Irène Fernande Ekouta : « J’ai grandi avec le sentiment de ne pas être aimée…» - Culturebene
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Irène Fernande Ekouta : « J’ai grandi avec le sentiment de ne pas être aimée…»

La jeune journaliste présentera ce 1er février, son deuxième roman intitulé Mes confessions anonymes.  Ce roman livre ses confessions sentimentales.  Ce sera à la Fondation Tandeng Muna à Yaoundé.

Comment vous est venu cette idée de titre choc Mes confessions anonymes?

Au départ, ce livre devait s’intituler « Mon grand débat intérieur », parce que je faisais face à de nombreuses contradictions. Dans ma tête, je savais que je sortais d’une étape complexe de ma vie amoureuse. Mais, une énergie que je ne parvenais pas à identifier me pesait. Ecrire a donc d’abord été une manière de me confronter à ma vérité. Au fil du récit, je me confiais sans citer personne. Je relatais des événements que je n’avais jamais osé dire à personne. Certaines n’étaient pas faciles à affronter, mais je devais opérer une thérapie de choc, pour emprunter votre mot (rires). Une fois le manuscrit terminé, je n’avais pas l’intention de l’assumer. Je ne savais même pas si je voulais l’éditer. Je me disais simplement que si je devais le publier, je dirais qu’il s’agit de l’histoire d’une autre. Quelle idée ! Aujourd’hui, quand j’y pense, j’en rigole. Mais, le titre m’a également été inspiré par les témoignages anonymes qu’on lit dans des forums de discussions- notamment sur les réseaux sociaux- qui traitent de la vie sentimentale en général. Je me demandais pourquoi les gens préfèrent se confier à des inconnus dans l’anonymat. Ont-ils honte de ne pas être heureux ou ont-ils peur d’être jugés ? Je reste curieuse de savoir si le fait de se confier ainsi les aide,  à trouver des solutions. Toutes ces questions me ramènent à une conclusion, qui est celle qu’on a beaucoup de mal à communiquer avec nous-mêmes et avec les autres. Il y a donc, dans ce titre, une petite dose de dérision…

Votre premier livre ouvre ses pages à l’amour. Est-ce  la même chose que l’on découvrira dans ce deuxième ouvrage ?

« D’amour et de glace », mon premier ouvrage, parle de rapports complexes entre une mère et sa fille. Elles ont du mal à s’aimer à cause de ce problème de communication que je viens d’évoquer. « Mes Confessions anonymes » parle aussi d’amour, mais sous la perspective du rapport homme-femme. Je partage une expérience amoureuse qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur la notion de dépendance affective. Je raconte comment je me suis retrouvée piégée dans une relation toxique, une situation que j’ai favorisée moi-même, parce qu’aveuglée par l’envie de me faire épouser. Je parle de ce que l’on peut accepter quand on idéalise un être qui peut se montrer tantôt aimant, tantôt méchant au nom de ce que l’on croit être de l’amour. Mais, le plus important dans ce livre, c’est le message d’espoir. Je souhaite dire aux personnes qui sont familières, de manière directe ou indirecte, à ces relations confuses, à ces amours tristes, qu’il y a des choses positives à en tirer et il ne dépend que d’elles de s’en saisir et d’aller de l’avant.

Ce roman est-il  une  résonance autobiographique ou un témoignage de votre regard sur la société ?

Les deux ! Je pars de mon expérience et des leçons que j’en ai tirées pour remettre un certain nombre de choses en question. Je soutiens, par exemple, qu’on ne devrait pas rester sur des discours rigides concernant le mariage. Il est une institution que je n’attaque absolument pas. Mais, le contenu qu’on lui donne aujourd’hui est bien souvent creux. On a le sentiment que c’est le mariage qui nous change. Alors qu’en fait, c’est à nous de le construire, en s’assurant d’être avec la bonne personne. Vous constaterez malheureusement que ce n’est plus tellement ce qui importe de nos jours. La source de tout cela, c’est qu’on ne s’écoute pas. On ne se demande pas toujours si on est confortable avec l’autre sur le plan affectif, s’il nous apporte ce dont nous avons besoin et vice versa. Mieux, on ne se demande pas si on est assez heureux pour rendre notre partenaire heureux. Donc, mon livre invite à une introspection quasi-permanente et exhorte à aller à la rencontre de soi pour un meilleur épanouissement sentimental, entre autres.

« D’amour et de glace » votre premier roman paru en 2017 évoquait une situation complexe entre mère et fille. « Mes confessions anonymes »  rentre toujours dans l’affectif et ses sécurités.

Y-a-t-il une blessure intime que vous trainez dans vos œuvres ?

Bien sûr ! Nous traînons tous des blessures de l’enfance ou de l’adolescence. Ce qui est important à mon sens, c’est d’en être conscient et d’en faire quelque chose de constructif. Personnellement, j’ai grandi avec le sentiment de ne pas être aimée, alors que c’était complètement faux. J’ai grandi en me sentant différente, sans pour autant savoir en quoi je l’étais. Mes parents ont été sévères avec mes frères et moi, et ils avaient raison. Aujourd’hui, je vénère mes parents. Je les comprends tellement. Mais le temps que j’en arrive-là, il s’est créé une forme d’insécurité sur le plan émotionnel, parce que je suis une personne sensible et hyper tactile, tout le contraire de notre éducation. C’est cette fragilité qui, à mon avis, a ouvert une brèche au personnage pervers narcissique que je décris dans mon livre. Tant qu’on est dans la victimisation, dans le déni, on n’en sort pas. Il faut affronter nos émotions, les comprendre et composer avec elles, et non les refouler comme la société nous l’impose parfois.

Que  signifie pour vous  l’acte d’écrire ?

Ecrire est une thérapie pour moi. Je suis en questionnement constant et je reste évidemment à l’écoute de mes impulsions, ce que d’autres appelleraient inspiration. Ecrire s’impose à moi. Je ne choisis pas. Je ne calcule pas. C’est une manière d’exister, de laisser un héritage aux futures générations qui auront une idée, en lisant, de ce qu’aura été notre époque.

Le livre sera en sortie dédicace ce samedi  01er  février à la Fondation Tandeng Muna, quelle sera la suite ? 

C’est au public d’en décider. Je me sentirais honorée que des hommes et des femmes à travers le monde lisent ce livre et y comprennent quelque chose. Qu’ils se sentent concernés ou qu’ils trouvent la force de sortir de ces amours tristes. Le vrai amour existe et je souhaite à tout le monde de le vivre.

Propos recueillis par Martial E. NGUEA

 

 

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