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Manuella Euro : « Au Cameroun, la culture est encore une société de couloir : si tu n’es pas dedans, tu n’es pas soutenu…»

À l’occasion de la double célébration marquant la 5e édition de l’Euro Prize Night et les 10 ans d’existence du prestigieux label Euro Stars Prod, la promotrice culturelle Akono Marie Pascaline, plus connue sous le nom de Manuella Euro, s’est confiée en exclusivité à Culturebene. Entre fierté du devoir accompli, cris du cœur face aux réalités complexes du showbiz camerounais, transparence des votes et résilience d’une femme d’action, elle livre un entretien sans langue de bois. Rencontre.

Culturebene : Bonjour Manuella. Cette 5e édition de l’Euro Prize Night coïncide avec les 10 ans d’Euro Stars Prod. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis les débuts du label ?

Manuella Euro : Personnellement, au vu du travail que j’ai abattu, je suis entièrement satisfaite. Cependant, d’un point de vue général, il y a une pointe de déception, car la culture dans notre pays n’est toujours pas valorisée à sa juste valeur. C’est encore une « société de couloir ». Si tu n’es pas dans un couloir précis, tu ne peux pas être soutenu. C’est triste, mais c’est la vérité. Sur le plan personnel en revanche, je suis comblée parce que j’offre ce que j’ai de meilleur avec le cœur ; je fais ce métier par pur amour. J’espère sincèrement qu’un jour, les choses bougeront dans notre pays et que les acteurs culturels seront mieux valorisés.

Pour cet anniversaire historique, vous avez choisi le majestueux Monument de la Réunification à Yaoundé. Pourquoi ce choix et quel symbole vouliez-vous donner à cette édition ?

J’ai choisi le Monument de la Réunification parce que c’est un symbole fort, un message crucial à envoyer, surtout en cette période où le climat social est sensible et tendu. Pour moi, c’est un appel vibrant à l’union. C’est un message que j’adresse à tous les Camerounais pour rappeler que nous sommes UN et INDIVISIBLE. Ce sera un moment historique ! Le choix de ce monument vise précisément à marquer les esprits. Nous militons pour la paix, et nous allons célébrer la communion entre nos différentes cultures.

Avec 33 catégories en compétition cette année, la barre a été placée très haut. Comment s’est fait le choix de toucher l’ensemble des corps de métiers du divertissement, et comment gérez-vous une telle logistique ?

Vous savez, quand on est promoteur culturel, il est impossible d’oublier toutes ces personnes de l’ombre qui gravitent autour de nous. J’ai compris depuis bien des années qu’un artiste ne se fabrique pas tout seul. Quand j’organise un événement de cette envergure, il y a une immense équipe derrière. Pour obtenir le produit final que le public admire à l’avant-scène, il faut impérativement penser à ceux qui travaillent à l’arrière-plan : le coiffeur, l’habilleur, le régisseur… C’était précisément cela le but de l’événement : valoriser les métiers de l’ombre. Aujourd’hui, je suis fière de constater que le concept a fait école et que beaucoup s’en inspirent en mettant désormais ces catégories en avant dans d’autres cérémonies.

L’événement s’annonce très sélect avec des marraines et invités de prestige comme Marcelle Kuetche (Ndi), la Maire Michelle Zogo, Achille Mbanga ou encore la Sénatrice Françoise Puene (Mamy Nyanga). Comment avez-vous réussi à réunir un tel parterre de leaders d’opinion autour de votre projet ?

Ces parrains et marraines sont des personnes qui me suivent et me soutiennent depuis des années. La Sénatrice Françoise Puene (Mamy Nyanga) a toujours été une mentor pour moi ; ses conseils sont précieux et on apprend énormément à ses côtés. Marcelle Ndi est une véritable rassembleuse, une femme qui œuvre énormément pour le rayonnement culturel et qui effectue le déplacement depuis la France uniquement pour cet événement. Madame le Maire Michelle Zogo, de par ses actions sur le terrain, réussit à mobiliser toute la communauté de Soa. Étant moi-même de la Mefou-et-Afamba, il était tout naturel que je pense à elle.

Je pense aussi à mon « papa » Achille Mbanga qui m’a toujours répété : « Ma fille, choisis une voie et suis-la par passion ». C’est aujourd’hui seulement que je saisis toute la profondeur de sa phrase. Je n’oublie pas le père Mvomo qui vient spécialement de Lourdes et qui répond présent depuis la toute première édition. Vous comprenez donc que ce sont des personnes de cœur qui m’accompagnent depuis le début et qui ont choisi de mettre la lumière sur mon événement.

Il ne reste plus que quelques jours avant la clôture des votes. Sent-on la tension monter chez les candidats ?

C’est vrai, la date de clôture approche à grands pas. Vous connaissez les Camerounais, ils attendent souvent le dernier moment ! Mais depuis quelques jours, le rythme s’accélère et ça se bouscule vraiment, alors que les nominés sont connus depuis plus de deux semaines.

Le système de vote est entièrement digitalisé via la plateforme vote-for.me. En quoi la transparence du scrutin est-elle primordiale pour la crédibilité de l’Euro Prize Night ?

J’opte systématiquement pour la transparence absolue parce que c’est le reflet de ce que je suis. Je suis une personne entière, qu’on ne manipule pas et à qui on ne dicte pas sa conduite. C’est d’ailleurs mon principal défaut (rires) pour attirer certains partenaires commerciaux ! Quand vous démarchez un sponsor, il vous dit parfois : « Pour que je finance ton événement, voici mes conditions… », et comme je refuse les manipulations, vous comprenez la suite… Chez nous, les votes se déroulent dans une clarté totale. Seul celui qui est véritablement choisi par le public l’emporte. Chez moi, chaque nommé est une STAR.

On sait que vous êtes animée par le désir de propulser le patrimoine camerounais au-delà des frontières. Parallèlement, la diaspora vient de briller à Washington avec la réussite du CCFNA de Christophe Tapa. En tant que promotrice, comment imaginez-vous des ponts futurs entre l’Euro Prize Night et l’étranger ?

Des figures comme Christophe Tapa sont des visionnaires. Il a compris que la diaspora a un besoin viscéral de ce type d’événements pour affirmer son identité et se faire connaître. On dit souvent qu’il faut s’inspirer des bons exemples ; je compte bien marcher sur ses traces.

Comme je le rappelle toujours, je suis fille de musicien. Mon père était guitariste au sein de l’orchestre des Bérets Verts, j’ai donc été bercée par les mélodies dès mon enfance. Mon rêve a toujours été de propulser et de soutenir, à ma modeste échelle, les artistes et tout ce qui touche à la culture. Même si les réalités du terrain ne sont pas toujours faciles, cela n’a jamais entaché la détermination qui brûle en moi. Après cette édition en terre camerounaise, je vais me concentrer sur des projets d’exportation, pourquoi pas en organisant des foires culturelles du côté de la diaspora pour faire rayonner encore plus notre culture.

Un mot sur l’adhésion globale des artistes au processus de vote ?

Globalement, les votes se déroulent très bien. C’est vrai que certaines catégories ou artistes n’ont pas totalement adhéré au jeu, mais chacun est libre de ses choix. Parfois, je reçois des messages du genre : « Je ne peux pas demander à ma communauté de voter parce que je leur fais de la publicité, qu’est-ce que j’y gagne concrètement ? ». Face à cela, on comprend que certaines personnes n’ont pas encore saisi l’essence et le concept de valorisation derrière ce projet.

Il y a quelques années, Manuella Euro produisait de nombreux artistes à succès. À quoi est dû votre retrait actuel du secteur de la production phonographique ?

Vous savez, la production artistique au Cameroun est un véritable casse-tête chinois. Le marché physique s’est effondré, les disques ne se vendent plus et les contraintes logistiques et financières sont lourdes. De plus, les relations humaines avec les artistes eux-mêmes ne sont pas toujours évidentes. J’ai donc levé le pied sur la production pure et dure, mais cela ne signifie pas que j’ai arrêté de soutenir la création. J’apporte désormais mon appui aux artistes de façon totalement bénévole. Je le fais par amour. J’évite simplement de m’investir financièrement et personnellement à 100% comme avant, car à un moment donné, cela commençait à me causer de sérieux maux de tête.

Un dernier mot ou une exclusivité à révéler aux lecteurs de Culturebene pour la grande soirée du 13 juin prochain ?

J’invite chaleureusement tout le monde à venir partager ce gâteau d’anniversaire avec nous. Un gâteau qui vient du cœur, qui marque le passage vers une nouvelle étape de mon aventure dans le showbiz et qui résume dix années d’amour et de partage. Le 13 juin, les surprises seront nombreuses.

Venir à cette soirée, ce n’est pas simplement assister à un événement mondain : c’est venir encourager et saluer les efforts d’une femme qui se bat seule, sans sponsor majeur, au quotidien pour maintenir notre culture vivante. C’est soutenir une femme qui refuse de transiger avec ses principes et qui, dignement, lève la tête pour faire briller le flambeau culturel camerounais. Alors, le 13 juin, venez célébrer avec nous. Les surprises ne se racontent pas, elles se vivent. Venez simplement les découvrir !

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