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NON AU TCHOKO, OUI A MH OKO’O

C’est pour mettre à jour et essayer de traiter cette question philosophique du déterminisme ou de la fatalité, que le rappeur MH a invité la voix divine de Final D dans le tout premier titre de l’album l’Aristocrate. Chanson intitulée : et si on avait le choix. Ce qui ressort de ce titre c’est que nous ne choisissons pas toujours d’être ce que nous sommes, et de faire tout ce que nous faisons. Comme le dit MH, « personne ne rêve d’être  pute  ou braqueur ». Car si chacun avait le choix, personne n’en serait là où il est. Cette thèse se confirme lorsqu’on se rend à l’évidence que beaucoup ont rêvé d’être policiers mais ont fini par se faire arrêter par la police.

C’est dire que ce nouvel album du rappeur que trop connu de la scène hip hop au Cameroun MH, composé de 13 titres, aussi varié qu’ils peuvent paraitre l’être ont une ligne éditoriale que l’artiste a voulu conserver. C’est celle de traiter des sujets de la société, de la condition de vie en Afrique, la situation de l’Afrique depuis l’aube des années 60. Il essai d’une manière ironique de revisiter ces 50 années des fausses indépendances africaines. Pour lui le bilan est triste, l’Afrique est meurtrie, exploitée, appauvrie, même ses forêts ne sont plus vierges, elles continuent à être violées par le nouveau colon. La liberté chantée donc il y’a 50 ans ne serait qu’un leurre.

Revenu à la situation de son pays, l’artiste nous dévoile les choses et les met à nues. Pour lui qu’on arrête de se méprendre, le Cameroun a de quoi sortir de la pauvreté, il a assez de potentialités, un sol et un sous-sol extrêmement riche. Sa position stratégique fait de lui le poumon de l’Afrique centrale. Dit’il « demande aux voisins c’est par nous que passe le transit ». Ici MH a fait preuve de maitrise de la géostratégie de son pays, en citant de manière claire et vérifiée les preuves les ressources du pays ainsi que les zones où elles sont exploitées. Et cette réalité, la plupart des jeunes ne le savent même pas.

Pour l’auteur, c’est l’Etat qui a enfoncé le Cameroun dans la situation actuelle. L’Etat par des discours enjôleurs fait croire aux jeunes que l’ascension sociale est possible, alors les jeunes travaillent tous les jours pour s’en sortir, mais le résultat est toujours le même, les jeunes vont à l’école mais ne travaillent pas, et le peu qui travaillent ne reçoivent pas le juste prix de leurs efforts. C’est ce qui explique pour une grande part selon MH, les dérives les délits et les délires dans lesquels se livrent les jeunes. Parce qu’ils sont à un moment fatigué d’utiliser les moyens sans voir les fins.

L’autre obstacle à la relève du Cameroun, que révèle ici l’artiste sans peur ni scrupule des représailles des jouisseurs des richesses de l’Etat, est la corruption. Pour MH, dans tous les secteurs au Cameroun, pour accéder à un poste, bénéficier d’un service, réclamer même ses droits, sortir d’une situation dans laquelle la loi nous condamne, un seul mot il faut comme on le dit au quartier « TCHOKO », c’est-à-dire mouiller la barbe, ou monnayer quelques sous.

Le rap n’est pas pour l’artiste une occasion de dénoncer les maux pour les dénoncer, mais d’essayer aussi d’y apporter les solutions selon sa vision des choses. Pour lui, l’Etat devrait faire confiance à sa jeunesse, parce qu’elle est la relève de ce pays. En lui donnant les moyens de sa réussite.

Il commence par donner les cartons rouges à tous ces maux qui minent notre époque. Et chacun devrait à son niveau être capable de donner des cartons rouges à toutes ces entraves pour ouvrir la voie à une nouvelle ère.

Par ce projet, MH a montré que le rap peut proposer des choses pour sortir l’Afrique du gouffre où elle est enfermée. Car à cause de la pauvreté, de la misère dans laquelle vit la plupart des jeunes africains, ces derniers pensent que la solution se trouve ailleurs, au-delà de la mer méditerranée. Mais MH nous invite à l’ardeur au travail, pour qu’une nouvelle page s’ouvre en Afrique. Il est temps pour les jeunes de se battre, de déposer leurs marques et de retrousser les manches.

Pour y arriver, MH pense qu’il faudrait comme lui, faire recours à Dieu. Devant cette situation où l’homme n’arrive pas souvent à y trouver des solutions l’artiste fait appel ici, à un être transcendant, le Dieu, créateur du ciel et de la terre. C’est lui son soutien, son rocher et sa forteresse, avec lui il ne manque de rien, il lui donne la foi et la force qu’il faut pour réussir dans ces conditions déplorables.

Il faudrait aussi retourner à nos valeurs chères, et au respect de la culture africaine. Cette culture dans laquelle la femme est un trésor, mère de l’humanité. Berceuse de l’univers. Il chante et prône la beauté et le respect de la femme africaine. La conseillère des nations, le soutien de tous ces projets qu’on porte.

Pour s’en sortir, malgré ces conditions déplorables dans lesquelles vivent nos jeunes en Afrique, il ne faudrait pas pour cela baigner dans la bassesse. Rester digne même quand ça va mal. Faire preuve de grandeur, ne pas baisser son froc les bras ni la tête. C’est ce qui peut expliquer le titre ARISTOCRATE donné à son album. Car pour répéter un grand homme africain, mieux vaut vire pauvre et mourir dans la dignité et la noblesse que de vivre dans la soumission infernale. MH lance donc ici un appel fort à tous les jeunes africains de ne pas envier l’Europe comme source de leur bonheur, car nous sommes tous fils et filles de l’Afrique reine de l’humanité, de ce fait nous sommes tous des princes, voire des Aristocrates et on devrait rester noble. C’est ce qui explique pourquoi MH,  sur la couverture de son album est vêtu avec des vêtements de haute couture, dans un palais propre à tout enfant de la royauté.

Celui qui écoute cet album de MH, Oko’o, y sors grandi, animé d’une nouvelle motivation pour combattre la vie. Il y sort avec de nouveaux outils pour bâtir don avenir. Cet album ne laisse pas intact son auditeur. Tout ceci, gesté d’un zeste d’esthétique. Tout est mis en œuvre ici pour que l’auditeur veuille bien écouter jusqu’à fatigué. L’écriture, les figures de rhétoriques dignes des héritiers des poètes, les musiques composées par les plus grands noms du domaine au Mboa. Les featurings avec les têtes fortes de la musique urbaine camerounaise.

C’est vrai qu’en donnant un billet de kolo, pour se procurer cet album, va ressembler au tchoko, parce que cet album ne mérite pas ce prix. Mais comme MH veut contribuer à sa manière à la construction de l’édifice rap au Cameroun, n’ayez pas peur de faire ce geste, c’est légal. Dites non au Tchoko, mais oui à Mh Oko’o.

« Regarde ces jeunes la plupart des diplômés adeptes des concours adoptent l’alcool pour ne pas déprimer » MH

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