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Kinshasa Symphony Rythmes classiques au Congo

La musique africaine fait recette en Europe. Les réalisateurs captent ses vibrations comme pour s’étourdir, en s’étonnant de la vigueur des musiciens. Cette énergie déferle dans les salles de cinéma lorsque des documentaires approchent, avec plus ou moins de bonheur, des artistes africains. Le succès récent de Benda Bilili !, 2010, des Français Renaud Barret et Florent de la Tullaye, confirme la tendance en soulignant le rôle prédominant que s’attribuent les réalisateurs pour devenir les passeurs des artistes africains. En accompagnant les répétitions et progressions des musiciens handicapés qui constituent le groupe, le documentaire souligne l’encadrement bénéfique des Européens pour hisser les musiciens des rues en tête d’affiche.

Plus souvent, les cinéastes européens suivent la préparation d’une action musicale assurée par une star. Ainsi Retour à Gorée, 2007, de Pierre-Yves Borgeaud, coproduction suisse, s’attache au casting du concert événement de Youssou N’Dour dans l’île sénégalaise (au large de Dakar, la capitale). Les portraits de vedettes de la musique africaine, retraçant leur émancipation puis le retour aux sources après la consécration en Occident, ne manquent pas tel Ali Farka Touré. Le miel n’est jamais bon dans une seule bouche, 2002, du Français Marc Huraux. Il engage une approche teintée d’admiration pour l’artiste malien, dans la lignée des portraits qu’ont pu susciter les phares de la musique africaine, de Wendo à Papa Wemba.

Le regard de Claus Wischmann et Martin Baer, documentaristes allemands attirés par la musique et l’Afrique, étoffe la considération pour les Congolais motivés par les sonorités classiques. Kinshasa Symphony, 2010, résonne du quotidien et des prestations de l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste en s’attardant sur quelques-uns de ses membres. La formation réunit depuis 1994, des amateurs qui se partagent les instruments, puis elle s’étoffe et rassemble aujourd’hui parfois 200 interprètes. Le concert public dont le film suit les préparatifs, est le point d’orgue d’un travail régulier d’exercices que la plupart des musiciens assurent parallèlement à leur métier.
Armand Diangienda, le chef d’orchestre, est pilote de formation. C’est son grand-père, fondateur de l’église kimbanguiste, qui a suggéré à Albert Matubanza de former un orchestre symphonique. Ce dernier gère et supervise la fabrication des instruments. Joséphine Nsima, son épouse, vend des omelettes au marché puis répète l’après midi. Nathalie Bahati, flûtiste, s’affaire pour trouver un logement. Jospeh Masunda, électricien et coiffeur, assure l’éclairage quand ils jouent. Chacun participe à sa mesure.

En alternant la fougue des répétitions où musiciens et choristes se donnent pour interpréter l’Hymne à la joie de Beethoven, avec leur quotidien ardu, Kinshasa Symphonyvalorise l’expression de soi dans un milieu plombé par une organisation sociale dégradée. "Ce film fait le portrait du Congo d’aujourd’hui, des habitants de Kinshasa et de leur amour pour la musique", estiment les auteurs.
Avec ses dix millions d’habitants, la métropole fonctionne tant bien que mal et paraît l’une des villes "les plus chaotiques du monde" pour les réalisateurs. Ils prennent la mesure d’artistes africains qui s’inspirent du répertoire classique occidental, de Haendel ou Mozart, comme une manière de créer un contrepoint au désordre et aux tensions de la vie urbaine africaine.

Le sens de la débrouillardise, la motivation des musiciens pour transcender le quotidien trouvent alors un relais par l’expression d’une musique classique héritée de l’Occident et réinvestie. "Kinshasa Symphony veut montrer une nouvelle image du Congo", affirment les cinéastes, appuyés par le soutien des musiciens et une caméra attentive. Les images soignées, le montage vif, sont en accord.
Claus Wischmann a réalisé plus de 40 sujets pour la télévision, consacrés en majorité à la musique classique. Martin Baer est opérateur et auteur de films divers concernant surtout l’Afrique. Kinshasa Symphony prolonge ces liens en considérant la musique classique européenne comme une respiration fédératrice en Afrique. Note singulière sur la portée musicale locale.

Vu par Michel AMARGER
(Afrimages / RFI / Médias France)

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