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Pr EBENEZER EMMANUEL NJOH MOUELLE : Le destin du philosophe et homme politique camerounais

Ils entamaient le programme officiel du CP (I et II) au cours des 3e et 4e années réelles de la scolarisation initiale. Cela se passait dans les écoles confessionnelles, et, en l’occurrence les écoles de la Mission Protestante Française au Cameroun (MPF). Il a également appartenu à l’une des dernières générations d’enfants s’étant fait délivrer leur diplôme du Baccalauréat, première et deuxième parties, par l’Académie de Bordeaux, tout en ayant composé sur place. Il les obtiendra  au Lycée Général Leclerc de Yaoundé, en 1958 et 1959, chaque fois avec la mention Assez Bien. La commission des bourses de juillet 1959 l’oriente d’autorité vers les études littéraires, pour le préparer plus particulièrement à embrasser la carrière d’enseignant. Il va donc successivement être inscrit en Lettres Supérieures au Lycée de garçons du Mans dans la Sarthe, devenu plus tard Lycée Montesquieu (1959-1960) et au Lycée Henri IV à Paris, (1960-1961 et 1961-1962) en classe préparatoire à Normale Sup. de St. Cloud, tenu par Jacques Derrida, avant sa nomination l’année d’après à la Sorbonne qui lui fait suivre un cours d’une limpidité magistrale sur la très hermétique Critique de la Raison Pure d’Emmanuel Kant. Le Mans étant rattaché à l’Académie de Caen, c’est dans cette ville universitaire qu’il va subir avec succès les épreuves de la Propédeutique Lettres qui donnait droit à l’inscription en licence. En ce qui concerne la philosophie, il est l’élève à Paris, de Muglioni, Guillermit, tous deux des spécialistes de Kant, Claude Khodoss, non moins kantien mais spécialement chargé d’expliquer l’Ethique de Spinoza. Son premier travail académique  a été consacré à l’étude du quatrième chapitre de l’Evolution créatrice et s’était intitulé « Bergson et l’idée de néant » pour l’obtention du Diplôme d’études supérieures (D.E.S. Mention Très Bien 1965, et le second, un peu plus étendu, était celui du doctorat de 3è cycle et s’intitulait « Bergson et l’idée de profondeur ». Il fallait ici interroger la profondeur du « moi profond » et la superficialité du « moi superficiel ».

Après la soutenance de sa première thèse de doctorat le 27 juin 1967,  il envisage de rentrer au Cameroun afin de remplir l’engagement pris lors de l’obtention d’une bourse Unesco conduisant au recrutement en qualité d’enseignant à la toute jeune école normale supérieure qui venait d’ouvrir ses portes à Yaoundé et devait être l’une des premières institutions de l’Université Fédérale du Cameroun. La bonne mention de son doctorat de 3è Cycle lui valut l’inscription sur la Liste française d’Aptitude aux fonctions de Maître Assistant (LAFMA), ce qui  bien sûr le  permis d’être directement recruté dans le grade de Chargé de Cours à l’Université de Yaoundé. Pendant qu’il  réfléchit à ce que pourrait être son sujet de thèse principale de doctorat d’Etat, il commence une activité de publication sans attendre ; Il hésita entre des travaux portant sur des questions d’histoire de la philosophie occidentale et des sujets de pensée africaine, mais cela ne l’enchantait nullement car une certaine mode voulait que les Africains spécialisés en philosophie œuvrent à faire sortir de leur oralité traditionnelle, des visions de monde, des cosmogonies et autres mythes afin de défendre l’idée d’une authenticité africaine dans le domaine de la philosophie. Comme cela a été le cas dans des domaines tels celui de la religion. Le mouvement culturel de la Négritude a joué un rôle déterminant dans cette orientation de la recherche chez des élites universitaires africaines. Le Pr NJOH MOUELLE avait sa manière à lui de consacrer son activité de recherche à l’Afrique, celle de se dire qu’une préoccupation quotidienne et pressante chez les Africains était celle du développement économique, social et culturel qui revenait sans cesse dans les discours des responsables politiques depuis l’Indépendance. C’est ainsi qu’il s’attèle dès 1969 à la rédaction de l’Essai sur la signification humaine du développement intitulé en raccourci  De la médiocrité à l’excellence  et qui paraît en 1970 aux Editions CLE de Yaoundé. Cet essai sera suivi en 1980 d’un autre tout petit texte intitulé Développer la richesse humaine, toujours aux Editions CLE.Les années  sus évoquées sont celles qui voient la jeune université de Yaoundé fonctionner comme un énorme Foyer culturel au sein duquel il ne se passe pas de semaine sans que des conférences publiques y drainent une foule d’auditeurs constituée d’étudiants certes, mais également d’un grand nombre de personnalités du monde extérieur à l’université. Il est alors régulièrement sollicité comme tant d’autres pour participer à des tables rondes ou donner des conférences. C’est ainsi qu’il va devoir regrouper dans la série intitulée JALONS, I, II, III, des textes élaborés pour des occasions diverses (Semaine culturelle de l’ENS de 1970, le rêve et la contestation, le 10è anniversaire de la Revue Abbia, Le 30 avril 1973 : Sagesse des proverbes et développement. Le 10è anniversaire des Editions CLE, 14 novembre 1973 : Littérature et développement. Le Séminaire organisé par l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, IRIC, Septembre 1973 : L’Université et la personnalité africaine. Et bien d’autres textes encore, contenus dans Jalons III et dans, La philosophie est-elle inutile ?composé de six essais tournant tous autour de l’idée d’utilité).
Jalons II a été réédité chez CLE en 2006 et se trouve donc dans les librairies. Jalons III est toujours disponible. De même est disponible l’ouvrage intitulé La philosophie est-elle inutile et qui aurait pu s’intituler Jalons IV. Car en effet, il est conçu à la manière des Jalons et contient six textes dont deux portent sur des questions africaines. Ce sont : Temps vécu et temps de la production aujourd’hui en Afrique dans lequel il tente une explication sur le rapport au temps tel que constaté en Afrique généralement et qui fait dire que l’Africain n’aurait pas la notion du temps. Le deuxième texte s’intitule L’Afrique initiatique et la tradition de l’excellence. Pendant qu’il  donnait toutes ces conférences et écrivait des articles sur les questions dont nous venons de faire état, il poursuivait  justement ses travaux en vue de l’obtention du doctorat d’Etat ès Lettres et Sciences humaines. Le sujet de sa grande thèse a porté sur L’Humanité de l’avenir selon le bergsonisme. Toujours dirigée par Vladimir Jankélévitch, il l’a soutenue en Sorbonne le 8 mai 1981 avec la mention Très honorable.
  Après la soutenance de la grande thèse et son passage au grade magistral, il est nommé Directeur de l’Ecole Normale supérieure au terme de huit années d’administration universitaire dans les fonctions de Secrétaire Général de l’Université de Yaoundé. En 1983, les éditions CLE vont sortir sous sa signature les Considérations actuelles sur l’Afrique, un texte qui est une interview menée par Hubert Mono Ndjana sur divers sujets allant de l’absence du sens critique dans les affaires africaines, à l’art nègre, aux questions de société ,et d’éthique, de langage, d’africanisme encore, etc. Le  Pr E N M  en faveur d’une pensée concrète a été réaffirmée dans sa publication de 2007 aux Editions Afrédit de Yaoundé, à savoir le Discours sur la vie quotidienne (168 pages).C’est le même intérêt pour le quotidien et le concret qui le conduit vers la politique.

Au terme de son unique mandat, il va  publier l’ouvrage intitulé Député de la nation en 2002 aux Presses de l’Université catholique de Yaoundé. Aujourd’hui encore, le Cercle Camerounais de philosophie (Cercaphi) qu’il a créé en 1995 se signale par une activité donnant lieu à des publications telles que Philosophes du Cameroun ( 447 pages) ,édité par les Presses de l’Université de Yaoundé en 2006, fruit de plusieurs tables rondes consacrées aux œuvres de quatre penseurs du Cameroun, La philosophie et les interprétations de la mondialisation en Afrique, Actes d’un colloque international qui s’est tenu à Yaoundé en novembre 2007et publiés sous sa direction aux Editions de L’Harmattan. On peut aussi lire les 27 pages d’une première autobiographie intellectuelle par laquelle s’ouvre l’ouvrage collectif intitulé L’Aspiration à être et qui contient sept essais critiques portant sur ses écrits. Leurs textes ainsi que ses réponses à leurs critiques ont fait l’objet de la publication dans le même volume. (Editions Dianoïa, Paris 2002).

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