AYRIQ AKAM : bienvenue à Yaoundé ou au Cameroun ? - Culturebene
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AYRIQ AKAM : bienvenue à Yaoundé ou au Cameroun ?

Sa technique d’écriture son flow et la qualité de ses sons et de ses vidéogrammes font de lui un artiste « complet ». Dans son album « puzzle », le titre phare : bienvenue au Cameroun, a reçu tous les honneurs dignes d’un tube de cette hauteur. Il a été joué et se joue en boucle dans les chaines radios et de télévisions, il est vu des milliers de fois sur you tube, a fait la une des hits, et a par-dessus tout reçu des récompenses. Comme : le meilleur titre de l’année 2011.

Mais comme il est de coutume toute médaille, aussi brillantissime soit elle, a toujours son revers. Et ce titre du rappeur camerounais Ayriq Akam, n’est pas une exception mais il confirme parfaitement la sacré règle. Tous ceux qui ont écouté cette musique peuvent soutenir avec moi qu’elle donne l’envie d’être écouté une seconde fois. Jusqu’ici, ce titre n’a reçu aucune critique, tant sur le fond que sur la forme. Pas parce qu’il n’en comporte pas, juste pour le simple fait que nous sommes dans une société qui ne s’interroge pas assez. On appréhende tout au premier degré, on fait tous des analyses de façades, celles qui sont à la portée de tout le monde, on ne va pas assez au-delà des apparences, on ne fait pas toujours une étude de profondeur, pour essayer de voir ce qui se cache derrière ce qui nous est donné pour vrai.

C’est à l’encontre de cette conception des choses que j’ai voulu me placer, j’ai voulu prendre le courage d’aller toucher le sacré, le désacraliser et le mettre à nu. J’ai pris ce courage de m’arrêter où tout le monde passe, d’interroger où tout le monde accepte, de discuter là où tout le monde croit. C’est ce qui a fait naitre cette petite chronique où je demande à Ayriq Akam, s’il voulait plutôt dire « bienvenue à Yaoundé », et s’est retrouvé dans l’euphorie de l’inspiration déclarer « bienvenue au Cameroun », cette question a toute sa place, vous verrez pourquoi.

–       Philologie du titre : bienvenue au Cameroun.

Quand on s’arrête un peu, et qu’on essaie de faire une étude profonde de ce titre du rappeur Camerounais, on sait très vite à l’évidence qu’il s’est trompé de sujet. Il a choisi un thème qu’il croyait maitriser, mais il s’est perdu en poursuivant son développement. De l’écriture jusqu’à la réalisation de ce titre, on assiste à un réel HORS SUJET.

D’abord lorsqu’on regarde le vidéogramme, on se rend compte que toutes les Caméras ne sont tournées que sur la ville aux 7 collines. Plus que ça en plein centre ville de la capitale, sis au lieu dit « marché central ». Il a carrément omis les monuments et les lieux historiques de cette ville ; qui pouvaient d’une manière ou d’une autre représenter même si c’est à un faible niveau l’histoire du Cameroun. Le lac municipal n’y est pas, le musée national non plus, la statue de la réunification, les quartiers délabrés, les endroits chics…

Ceci n’est pas à négliger, parce que lorsqu’on voit un titre de ce genre, on s’attend à ce que l’auteur, traite de son sujet sans retenu et sans négligence. Et comme il le dit lui-même, « bienvenue au Cameroun sans passer sans google », en bon Camerounais, on s’attend à ce qu’il nous enseigne plus que ce que nous pouvons connaitre si nous allions plutôt prendre des informations dans ce moteur de recherche qui est le plus puissant au monde. Mais il ne l’a pas fait. Il s’est contenté de rester sur un toit, à quelques mètres du sol, croyant avoir une vision panoramique sur tout le Cameroun. Pourtant même à Yaoundé il ne l’a pas pu. C’est dommage, car l’auteur de ce titre n’apprend malheureusement rien au touriste le plus naïf. Et pour mieux connaitre le Cameroun il s’adresserait mieux à un élève du primaire, que de perdre de ses trois minutes et poussière à suivre une musique qui ne le renseigne sur rien.

La preuve c’est qu’Ayriq Akam, n’a prononcé que trois ou quatre localités de la ville de Yaoundé, qui n’ont aucune signification historique ou touristique. Il parle de Nlongkak, de l’Immeuble Shell, de Mvog Ada, mais sans toutefois nous les faire voir dans son vidéogramme. C’est avec surprise que j’ai entendu l’auteur parler de K-Tino, certes c’est une référence en matière de bikutsi au Cameroun, qui n’est rien d’autre d’un des styles musicaux en vogue dans cette même ville de Yaoundé.

L’auteur en voulant faire l’ange a fait la bête la plus affreuse. Il a voulu user d’une figure de style pour traiter de son sujet en bon artiste, mais elle n’a pas fait bonne figure et donc s’est défigurée. C’est la « Métonymie » : Cette figure de style qui demande d’expliquer le contenu par son contenant, or il s’est avéré que le contenu de l’objet, par la faute de l’auteur a été aussi vide que l’horreur de la nature. Ayriq Akam, doit savoir que lorsque l’artiste prend le risque d’expliquer un contenu par son contenant, il doit miser sur les détails, et ne point les perdre de vue comme ça été le cas ici. Comme le dit Boileau : « la montagne en travail a enfanté d’une souris ». Le problème c’est que ce n’est même pas un thème nouveau. Il aurait du le simplifier comme soprano l’a fait dans « bienvenue à Marseille », ou Tony P dans « bienvenue à Miami » pour ne citer que ceux là.

Est-ce l’oubli ou l’ignorance, est-ce la négligence ? Que sais-je ? Mais une chose est sûre c’est encore là l’une des preuves de la justification du paradigme de l’ « axe Douala-Yaoundé »

–       La confirmation du paradigme de l’ « axe Douala-Yaoundé ».

Ce qui prouve que l’auteur prend Yaoundé pour le Centre du Cameroun, est qu’il n’a même pas pris la peine de parler d’une autre localité hors de Yaoundé ou de la région du Centre. Comme s’il suffisait de parler de Yaoundé pour qu’on voit sans effort et tout de suite le Cameroun en entier. Comme s’il suffisait de rester sur l’une des 7 collines, déclamant des mots pour se faire entendre dans tout le pays. Même le président de la République n’y arrive pas.

Oublier de parler des autres régions du Cameroun, est de la part de l’auteur un oubli qui frise non seulement l’ignorance mais aussi le mépris. C’est reprendre la thèse du président selon laquelle : « quand Yaoundé respire, le Cameroun vit », cette thèse est fausse, lui qui a reconnu en même temps que « le Cameroun se fera avec l’Ouest où ne se fera pas ». Pareille pour toutes les autres régions du pays, sans exclusion aucune.

La position des politiques, les artistes l’ont repris. La position selon laquelle on doit tout ramener à Yaoundé. Pourtant nous savons que les artistes sont ceux qui à l’exemple des sportifs ont l’aisance de voyager autant de fois qu’ils sont sollicités. Il est de ce fait surprenant que l’un d’eux manque là l’occasion de nous parler de ses expériences de voyage. Se perdant sans toutefois se rendre compte dans un dilettantisme béat, en se noyant par le fait même dans un verre d’eau sans avoir les moyens d’en sortir.

Pourquoi on l’accuse ce n’est pas de sa faute. Il est sollicité pour des spectacles, il voyage, mais ces voyages ne se passent que dans deux endroits qui constituent l’ « axe Douala-Yaoundé ». Sortez de cet axe occulte et vous ferez des choses incroyables. Que de rester dans son coin et se prendre pour le centre du monde. Ceci n’est pas nouveau, c’est un art classique, il y’a 2000 ans Alexandre le Grand se prenait pour le Roi du monde, pourtant il n’était que l’empereur de la Grèce.

L’auteur de ce titre en toute humilité, valeur propre à tout intellectuel, doit reconnaitre son erreur historique, il peut même décider de refaire cette musique ou alors en faire un remix qui lui permettra de rectifier le tire, revoir son titre, l’ajouter, le corriger et même pourquoi pas le reprendre comme il l’aurait dû le faire. Ce n’est pas fatal, c’est la somme des erreurs qui conduit le pratiquant à la quête inlassable de la perfection. Boileau l’affirme mordicus dans son livre l’art poétique : « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage…polissez le sans cesse et sans cesse repolissez/ ajoutez quelque fois, et souvent effacez. »

L’auteur a voulu nous parler du Cameroun, il s’est retrouvé en train de parler de quelques éléments d’une partie du Cameroun. Certes toute œuvre humaine est vouée au manque et à la non-perfection. Mais l’homme a aussi la capacité de se perfectionner. Car seuls les imbéciles ne changent pas. Il doit donc reconnaitre sa faute artistique, culturelle, et historique. C’est rien d’autre que de nous prendre pour des ignorants que de prétendre nous enseigner ce qu’on sait déjà, ou alors nous mépriser en nous promettant quelque chose, mais en réalisant son contraire. Ayriq Akam, make your Mea Culpa !

« Ô écrivains, dans le choix de vos sujets, mesurez bien vos forces» Nicolas Boileau, in l’art poétique.

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