Douty : « Je déchire sur n’importe quel instru… »

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Ex membre du crew « Cormorans de l’univers » avec Final D. (Bantou Pô Si) et Aristide B. (Kundeyala), il se rappelle encore des concours gagnés avec ses pôtes lors des compétitions scolaires de musique et au CCF de Douala. Venu passer les fêtes de fin d’année en famille et surtout assister à la première édition du Douala Hip Hop Festival. L’artiste nous a reçu à son domicile familial, à l’objet de nous servir l’exclusivité sur ses projets en cours.

Bonjour Douty et surtout bonnes fêtes, merci de nous accueillir chez toi…

(Rire). Bonne année à vous et à tous ceux qui me liront sur votre portail, c’est un plaisir de vous recevoir ici, je suis en famille et il y a culturebene.com chez moi, je suis vraiment ému.

Nous commençons par tes débuts, pour ceux qui ne le savent pas, tes premiers pas, c’est dans les « Cormorans de l’univers » avec deux pôtes : Final D et Aristide B. aujourd’hui chacun d’entre vous a fait du chemin, mais il faut rappeler que c’est Final D  le premier à s’être retiré…

Disons qu’à l’époque, nous étions trois fortes personnalités, des jeunes pourtant, mais qui avaient envie par-dessus tout de se faire entendre. Et il est arrivé que Final D, avec qui j’ai d’ailleurs gardé de très bons rapports, à l’époque, avait une vision différente de la nôtre, tout simplement. Il voulait absolument intégrer le côté tribal, le côté « Culture Camerounaise » à la musique, c’est même peut-être lui qui avait raison depuis le départ, parce qu’Aristide B et moi étions très influencés par l’occident et rêvions d’atteindre le marché Européen. Final D lui, voulait montrer ce côté urbain là, d’ailleurs il chantait déjà en Bassa à l’époque, alors que nous, nous écrivions des textes en français et anglais. Donc, par la suite, d’entente commune on a dit écoute Final , si t’as envie de créer ton propre groupe, vas-y…, et c’est ainsi que le Bantou Pô-si se forme, à la base il connaissait déjà Feros, c’est un peu ça. Aristide B et moi sommes donc restés deux dans notre groupe. Nous avions entre 15 et 16 ans à l’époque.

Trois garçons qui ont su s’imposer individuellement, Aristide B au sein du Kundeyala, Final D au sein du Bantou Pô-si et toi en France. Après les cormorans de l’univers, il y’a eu cette phase de ta vie qui n’a pas du tout été facile, je parle de ton départ pour la France ou du moins les premiers mois là-bas ?

Je dirais que, la vie n’est pas toujours ce qu’on pense, elle n’est jamais aussi simple que chez soi. Je suis parti du Cameroun à l’âge de 17 ans, vous imaginez bien qu’à cet âge-là, on était persuadé qu’avec le talent, l’écriture que j’avais, je percerais tout de suite. Mais une fois sur place, j’ai pris conscience des difficultés de la réalité des choses là-bas. J’avais même écrit une chanson où je disais : « qu’est-ce qu’on est bien chez soi, que d’être dans le froid tout seul, perdu à l’autre bout du monde… », Quelque chose comme ça. Ça n’a pas été facile pour moi, j’ai vraiment galéré. L’image que je me faisais de la France, de la facilité de devenir une star de la musique s’est avérée complètement fausse, il a fallu passer par plusieurs autres étapes de la vie, pour réaliser ce rêve. Je ne vais pas donner des détails, mais j’ai vécu des moments très difficiles. Déjà, trouver un logement à cette période-là, j’étais très jeune, c’était très pénible. J’ai dû m’engager dans l’armée française où j’ai passé 3 ans, dont un an de service militaire et 2 ans en tant que sous-officier. Voilà, ainsi a commencé mon vrai parcours en France.

On ne niera pas que tes atouts, hors mis ton génie ton talent et ton potentiel, t’ont ouvert quelques portes, je parle de ton physique, ton teint, ton beau visage et tout ce qui va avec…

(Rire). On va dire qu’il faut en fait une alchimie, un mélange de plusieurs conditions pour réussir dans tous les domaines et pas seulement celui de la musique. Encore qu’à notre époque, on mise beaucoup  sur les atouts physiques c’est quelque chose qui revient très souvent, malheureusement d’ailleurs. Parce que les autres qui n’en ont pas, seraient-ils inutiles ? Pour ma part, je dis tout simplement que ça ne devrait pas être le cas, on devrait donner la chance à tout le monde. Je sais que si on ne me disait pas que je suis beau gosse ou quoi ce soit et bien, j’aimerais quand-même qu’on me donne ma chance par rapport au talent que j’ai.

Qu’es-tu devenu après ton service militaire ?

Lorsque je suis sorti de l’armée, je me suis dit pourquoi ne pas réessayer dans la musique. Alors je me suis retrouvé à Paris, il faut dire que j’avais des petits boulots comme tout le monde…, j’étais comme vendeur dans un magasin comme « Carrefour » ensuite, j’ai été repéré grâce à mon physique et j’ai signé pour une grosse agence de Mannequinat en France.  Ça m’a ouvert pas mal de portes et à ce moment-là, la vie devenait un petit peu plus facile. Je suis entré dès cet instant de plein pied dans le monde du showbiz. Et c’est comme ça que je fais des voyages, je suis allé aux Etats Unis, en Allemagne, bref j’ai fait le tour du monde et ça m’a permis de faire des rencontres incroyables. J’avais un bon carnet d’adresse, quoi. Au bout d’un an, au final, je suis revenu sur Paris et grâce aux relations que le monde du mannequinat m’a offert, j’avais accès à toutes les boîtes de nuit les plus prisées. C’est ainsi qu’on me propose de travailler dans l’une des plus grosses boîtes de nuit de Paris « Le VIP » qui est une référence dans le monde, parce que fréquentée par toutes les stars hollywoodiennes. Ça a vraiment été la chance de ma vie, parce qu’à partir du moment où tu travailles dans ce genre  d’endroit, t’es en contact avec toutes les sommités qu’on puisse imaginer. Ça passe de chanteurs aux producteurs sans oublier les acteurs…, attention, là je te parle de Georges Clooney, Spike Lee, Denzel Washington, Maria Carey, JLO, Usher, R Kelly… tous ces gens-là se retrouvent dans cet endroit . Donc vraiment, ça m’a donné beaucoup  d’opportunités parce j’étais en contact direct avec les acteurs du métier que je voulais faire plutard.

Quand tu travaillais au V.I.P, tu as fait une rencontre plutôt  surprenante, celle du cousin de P. Diddy (Tony De Niro) qui a été pour quelque chose au départ de ta carrière musicale…

L’histoire, c’est que je me retrouvais de temps en temps dans les toilettes du V.I.P pour mimer mes chansons et travailler ma voix quand j’étais entre deux pauses. Alors un soir, un mec s’amène et me surprend dans cet exercice quand il traversait le couloir, attiré par ma voix. Là il me demande : t’es chanteur ? Et moi là, je fais genre : ouais…, enfin j’essaye. Il me dit : « écoutes, rejoins-moi demain à mon hôtel  Le Plazza Athènes  à 15H, je veux écouter ce que tu fais. Je trouve que tu chantes bien ». Et je lui ai répondu, d’accord, j’y serai. Le lendemain, j’ai fait ce qu’il ne fallait pas. Je me suis pointé à 18H, vous imaginez ? (rire). Alors le mec, il me dit : «  t’as 3H de retard ». Je lui dis, bah j’habite en banlieue parisienne, toutes mes excuses. Il rétorque : « je m’en fous, moi j’habite New York ». Il reprend son calme et descend du balcon accompagné d’une belle blonde et me demande de chanter. Je n’en revenais pas. Je lui dis : quoi ? Là, maintenant ? Il me dit : « oui, la blonde là, c’est ton jury ». C’était chaud. Je me suis concentré, puis je me suis lancé, j’ai repris une chanson d’Usher, la fille commence à sourire et intérieurement, j’étais conscient que c’était un bon signe. Alors le mec il me dit : « OK, je trouve que ce n’est pas mal, il y’a encore du travail, mais ce n’est pas mal du tout. Je vais te donner le numéro d’un ami qui est basé à Paris, tu vas l’appeler et il fera quelque chose pour toi ». Voilà comment ma rencontre avec Tony De Niro s’est faite et il m’a mis en contact avec mon tout premier producteur Phily Germain (EX Membre du groupe Organize). Le hic c’est que je ne l’avais jamais appelé. Tu sais, je bossais encore au V.I.P et j’y gagnais assez, donc la musique, je me disais si ça vient ça vient, sinon tant pis. Mais un jour, je suis tombé sur lui et il m’a lancé un de ses regards… il m’a dit : « hey, tu sais que t’as vraiment du style ? Quand tu passes dans la boîte, on te remarque tout de suite » et moi je lui ai dit : Merci, c’est gentil, tu sais Tony m’avait passé ton numéro mais je n’ai pas pu te joindre. Il s’étonne et me demande pourquoi je ne l’ai jamais appelé ? Sur le coup il me dit qu’entre temps il montait un projet avec la chanteuse Ophelie Winter, mais que dans 5 mois, il faudrait qu’on reprenne contact. Et il a ajouté : « Ne refais plus jamais cette erreur dans ta vie, quand tu as une opportunité, il faut la saisir, si tu la laisse passer, rien ne t’assure que tu en auras encore un jour ».

Une leçon que tu n’oublieras pas de sitôt… alors tu l’avais rappelé ?

Beh, je n’en ai pas eu besoin. C’est vrai qu’on ne s’était pas totalement perdu de vu. Il venait chaque semaine au V.I.P faire la fête. Au bout de 5 mois, c’est lui qui me rappelle, il venait de conclure avec le projet d’Ophélie et il m’a dit qu’il fallait qu’on se lance immédiatement sur le mien. Alors il me fait écouter l’instru dans son home studio et j’ai kiffé direct. On a fait des maquettes et c’est comme ça qu’est né le fameux « Tout le monde dit ».  Phily l’a présenté au producteur Frank Gallus. Il prend un peu de temps pour tout mettre en place, mais très excité et naïf à l’époque, je laisse carrément tomber le V.I.P, car je me disais, c’est bon, l’affaire est dans la boîte, mon album est là et tout… Finalement, M6 Interaction s’intéresse au projet et demande à rencontrer le chanteur. Il était question de me faire une prise de vue, mais Phily c’est quelqu’un qui voit toujours les choses en grand (rire). Alors il décide qu’on fasse tout un clip avec une superbe voiture, en plein « Bois de Boulogne », il fallait me voir dans la caisse avec des abdos…, des pectoraux d’enfer.  Le jour où on débarque à M6 pour leur montrer le clip, il était 10h, à 12h ils avaient déjà signé le contrat. Tellement ils étaient séduits. Et l’aventure a commencé là. C’était une très grande fierté pour moi, de savoir qu’enfin j’ai réalisé mon rêve, j’ai sorti mon CD, les potes au Cameroun étaient sans doute entrain de partager cette même joie. J’ai beaucoup vendu avec « Tout le monde dit », j’ai fait pas mal de tournées. Je me souviens avoir fait le 1er concert géant au Cameroun, organisé par Ajajo , grâce au soutient de MTN, c’était énorme ; on a fait un show avec Koppo, le grand frère Krotal, il y’avait 20.000 personnes à la base ELF ce jour-là.

C’est vrai que l’album a marché très fort, mais après plus rien. On a eu l’impression que tu avais laissé tomber. Que s’est-il passé exactement ?

Beh il s’est passé que, j’ai dû redescendre un tout petit peu sur terre. L’album a bien évidemment connu un énorme succès, mais par la suite, j’avais une vision de ma carrière que ma maison de disque ne partageait pas. Elle voulait que je ne fasse que des chansons commerciales, en fait. Moi je voulais faire autre chose. Je me suis dit, ok mon 1er album a marché, j’ai mis tout le monde d’accord, maintenant il fallait faire ce qui me ressemblait, expérimenter mon vrai potentiel, quoi. Ce qui a fait que le single que je leur ai proposé après, ils l’ont carrément refusé. Je leurs ai proposé 2 autres singles, la réponse était toujours la même. Pour eux, c’était Boom Boom ou rien. Vu que « tout le monde dit » a fonctionné, il fallait rester sur  le même format et moi je ne voulais pas. Alors j’ai dû monter mon propre label à l’époque qui s’appelait le « Phoenix » qui aujourd’hui a intégré un plus grand « White House Prod ». Et je compte l’implanter ici au pays car j’ai en projet d’y produire quelques artistes camerounais d’ici fin 2012. Mais il faut tout de même rappeler qu’avec Phoenix, j’ai sorti le projet « quand tu bouges », c’était en 2007 avec le concours de Mike, lui aussi EX-Membre de Organize. Et ce projet avait une forte coloration DanceHall. C’est à ce moment que tout le monde m’a conseillé de rester dans cette mouvance.

Et alors tu compose un album 100% dancehall qui malheureusement ne sortira pas…

Eh oui… pour la simple raison que mes producteurs n’arrivaient  plus à s’entendre sur le partage des droits. Tu imagines la frustration ? J’ai cru devenir fou. Un an et demi de travail dans l’eau… j’ai dû rentrer au Cameroun passer quelques semaines pour me ressourcer.  Certains avec qui j’avais commencé, à l’instar de Matt Pokora, Willy Denzey étaient à leur 2e ou 3e album. Bon, c’est vrai qu’un an après, j’ai pu sortir cet album, mais malheureusement j’étais le seul à le défendre.

Donc si je comprends bien, tu as carrément changé de style. Tu es plus dancehall aujourd’hui que RNB ?

Oui. Et je pense qu’on ne devrait pas se limiter à des codes ou à des barrières. La musique c’est comme l’amour. On ne peut pas aimer à demi-mesure, on aime totalement. J’écoute toute sorte de musique, que ce soit du rap hardcore, du rock, du rnb de la musique classique, du Bikutsi, du Makossa…, vraiment, j’écoute du tout, parce que j’ouvre mon esprit à la musique. Je ne vois pas pourquoi s’il me vient l’envie de faire de la Samba ou n’importe quel genre musical, je ne le fais pas sous prétexte qu’il y a un code établi selon lequel, si tu es chanteur RNB, ne fais que du RNB ! La preuve en est que tous les rappeurs aux Etats Unis maintenant chantent. C’est plus du rap ce qu’ils font là, c’est du chant : Kanye West, Drake… le vrai rap était celui du Wu Tang Clan, un truc comme ça. Moi j’ai un don. Je ne te dis pas que je suis un chanteur à voix, non. Je suis un chanteur à mélodies. Mets-moi sur n’importe quelle mélodie, n’importe quel instru, je le déchire. Justement parce que j’écoute toute sorte de musique. Et je défie qui conque veux me prouver le contraire.

Nous sommes en 2012 et Douty revient en force avec un nouveau projet, qu’en est-il ?

C’est vrai, après toutes ces mésaventures où chaque fois que je veux commettre un projet, je me faisais sans cesse casser la figure, 2012 me donne le sourire. Je viens de signer un contrat avec le label « Play-on Music », le label auquel appartient le colonel Reyel, Zas etc. Le projet porte le nom « Freedom », le public pourra voir les premiers clips d’ici la fin janvier. Il y’a un autre projet en parallèle, celui de l’Afrique, c’est une chanson que j’ai écrit qui s’intitule « One Nation », une sorte d’hymne pour la CAN 2012. Mais cette chanson porte plus particulièrement un message d’unité pour toutes les nations africaines. Ce grand rêve qui est de fédérer tous les peuples d’Afrique en une seule nation.

Douty, je vais te dire merci d’avoir répondu aux questions de culturebene…

Merci à vous, à toute l’équipe, j’espère que ce genre d’occasion se répétera.

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