
Après plus de 110 ans d’absence, le célèbre « tambour parleur » s’apprête à traverser l’Atlantique pour retrouver les rives de la lagune Ébrié. Plus qu’une simple restitution d’objet d’art, le retour du Djidji Ayokwé marque un tournant historique et émotionnel pour la Côte d’Ivoire.
Un géant de bois au silence séculaire
Confisqué en 1916 par l’administration coloniale française, le Djidji Ayokwé n’est pas un tambour ordinaire. Long de plus de trois mètres et sculpté dans un bloc de bois massif, il était la voix et les oreilles du peuple Atchan.
À l’époque, cet instrument monumental servait de système de communication à longue distance. Il permettait de :
Prévenir les villages voisins d’un danger imminent.
Convoquer les chefs pour les grandes assemblées.
Mobiliser la résistance face à l’avancée coloniale.
C’est précisément ce pouvoir de mobilisation qui avait poussé l’armée française à s’en emparer, afin de briser la cohésion des populations locales et de réduire au silence ce « média » traditionnel indomptable.
De l’exil parisien à la renaissance ivoirienne
Pendant plus d’un siècle, le tambour a été conservé dans les réserves du Musée du Quai Branly à Paris. Si les visiteurs y voyaient une pièce d’ethnographie fascinante, pour les chefs traditionnels ivoiriens, il s’agissait d’un « ancêtre en exil ».
La décision de sa restitution, actée officiellement ces dernières années, fait suite à une demande forte de l’État ivoirien et à une volonté politique de renouveler les relations culturelles entre la France et l’Afrique. Avant son grand départ, le tambour a bénéficié d’une restauration minutieuse pour stabiliser son bois centenaire et s’assurer qu’il supporte le changement de climat.
Un symbole de dignité retrouvée
Pour la Côte d’Ivoire, ce retour est une victoire symbolique majeure. Il ne s’agit pas seulement de récupérer un objet, mais de restaurer une part de la mémoire collective.
« Le Djidji Ayokwé n’est pas qu’un instrument de musique, c’est notre identité qui nous revient », confiait récemment un dignitaire de la communauté Atchan.
Le tambour devrait être accueilli avec les honneurs dus à son rang avant de rejoindre le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire à Abidjan. Des cérémonies rituelles sont prévues par les chefs Ebrié pour célébrer ces « retrouvailles » historiques.
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