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Fabien Nguemo : « Un bon réalisateur, c’est un bon leader…»

C’est en plein tournage du nouveau clip de Lucky+ 2 au quartier Ekounou  que nous avons rencontré Fabien Nguemo réalisateur de renom devant Dieu et les hommes, sans perdre de temps, il a bien voulu répondre à nos questions.

Bonjour Fabien Nguemo et merci de répondre aux questions de Culturebene

Fabien Nguemo : Bonjour, c’est  moi qui vous remercie pour la sollicitude.

Vous faites partie de la ligue camerounaise des meilleurs réalisateurs, vous avez débuté aux côtés de Pipiyou toutefois on aimerait savoir comment êtes-vous arrivé dans ce milieu ?

Fabien Nguemo : J’étais étudiant en art de spectacle et cinématographie à l’Université de Yaoundé 1, en 2012 j’ai eu la chance de rencontrer Pipiyou Concept chez Barry, un mec qui fait dans la lumière parceque j’étais décorateur à la base, je lui ai dit grand frère j’aimerais bosser avec toi te proposer ma main d’œuvre dans tes projets de réalisation, il m’a donné ma chance deux ans plus tard il a estimé que je ne pouvais pas seulement rester décorateur que j’avais du talent pour faire un peu plus, il m’a poussé, il m’a formé dans la réalisation la suite vous savez.

Quand vous étiez plus jeune, avez-vous songé à être réalisateur ?  N’avez-vous pas  pensé à être footballeur ou ministre ?

Fabien Nguemo : Non, quand j’étais plus jeune, j’étais passionné par l’arbitrage, j’étais considéré par mes amis comment un grand arbitre, très jeune j’arbitrais les rencontres de 2-0 des grandes personnes, je ne pensais pas être réalisateur, mais ma grand-mère me disait toujours un jour tu seras célèbre.

Vos débuts ont-ils été faciles aux côtés de Pipiyou ?

Fabien Nguemo : Rien n’est facile, quand tu sais ce que tu veux les avantages se transforment en obstacle, je savais ce que je voulais, je me suis battu pour exister, ça n’a pas été facile, seul le travail paie.

En travaillant pour Pipiyou, es ce que vous vous souvenez du premier artiste avec lequel vous avez travaillé ?

Fabien Nguemo : Elle vit en Allemagne actuellement, on m’avait envoyé faire les repérages, je ne me souviens plus bien de son nom.

Aujourd’hui boss de la FN Company, quelles sont les conditions qu’un artiste doit remplir pour travailler avec vous ?

Fabien Nguemo : Il y’a pas véritablement de conditions, ce que nous prônons d’abord c’est de la bonne musique, il est important pour un réalisateur de travailler sur un bon projet, voilà je travaille avec Lucky +2 ça va faire bientôt 4 ans, nous sommes entrain de tourner le 10ème clip, pour me répéter il faut une  bonne musique et surtout il faut que le budget soit consistant, nous savons qu’en 2019, les clips sont un peu plus compétitifs pour exister, toutefois la base pour moi, il faut de la bonne musique.

Au-delà de la bonne musique, en termes d’argent, il faut à peu près combien pour réaliser son clip ?

Fabien Nguemo : À peu près je ne sais pas, mais pour un clip basique il faut avoir dans les 800 mille FCFA, mais aujourd’hui on soutient beaucoup de jeunes, ce n’est pas facile pour un jeune d’avoir une telle somme, vous comprenez donc que nous les réalisateurs on aide beaucoup de jeunes. Maintenant, pour avoir un clip compétitif il faut avoir dans les 800 mille et 1 million. Cette somme que nous percevons, nous  l’investissons dans cette vidéo, parceque les gens pensent que lorsqu’un réalisateur prend un million c’est pour aller dans les boîtes de nuit avec, non il faut louer les caméras, lumières, payer les techniciens, monter les décors  et ça coûte cher sans oublier l’œuvre de l’esprit parceque réaliser un clip c’est créer et les œuvres de l’esprit sont inestimables, 1 million même c’est parceque nous sommes au Cameroun dans d’autres pays ça coûte plus cher.

Comment choisissez-vous les lieux de tournage d’un clip ?

Fabien Nguemo : Personnellement quand vous regardez mes vidéos, je suis un réalisateur qui n’aime pas tourner dans les sites plats et nus moi je suis passionné par la décoration, il est difficile de voir mes clips sans décor, j’ai créé un groupe WhatsApp avec mon équipe quand je dois réaliser un clip je balance une chanson et chacun me donne son idée. J’ai un décorateur, un assistant bref avec mon équipe, on écoute la chanson et on décide de la ligne technico-artistique, on vote un budget, on choisit le matériel et on définit les sites, ensuite on propose à l’artiste dès qu’il valide en accord avec le budget on fait des repérages et on calle les jours de tournage, la livraison de la vidéo est de 21 jours maximum.

Combien de personnes compte la FN Company ?

Fabien Nguemo : À la FN Company, nous sommes au nombre de neuf  avec la Make uppeuse. J’ai trois assistants, deux collaborateurs Angelo Noumi et Willy et un chef décorateur.

Revenons un peu en arrière, parlez nous un peu du décès de Pipiyou, quels souvenirs gardez vous de lui?

FN Company : C’est avec beaucoup d’émotions que je vais revenir dessus, Pipiyou est mort le 08 septembre 2016, un an avant sa mort, il tournait le clip d’Indira au Palais des sports à cette époque-là  je bossais avec lui mais j’étais entrain de monter la FN Company, il m’a dit Fabien je ne me sens pas bien, il a été interné trois fois à l’hôpital de la caisse, une semaine avant sa mort, il sortait d’un tournage, il était bien fatigué, il m’a appelé, je peinais à sortir, mon corps pesait je suis allé le voir heureusement car si je ne partais pas j’allais le regretter toute ma vie. On s’est rencontré, il m’a donné un papier et un stylo et il m’a dressé la liste des personnes dont il n’avait pas encore fini le travail, il m’a dit que je devais finir leur clip. Quelques minutes après, le noir de ses yeux ne se  voyait plus et il coulait des larmes, sa copine et moi l’avons transporté à l’hôpital et il n’est plus jamais ressorti. Aujourd’hui, je me bats pour perpétuer son héritage, car il m’a tout appris.

Après la perte de Pipiyou, la mort a encore pris l’un de vos proches Régis Talla, que pouvez-vous nous dire sur ce grand monsieur ?

Fabien Nguemo : Moi je suis un réalisateur très ouvert, respectueux et humble pour ceux qui me connaissent, après la mort de Pipiyou j’ai commencé à collaborer avec Régis, il a commencé à m’appeler mon petit car c’était mon aîné en âge, il m’a tenu la main et il m’a beaucoup soutenu, le 25 mai le jour de mon anniversaire, il m’a souhaité un joyeux anniversaire en m’envoyant une vidéo où il était avec Clarence Peters un autre réalisateur, c’est la dernière conversation que j’ai eu avec lui, c’est comme ça un matin , on m’a appelé pour me dire qu’il a eu  un arrêt cardiaque dans un taxi, il est parti sans me dire au revoir, une grosse perte. Aujourd’hui, je suis l’aîné de plusieurs réalisateurs, j’imagine la douleur qu’ils vont ressentir au cas où je partirai. Ça me rappelle aussi Arafat qui est décédé et voilà ça fait très mal, on essaie d’avancer.

Après la mort, on célèbre la vie que pouvez-vous dire à l’endroit  de vos collègues  Dr Nkeng Stephens et Max Ngassa ?

– Fabien Nguemo : Beaucoup de respect envers Dr Nkeng Stephens, il est de ma génération, mais il a percé avant moi avec le clip Rastafari de Daphné, ensuite il a enchainé avec X-Maleya, c’est un très bon réalisateur et quand j’arrive à Douala, je l’appelle, on se voit, il m’apprend beaucoup de choses beaucoup de respect envers lui, pour tout ce qu’il fait pour le développement de la culture 237, comme je le dis souvent la partie anglophone du Cameroun a compris vite les choses par rapport à nous francophones parcequ’ils se soutiennent entre eux à chaque fois que je l’appelle, il décroche.

Max Ngassa j’ai eu à le rencontrer deux fois, la première fois c’était lors du tournage du clip de Kareyce Fotso à qui j’adresse  mes salutations les plus respectueuses une grande sœur que je respecte beaucoup. La deuxième fois c’était lors de la SEFEDI, c’est un aîné, j’ai beaucoup de respect envers lui, il travaille avec les artistes nationaux et internationaux.

Vous avez eu à travailler avec une litanie d’artistes, avec lequel avez vous collaboré et à la fin vous avez dit c’était facile ?

Fabien Nguemo : Si je vous dis que j’ai eu à travailler avec un artiste et à la fin j’ai dit que c’était facile c’est faux, chaque artiste a son esprit et ses caprices parceque même avec Lucky+ 2 qui est mon artiste c’est souvent chaud. En tant que réalisateur nous sommes comme des pères et on encaisse beaucoup. Chaque artiste a sa manière de penser, aujourd’hui tu es avec Coco Argentée elle va te dire ceci, demain tu te retrouves avec Mel B ou Ko-C ça sera différent. Les réalisateurs sont comme des mousses qui aspirent l’état d’esprit des artistes donc rien n’est facile.

Tous vos clips sont célèbres, toutefois intéressons-nous à Nanko, la collaboration entre DJ Kérozen et Mr Leo c’était comment le tournage ?

Fabien Nguemo : J’ai trouvé Kérozen vraiment très respectueux, c’est vrai qu’il a eu une heure de retard et là je l’ai vraiment chauffé, j’ai rencontré Kérozen à 2 h du matin  au Hilton et à midi on tournait, ce que les gens ignorent ce que  je n’ai pas eu de temps de préparation, j’ai été rigoureux au tournage et voilà il est arrivé avec une heure de retard, il s’est excusé pour un artiste de son envergure  il est vraiment professionnel. Ça n’a pas été facile à cause de la fatigue, on a travaillé toute la nuit, il a eu un concert en journée, il est revenu, deux jours de tournage ça n’a pas été facile.

Aujourd’hui FN Company c’est aussi un label de production, le premier artiste que vous avez signé est Messi Fo comment s’est opéré la transition entre réalisation et production?

Fabien Nguemo : Pour être honnête ceux qui m’ont inspiré le label de production sont Tanko Dimenko et Mr Tcheck. Mr Tcheck m’a dit que nous ne sommes pas seulement des réalisateurs mais nous sommes aussi des producteurs car nous soutenons aussi les jeunes. En tant que réalisateur nous avons les connexions avec les ingénieurs de son, les communicateurs et les DJs. J’ai décidé de  signer Messi Fo car son style est unique et il a une voix originale. Il chante en langue locale, ça prendra le temps que ça prendra mais un jour on aura le succès.

Quelles sont les conditions à remplir pour les artistes afin de signer dans votre label ?

Fabien Nguemo : Ce n’est pas facile, car pour le moment même si  Lucky + 2 n’a pas signé avec moi , je suis comme un co-producteur, il faut beaucoup d’investissements, pour l’instant je reste avec Messi Fo, la première artiste que je voulais signer c’est Princesse Léa ça ne s’est pas passé comme je voulais, je lui souhaite bonne chance pour sa carrière.

Côté cour, côté jardin Fabien Nguemo est -il un cœur à prendre ?

Fabien Nguemo : Fabien Nguemo a doté sa fiancée le 1er septembre 2018, nous avons un enfant ensemble, c’est ma femme de galère donc Fabien Nguemo n’est pas un cœur à prendre.

Quels sont vos loisirs ?

Fabien Nguemo : Je pratique le football où j’évolue au poste de milieu défensif, je joue trop car notre métier demande beaucoup d’énergie et j’aime  regarder  aussi les documentaires sur la culture négro-africaine.

Quel est votre plat préféré ?

Fabien Nguemo : Mon plat préféré c’est le macabo râpé sauce blanche, j’aime aussi le ndolè.

Un mot sur le combat que mène Maalhox sur la survalorisation des artistes Camerounais auprès des multinationales ?

Fabien Nguemo : Maalhox c’est un très bon ami à moi, un frère de galère, lorsqu’un artiste est bien payé c’est toute la chaîne qui en profite : Les Réalisateurs, les managers, danseurs et chorégraphes. Il est important que les multinationales sachent que la musique camerounaise a évolué et les artistes travaillent beaucoup, il faut bien les payer.

Un conseil à l’endroit des jeunes

Fabien Nguemo : Il faut se faire former car beaucoup entrent dans le métier parcequ’ils voient des filles, boire le vin être connus, moi aujourd’hui je marche avec les sans confiances personne ne me connait mais derrière j’abats un travail que le Cameroun reconnait, il ne suffit pas d’avoir une caméra, il faut se faire former car un bon réalisateur c’est un bon leader

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