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Diamant Noir « Notre vision du rap n’est pas nationale mais panafricaine… »

Triomphateurs de 3 trophées  aux R&R awards en Février dernier au Festival Kankpé, le talentueux groupe a su gagner le cœur du public béninois avec leur premier album « Faux frères, Vrais jumeaux » sortie en Septembre 2005, comportant des hits  tels que « BOUNCE », « rien que pour toi » et le très engagé « Notre monde », tous restés « number 1 » pendant  plusieurs semaines dans les charts nationaux. Mais le meilleur reste toujours à venir, la preuve en est qu’en aout dernier  Diamant Noir a sorti son 3e  album intitulé « Audiobiographie », album qui trace clairement leur parcours depuis le premier album et notamment  le deuxième album. Les enfants prodiges du Bénin ont accepté de nous parler de leur parcours atypique sur Kamerhiphop.com.
 
Bonjour Diamant Noir, merci d’avoir accepté notre interview, pouvez vous en quelques mots vous présenter a nos internautes ?
Merci à vous pour l’opportunité. Diamant Noir est un groupe de rap composé de 2 jeunes africains, béninois plus précisément, Amir et Anouar. On essaie de représenter cette nouvelle génération Africaine qui n’attend plus rien des ainés et trouve des solutions à chaque problème.
 
Tout d’abord de quelle partie précise du Bénin venez vous  et pourquoi Diamant noir comme nom d’artiste ?
On est originaire de Porto-Novo, sud du Bénin, mais on a grandi à Cotonou la capitale économique. Diamant Noir, c’est parce que le Diamant correspond totalement à ce qu’on est, c’est à dire rare, précieux, comme tous nos frères africains, on est né pour briller, c’est d’ailleurs le nom de notre deuxième album sorti en 2005 avant la chanson de Lafouine. Noir c’est par rapport à nos racines et origines africaines.
 
Comment vous êtes vous  rencontrés et à quel âge avez vous commencer a rapper ensemble ?
On était dans la même école, on s’est rapproché car à la base notre passion c’était le Basket ! Anouar et moi on était toujours frais, avec les dernières shoes Jordan, derniers maillots de basket, on avait déjà la dégaine de rappeur, normal on était à fond dans le Wu tang, Nas, Biggie, Mobb deep. Du coup des grands du school nous ont dit qu’on devrait tenter le rap, et en 96 on a commencé par simple passion. 10 ans après on devenait l’un des groupes majeurs du rap béninois, c’est un rêve pour nous !
 
Quand est ce que votre carrière a-t-elle véritablement commencé à se concrétiser ? Les premières scènes ? Les premières propositions de contrats ?
De 96 à 2001, on était à fond dans l’underground, le rap était de toutes les façons pas développé réellement au Bénin. En plus on avait à peine 14 ans. On était des stars dans notre école Montaigne, mais au Bénin vu qu’on rappait qu’en Français, c’était chaud. On avait faim, on faisait tous les concerts, toutes les battles, tout ce qui était bon pour se faire un nom. Après y a eu le départ en Europe pour les études, et en 2004 on est revenu plus mature, plus carré. On a sorti des mixtapes et un clip « Mets-toi à l’aise » qui n’était qu’un freestyle à la base, et l’explosion a été directe. A partir de là tout est allé très vite, 1er album, concerts à guichets fermés et autres. On a été les premiers surpris.
 
D’où tirez-vous votre inspiration ?
Elle vient de la vie en général, notre vie privée, notre vie d’artistes aussi, c’est à dire le « fame », mais aussi l’ensemble des problèmes que les jeunes africains rencontrent au jour le jour sur le continent. Etre un rappeur africain, c’est se battre contre des stéréotypes. chaque jour, c’est une musique qui est encore incomprise par certains ainés, en plus c’est fait par des jeunes. On essaie de mettre dans nos textes assez de messages et de motivation pour que les jeunes aient confiance en eux et n’attendent rien de personne à part eux mêmes.
 
Comment se passe l’écriture des textes, les mélodies, bref  le travail en studio ?
C’est assez simple. La partie la plus compliquée, c’est le choix des instrus car on est très pointilleux sur la qualité, mais après ça glisse, l’instru inspire le thème et le flow, et du thème et du flow découle les rimes. On bosse beaucoup avec un de nos artistes Nasty Nesta qui est un peu notre oreille externe.
 
Contrairement a vos 2 précédents albums aux textes très engagés, votre dernier album intitulé  »Audiobiographie » semble être une sorte d’autoportrait, parlez nous -en…
Après le second album « Nés pour briller » qui parlait vraiment de la jeunesse africaine et de notre point de vue sur la place de jeunes africains dans le monde, on s’est concentré pendant 3 ans à l’explosion des artistes qu’on produisait. Lorsqu’on a abordé « Audiobiographie » on a considéré ça comme peut être le dernier album qu’on ferait car en réalité, en 5 ans on avait fait beaucoup au bled. On a fait en quelque sorte une retranscription de notre vie à traves le son, des débuts de notre carrière, à la période où on est actuellement. C’est un album assez thématique, personnel, c’est presque un livre musical ! Il a été élu album de l’année, et « Ca swagg » clip de l’année.
 
Vous avez fait la première partie d’Akon en aout 2010 à Cotonou, quel était votre sentiment, avez vous sympathisez avec lui ?
Si on nous avait dit qu’Akon viendrait un jour au Bénin, et qu’en plus on serait le seul groupe Béninois à apparaitre sur les affiches du concert : wow ! C’était un très bon souvenir qui donne un sens à ce qu’on fait. On l’a croisé très rapidement mais on a vraiment bien accroché avec son dj Benny. Qui sait ce que l’avenir nous réserve…
 
Internationalement parlant avec quel autre artiste avez-vous déjà travaillé et avec lequel aimeriez-vous travailler ?
On a eu pas mal de contacts avec des maisons de disques en France à l’époque mais ça s’est jamais concrétisé, mais ça nous a permis de collaborer avec Ol Kainry, Black Kent, Grodash, mais aussi Dj Myst (dj de Youssoupha, Brasco). On taffe beaucoup avec Koudjo, beatmaker de Rohff, Booba et Soprano entre autres. En Afrique, Anofela, Koba aussi est un bon frangin. On serait ouvert à collaborer avec des gars de chez vous, à l’époque on a croisé Boudor, on avait une amie qui était proche de Krotal aussi  mais ça s’est jamais fait, On a aussi rencontré un gars qui nous a parlé de redzone car il voyait des similitudes dans l’organisation du biz. Sinon y a personne de particulier sur notre radar, mais on voit ce qui se fait en Afrique, et le Rap africain est puissant ! Rien à envier aux autres continents si ce n’est les financements.
 
Vous êtes aujourd’hui à la tète de la  boite de production Cotonou City Crew (CCC)  qu’est ca vous fait de voir d’autres rappeurs talentueux faire leurs premiers pas ?
Ben c’était important pour nous. Etre INDEPENDANT ! C’est un terme porteur de sens pour nous autres africains. Dès le départ on s’était dit, si on perce, on fait percer nos potes aussi et aujourd’hui on ne  peut pas parler de rap béninois sans évoquer CCC, Bsyd, Nasty Nesta,Blaaz et Dac. Ca nous permet aussi de tenter des nouveaux trucs et de partager la lumière qu’on a réussit à attirer sur nous. On cherche de nouveaux artistes d’ailleurs !
 
Parlez- nous de l’initiative  »J’ai mon mot à dire »
« J’ai mon mot à dire » est un titre de notre dernier album. C’est toujours dans l’optique de jeunes africains qui s’expriment, et qui veulent faire entendre leurs voix, oralement mais aussi dans les urnes. On sait qu’en Afrique les jeunes sont la plus grande part de la population, mais on ne fait rien pour nous, donc en tapant du poing et en faisant en sorte que les jeunes aillent voter les choses peuvent changer. C’est un slogan qui a été beaucoup utilisé par les jeunes lors des dernières élections au Bénin et on en a même fait un documentaire sur la jeunesse béninoise.
 
A quand la visite au public camerounais ?
Dés que possible ! Notre vision du rap n’est pas nationale mais panafricaine et on est ouvert à toutes propositions même de collaborations du moment que c’est de la qualité qui en ressort !
 
Des conseils pour tous ceux qui comme vous aimeraient faire chemin dans le monde de a musique ?
C’est comme dans tout, il faut croire en ses rêves, mais les alimenter en travaillant dur. Le rap c’est une passion mais aujourd’hui c’est aussi notre travail, en dehors du studio y a pleins de trucs à gérer, et les gens ne le savent pas obligatoirement. La musique c’est 5 pct de strass et paillettes, et 95 prct de « grind » !
 
Des contacts: Facebook, twitter…etc
Yup sur facebook vous pouvez nous capter sur Diamant Noir,  ou Diamant Noir Amir Anouar. Tapez aussi Diamant Noir sur Youtube pour voir tous nos clips et concerts ! Pour le blog c’est www. Diamantnoirforever.com, vous pourrez y télécharger notre dernière mixtape gratuitement ! (http://www.diamantnoirforever.com/telechargement/).
 
Questionnaire Proust

Comment gérer vous la popularité surtout avec les filles ? (Rires) Disons que c’est toujours mieux d’être apprécié par les filles que l’inverse ! Ca fait plaisir et ça rend jaloux les gars, so its all good !
 
Quelle est la particularité qui fait la force de Diamant noir ? Bonne question. On revendique un rap honnête, vrai, authentique, avec une intégrité artistique, un travail sur les rimes, les flows et thématiques. Ca fait surement partie de la réponse.
 
Le secret de votre réussite, si ce n’est pas indiscret ? Le travail et les coups de pouce du destin !
 
Une ville africaine de rêve ou passeriez volontiers du bon temps ? Grosso Modo toutes les villes africaines se ressemblent, et c’est ça la force de l’Afrique. Si on atterrit demain à Douala, je sais qu’on se sentira comme à Cotonou. En gros pas de villes en particulier, mais toutes les villes !
 
La qualité que vous préférez chez les femmes ? Au delà du physique, on veut la beauté intérieure, et surtout la loyauté.
 
Une anecdote que partageriez volontiers avec nous ? Au Bénin il y a beaucoup de « vaudoo », et les gens jaloux n’hésitent pas à vous envoyer la pluie en concert. Une année on a décidé de ne pas appeler quelqu’un pour arrêter la pluie, du coup quand le concert a commencé, il y a eu une pluie de malade qui est tombée, rien de naturel évidemment. Alors  on est allé voir un « arreteur de pluie » et cinq minutes après il pleuvait plus. Lol. Ah sacré Afrique !
 
Le pire souvenir de votre parcours ? Il n’y en a pas encore, on a plutôt beaucoup de chances, et tout ce qui commence mal, se finit bien chez nous !
 
Dans le clip  »Rien que pour toi  » on vous voit exécuter des pas de danses, Amir et  Anouar sont t-ils de bons danseurs ? Ahahah on ne danse pas, on fait bouger la foule ! Ca swagg !
 
Qu’est ce que vous aimeriez que les gens retiennent de vous après votre passage ? On aimerait avoir pu influencer les jeunes d’une manière positive, leur avoir redonné confiance en eux et qu’il sache que rien n’est irréversible dans la vie. Avec du travail et de l’envie on arrive toujours à réaliser ses rêves et s ‘en sortir. On aimerait que Diamant Noir représente ça au delà même du groupe de rap !
 
L’équipe de Kamerhiphop vous remercie
Merci à vous et longue vie au rap africain !

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