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Zagor Essouma long : « Je ne suis pas un artiste en quête de gloire… »

Bonjour Zagor Essouma Long. C’est un plaisir énorme que de t’avoir dans le cadre de cet entretien pour le bonheur des internautes de culturebene à travers le monde. Alors, dis-nous qui est Zagor que d’aucuns préfèrent appeler El Zagor?

Salut à vous monsieur Nana et aux internautes. Le plaisir est partagé et merci de me recevoir à Culturebene. J’ai toujours beaucoup de difficultés quand il faut parler de ma modeste personne. Qui suis-je? J’ignore par quel bout commencer. En bref, je suis artiste comédien-conteur, né dans les profondeurs de la forêt camerounaise du Nyong et Mfoumou. Zagor est le petit nom que m’avait donné une tante de regrettée mémoire, et EL est le diminutif de mon nom Essouma Long.

Qu’est-ce qui t’a attiré vers le théâtre?

Y a t-il un art aussi complet que le théâtre? Je dirais à ma connaissance non. Je suis allé au théâtre pour m’amuser, j’y suis resté pour éduquer les autres et moi-même y compris. 

Est-ce que tu peux nous parler un peu de tes débuts dans ce métier?

Pour faire court, je vais m’attarder à mes premiers contacts avec le Théâtre Universitaire de Yaoundé I. Je frisonne à la pensée de la valeur de ladite structure. Que de talents à l’époque? C’est le Professeur Gilbert Doho qui m’introduit et Emmanuel Keki Manyo. Ce sont mes modèles. 

On sait que tu es comédien, conteur, guitariste-chanteur et joueur de mvet. Où te sens-tu mieux à l’aise?

Où je me sens le plus à l’aise? Je rigole toujours face à cette question. En réalité, je ne suis pas un homme à tout faire. Je suis un initié à l’art du Mvet par mon grand père Essouma Enga’a qui fut un virtuose ayant partagé la scène avec Assomo Ngono Ela et autres. C’est dire que le Mvet pour moi occupe une place de choix. Toutefois, l’une des lois de l’initiation au Mvet c’est la polyvalence dans les instruments de musique. Pas très étonnant si j’en touche quelques uns. Faire du Mvet, c’est maîtriser l’art de la parole donc conter. Le Mvet c’est également chanter, danser mimer… Vous voyez que les frontières que vous aviez établi viennent de s’effondre pour ne laisser place qu’à l’art! 

Quelles ont été les étapes les plus déterminantes pour ta carrière artistique?

Je ne parlerais pas à l’imparfait. Je considère personnellement tous les jours de ma vie, comme le premier jour d’une carrière. C’est l’une des lois du Mvet, se surpasser. J’ai certes effectué des collaborations et des projets internationaux, j’estime pouvoir faire mieux. 

Que peut-on retenir du parcours de Zagor Essouma en termes de succès?

Parler de succès? Non, je n’en ai pas. Je ne souhaite d’ailleurs pas en avoir ; si oui, chaque fois que je parviens à faire sourire mon public est une victoire. Je ne suis pas un artiste en quête de gloire. 

Quels sont les secrets de ce comédien conteur que tu es et dont le mvet constitue un élément majeur de l’identité?

Mon premier secret, c’est tout le moment de me moquer de moi-même avant de caricaturer l’altérité.  Le second, je prends assez de temps pour écouter et observer. Finalement, vous voyez que tout artiste le fait. Ce ne sont plus de secrets. 

Tu es sorti du théâtre universitaire de Yaounde I; quels souvenirs tu as, aussi bien de la filière des Arts du spectacle de l’université de Youndé I que de la troupe théâtrale de cette institution?

Vous pouvez constater que j’ai évoqué le Théâtre Universitaire avant même que vous n’y fassiez allusion. Mes plus grands amis sont le fruit du T.U. Ceux qui m’ont le plus impressionnés sont également passés par là. C’est également l’endroit où j’ai touché du doigt le ridicule qui ronge le Cameroun actuel. J’ai vu des personnalités, se rabaisser, jeter des peaux de bananes sur les pas de la jeunesse à cause du T.U. J’ai risqué ne jamais passer le diplôme de Maîtrise par ma rigueur au Théâtre Universitaire. J’ai vu des intellectuels confondre un Club culturel de l’Université à un Département. J’ai entendu des gens mêler l’artistique au tribalisme et au régionalisme.  J’ai vu des enseignants abuser des étudiants au nom de cette troupe théâtrale. Que dire, j’ai connu le bien et le mal dans le TU dont je fus Président. Mon passage est d’ailleurs l’un des plus florissant de ladite troupe avant des réalisations internationales telle que, l’adhésion de l’Université de Yaoundé I à l’Association Internationale de Théâtre à l’Université qui est une organisation mondiale. A propos de la Section des Arts du Spectacle qui est un joyau en Afrique Centrale, l’incompétence semble s’installer. Il faut la revisiter. 

Que pense aujourd’hui Zagor Essouma Long du théâtre camerounais à l’état actuel et de son avenir?

Mon point de vu sur le théâtre au Cameroun frise avec le pessimisme. Les acteurs sont clochardisés, les édifices écroulés,   la politique culturelle banalisée et les auteurs peu inspirés. Est-il étonnant que toutes les autres formes d’art tel que l’humour prennent le pas sur le théâtre? Seul le temps nous le dira. Je ne suis pas adepte du pronostique. 

Depuis quelques années, tu t’es installé définitivement au Canada. Qu’est-ce qui caractérise le théâtre pratiqué dans ton pays d’accueil?

Le théâtre au Canada tout comme ailleurs est un médecin des mœurs locales. Conscient de cette valeur, le gouvernement pense des politiques de promotion, de    diffusion et même d’assistance aux actants de la filière théâtre. La culture canadienne prime sur le reste. Suivez mon regard.

Quelle comparaison peux-tu faire entre le théâtre pratiqué au Cameroun dont tu es originaire et celui que tu trouves au Canada?

Une comparaison entre les deux univers que je connais bien est-elle nécessaire après ce que je viens de mentionner? Est-ce une manie pour vous de me laisser parler indéfiniment? En bref, de la formation à la diffusion dans les métiers du théâtre, il faudra du temps et beaucoup d’efforts pour que le Cameroun gravite les marches canadiennes. 

Zagor a-t-il des regrets aujourd’hui?

Je regrette rarement. C’est une attitude que je trouve plaintive et irresponsable. On évolue avec le contexte. Mes ambitions tournent autour de l’art. Jouer, jouer et jouer. Faire découvrir au monde, un pan de la culture inconnue d’une Afrique antique: Le Mvet. Transmettre le peu dont je suis dépositaire.

Et Zagor nourrit-il des ambitions? Lesquelles?

Je donne des spectacles de façon régulière et le public semble assez ému du talent du Négro (rire).  Cependant je finalise un projet de thèse à l’Université de Sherbrooke. On va faire comment?

Ton dernier mot, El Zagor?

Vous me demandez un dernier mot? Est-ce une façon d’exiger mon silence? Décrire nos réalités est nous trahir?   

Culturebene te remercie et te soutient dans toutes tes entreprises. Merci pour ta disponibilité.

Merci à vous!

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