dis n’importe quoi, Wilfrid n’est pas ton père ! (rire) »

Quel est votre entraîneur préféré ?
Guardiola ! On a l’impression qu’il innove tout le temps. Pour moi, le football est un spectacle. Malheureusement trop de coachs oublient ça. Quand j’entends des joueurs après un match dire on a été solide, cela m’embête. Je préfère voir un 5-4 qu’un 1-0.

Quel est votre deuxième joueur préféré ?
Mon premier c’est Kylian et mon deuxième c’est Mbappé ! Même si j’enlève le fait que c’est mon fils, le voir jouer me procure tellement de plaisir. J’adorais Ronaldo le Brésilien, Zidane, Pelé, Maradona, Cruyff et Ronaldinho. J’adore aussi Neymar. Le voir jouer avec Kylian est la garantie d’assister à un show. Je vais au stade pour m’en mettre plein la vue et me lever de mon siège !

Quels sont vos rêves pour Kylian dans le futur ?
Je n’en ai plus car il a réalisé tous mes rêves : c’est-à-dire devenir pro et gagner la Coupe du monde. J’ai aussi la fierté qu’il porte le numéro 10 en équipe de France. C’était mon numéro et aussi le sien à l’AS Bondy. Après, je lui souhaite de grandir et de gagner des choses mais ce ne sont plus des rêves.

Avec leparisien.fr

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