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Alex du Kamer : l’« enfant du pays » venu d’ailleurs

Français tombé amoureux du Cameroun il y a plus de dix ans, Alex du Kamer est devenu une figure singulière de la scène musicale 237. Entre fascination, scepticisme et sympathie, il a su imposer sa double identité et bâtir peu à peu une crédibilité artistique. Aujourd’hui installé à Douala, il revendique haut et fort son appartenance à « son pays de cœur », le Cameroun.

Né et grandi en France, Alex entame un parcours classique : étudiant à l’ESSEC dès 2003, il écrit et compose en amateur dans sa chambre d’étudiant. Mais c’est en 2007, lors de son premier voyage à Douala, que tout bascule. « J’ai tout de suite accroché au camfranglais, ce langage inventif, plein d’images et d’énergie. Et puis cette ambiance grouillante qui peut déstabiliser… Moi, j’y ai vu une vitalité incroyable », raconte-t-il.

Derrière ce « voyage familial » se cache en réalité une histoire de cœur, avec une Camerounaise rencontrée à Paris. De fil en aiguille, Alex multiplie les séjours – quatre entre 2007 et 2013 – tout en poursuivant sa carrière de consultant en management à Paris.

Fin 2013, ces expériences accumulées se transforment en musique. Alex écrit « Le pays est sucré », qu’il tourne en clip à Douala. On le découvre tirant un pousse-pousse ou conduisant un moto-taxi en camfranglais. Le public, surpris et amusé de voir « un Blanc s’approprier les codes locaux », est séduit. La vidéo atteint rapidement les 100 000 vues, consacrant son entrée remarquée dans l’univers musical camerounais.

Le surnom d’« Alex du Kamer » s’impose alors, dans la lignée de Liu du Kamer, ce Chinois qui avait marqué les esprits en chantant dans une langue locale.

De Paris à Douala : une carrière qui prend racine

Pendant plusieurs années, Alex mène une double vie : consultant le jour, artiste la nuit. Mais en 2017, il franchit le pas et s’installe définitivement à Douala pour développer sa carrière. La même année sort son premier album, « Muna Mboa » (« l’enfant du pays »).

 

Un titre évocateur, presque une réponse à ceux qui doutent de sa sincérité. « Certains pensent que je suis ici pour la facilité, pour les filles, le franc CFA ou la notoriété. Mais moi, je voulais montrer que je fais partie de cette culture et que je veux y contribuer », affirme-t-il.

L’album, produit en grande partie par Djess Panebo, réunit également Sadrak du groupe Negrissim’. Ensemble, ils signent « La race super-rieurs », un morceau qui dénonce les préjugés raciaux et tribalistes. D’autres titres abordent des réalités concrètes : le coût excessif de la dot, la drague, les galères du quotidien ou encore l’« aventure », ce rêve d’ailleurs souvent tragique pour les migrants.

Avec « 2035 », Alex se projette même sur l’horizon de l’émergence fixé par le Président camerounais, preuve qu’il s’intéresse de près aux débats qui traversent son pays d’adoption.

 Entre critiques et reconnaissance

Les réseaux sociaux ne l’ont pas toujours épargné : flow, écriture, danse, look, collaborations… tout est scruté. Mais Alex encaisse et avance. « Je construis peu à peu mon univers. Je crois écrire des chansons avec une vraie personnalité. Ce n’est que le début, mais les encouragements sont nombreux », confie-t-il.

Sur scène, la connexion avec le public est bien réelle : à l’Institut français de Douala ou au Douala Music’Arts Festival, les spectateurs reprennent en chœur ses refrains. Une consécration qui confirme que son aventure musicale n’est pas qu’un simple effet de curiosité.

« La femme d’autrui » : une revisite audacieuse

Aujourd’hui, Alex du Kamer revient avec « La femme d’autrui », en collaboration avec Njohreur. Le morceau rend hommage au classique « Le mari d’autrui » de Njohreur et Sergeo Polo, dont un extrait figure en ouverture du clip. Avec humour et ironie, Alex revisite ce tube légendaire pour en faire un hymne générationnel. Un mélange de respect pour les aînés et de créativité personnelle qui confirme sa place dans le paysage musical camerounais.

À écouter sans modération ici 👉

Alex du Kamer incarne un pont culturel : celui d’un artiste français qui a choisi le Cameroun, qui compose en camfranglais, qui parle des réalités locales avec sincérité et passion. Un « enfant du pays » venu d’ailleurs, qui continue de tracer son chemin dans la musique 237, entre audace, travail et amour assumé pour sa terre d’adoption.

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Danielle NGONO

Rédactrice chez Declik Group

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