Maryse Ewanje Epée : « Je suis une boulimique de travail… » - Culturebene
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Maryse Ewanje Epée : « Je suis une boulimique de travail… »

Dès l’âge de 15ans, elle va écrire pour les quotidiens VSD Mag, la gazette de Montpellier, l’Equipe Mag et Athlé Magazine, des expériences qui lui ouvriront plutard les portes d’Eurosport en 1992. Spécialisée dans la communication et le Marketing sportif, Maryse Ewanje Epée est consultant sur RMC, animatrice d’émissions, Directrice du Marketing et de la communication de YA FOYE Event, et chroniqueuse de l’émission plus d’Afrique sur Canal+. A 47ans, la championne a relevé tous les challenges qui se posaient sur son chemin, mais reste convaincue qu’il lui reste beaucoup à faire encore. Elle s’est entretenue avec l’équipe de culturebene.com qu’elle n’a pas manqué de féliciter.

Bonjour Maryse Ewanje Epée, merci d’accorder cette interview à culturebene.com. D’où vous vient cet amour pour l’athlétisme ?

Bonjour. Ça a été un peu par hasard, j’étais cette gamine très grande de taille et puis très active. Avec mes trois sœurs, on faisait beaucoup de bêtises (rire), alors ma mère nous a mis rapidement au sport le mercredi après-midi et j’ai tout de suite accroché sur l’athlétisme, parce que dès les premières compétitions, je me suis mis à tout gagner, tout simplement dans toutes disciplines.


Vous écriviez déjà pour quelques quotidiens à l’âge de 15ans, ce qui vous ouvre les portes d’Eurosport en 1992, étant athlète, quel a été le déclic ?

Eh bien, ça a toujours été ma passion depuis que j’étais gamine, je disais que je voulais devenir journaliste et je voulais écrire des livres, donc c’est ce que je faisais, j’ai énormément d’écritures, depuis l’âge de 10ans, jusqu’à beaucoup plutard, et comme je voulais en faire comme métier et que j’étais plutôt bonne en français, dès que j’ai pu commencer à faire des piges, je me suis lancée dans ma région, du côté du sud de la France à Montpellier d’abord, ensuite j’ai fait des études pour être journaliste. Par le biais de l’Institut National du sport et de l’Institut français du journalisme. Et puis, s’en sont suivis des stages à l’Equipe Mag, VSD, la Gazette de Montpellier…, avant d’être repérée par Eurosport, qui à l’époque était une jeune chaine qui s’installait à Paris et dans laquelle, j’ai candidaté très vite.

Encore adolescente, vous viviez déjà de riches expériences, dites-nous, aujourd’hui vous trainez des records derrière vous et la logique voudrait peut être que  vous vous retrouviez coach…, pourquoi avoir choisi de rester journaliste ?

En fait, ça ne m’intéressait pas du tout, l’entrainement c’est vraiment pas du tout mon truc et puis ça va vous sembler curieux, mais je ne me suis jamais considérée comme une sportive, plutôt comme une compétitrice, c’est-à-dire que la seule chose qui m’intéressait, c’était la compétition. Ça qui explique pourquoi je m’entrainais très durement, j’étais dure envers moi-même, mais parce que je voulais réussir en compétition. Et même si j’ai un diplôme d’entraineur, que j’ai passé en me disant que peut être un jour j’aurais envie d’entrainer, je me suis toujours dit que je serai un mauvais entraineur, parce que j’ai aucune patience, et que j’attendais beaucoup d’autres plutôt que de moi. Mais je vais vous surprendre, parce que ça va faire un bon moment déjà que j’entraine un petit club d’athlétisme près de chez moi, beh tout simplement parce que deux de mes enfants se sont inscrits en athlétisme et qu’il fallait que je donne un petit coup de main au club.

De les voir amorcer le même virage que vous à l’époque, vous ravit il ?

Oui, oui. Ça me fait plaisir, mais pour moi ce n’est pas indispensable qu’elles fassent de l’athlétisme. Je pense que le sport fait partie de l’équilibre d’un enfant, donc tous mes quatre enfants pratiquent du sport, le dernier a commencé avec du foot, du judo, maintenant il s’exerce au rugby et il m’a dit qu’il souhaiterait faire aussi de l’athlétisme, bon après honnêtement, ça me ferait très plaisir de retrouver les terrains de l’athlétisme par le biais de mes enfants et de les y voir réussir, mais pour l’instant ce n’est pas le but dans ma vie, ni dans la leur.

A l’issu de votre carrière sportive en 1996, vous êtes recrutée par Canal+ et vous étant spécialisée dans la communication et le Marketing sportif, vous êtes en même temps consultante à RMC, Co-animatrice de l’émission de José Touré et Directrice du Marketing et de la communication de YA FOYE Event. Comment arrivez à gérer tout ça ?

Rires. Déjà, quand je faisais de l’athlétisme, au-delà du saut en hauteur, j’avais commencé par les épreuves combinées et je suis restée très active depuis que je suis petite. Je suis une boulimique de travail, donc ça ne me dérange pas. Mais il faut savoir aussi qu’en France, il est parfois très difficile de faire son truc, quand on est « issu de la diversité ». Même si je suis née en France et que je suis française, j’ai toujours su depuis petite que, il vaut mieux être meilleur que les autres et dans tous les domaines si on veut réussir, quand on a la peau noire. Je sais que ça peut paraitre bizarre, mais c’est comme ça. Donc, c’est vrai que je me suis « coupé en dix » pour être visible dans tous les domaines et pour être un tout petit peu incontournable jusqu’à ce que RMC me donne ma chance et me garde. Parce que ça va faire 8ans déjà et je pense que, maintenant, ils les connaissent mes qualités, mais au début c’est toujours difficile, surtout quand on est une ancienne athlète, quand on est une fille noire, et aussi cette espèce de dictate que les athlètes ne sont pas forcément des gens intelligents, ce qui est évidemment stupide. Donc j’ai voulu prouver le contraire, et j’ai fini par monter ma propre société, parce que je voulais montrer aux autres journalistes, aux autres medias que je pouvais faire autre chose que de l’athlétisme.

De ces frustrations, il ne vous est jamais venu de regretter votre revirement au journalisme ?

Non, jamais. Parce que c’était vraiment ce que je voulais faire. Même maintenant à 47ans, j’ai gardé la même mentalité d’enfant qui dit qu’il faut toujours poursuivre ses rêves. Je voulais être comédienne et journaliste ; j’ai fait du théâtre pendant des années, j’ai même tourné dans un court métrage d’un ami et puis le journalisme m’a permis de réaliser en fait à la fois mon côté littéraire et en même temps de faire le lien entre ce que j’avais connu sur le terrain, de pouvoir en parler, de parler aussi d’autres sports, et enfin, de parler des femmes, parce qu’elles sont sous représentées en sport aussi bien en France qu’en Afrique que dans le monde. Donc, non je n’ai jamais regretté, par contre je me suis sentis parfois fatiguée et ça a été parfois très compliqué de mener ma vie de femme, celle d’épouse et ma vie professionnelle.

Vous nous parliez tant tôt de vos origines africaines, avez-vous déjà fait un tour au Cameroun ?

Déjà, je suis métisse, une mère française, un papa camerounais et un grand-père espagnol. Et comme j’ai été élevée par ma famille française et espagnole, je ne connaissais pas du tout l’Afrique avant mon arrivée à Paris. Et j’ai coutume de dire que quand on est athlète de haut niveau, on n’a pas de couleur, on n’a pas d’origine, on est juste dans le sport. Donc c’est à la fin de ma carrière qui a été très longue parce qu’il faut dire que j’ai arrêté à 32ans, et la fin de mes maternités qui ont aussi été longues (rire) puis que j’ai eu mon dernier enfant à 39ans, que je me suis dit qu’il était tant que je me mette les pieds en Afrique et que je sache d’où je viens. Tout simplement parce que c’est très important, et ma société, c’était aussi le but de pouvoir aller en Afrique en étant autre chose que touriste, en ayant un projet professionnel. Et donc, j’ai pu aller au Cameroun tout récemment, il y’a 3ans de cela.

Avez-vous profité pour entrer en contact avec quelques athlètes camerounais ?

Déjà en France, j’en connais tellement, dans toutes les disciplines d’ailleurs l’équipe de France bénéficie beaucoup du Cameroun, ça il faut le dire (rire). Au Cameroun, j’ai été voir quelques compétitions au cours de mon séjour là-bas, aussi bien en Judo, en athlétisme qu’en football, mais je n’ai pas pu profiter à fond, car j’y ai pas mis longtemps malheureusement. Mais j’attends des occasions professionnelles, j’attends d’être invitée éventuellement à une animation quelconque pour pouvoir passer plus de temps dans le pays de mon père et puis découvrir un peu d’autres choses sur le long terme, quoi.

Après ce bref passage au Cameroun, quel regard portez-vous sur l’art et la culture camerounaise et africaine en générale ?

Ça c’est « mon terrain de jeu » désormais, puisque au-delà de mes émissions sportives, je suis aussi l’une des chroniqueuses de l’émission « Plus D’Afrique » qui passe sur canal + et c’était la condition à mon arrivée sur cette émission de ne pas parler que de sport, je fais alors des coups de gueule et des coups de cœur où je suis amenée à parler de culture et bien  d’autres choses. Une culture africaine que je trouve extrêmement dans le reste du monde, parce qu’en réalité, on y parle de musiques africaines, de sport africain, mais on oublie qu’il y a aussi de très bon peintres africains, de très grands écrivains, des photographes et je trouve que l’Afrique regorge une richesse incroyable parce que du nord au sud et de L’Est à L’Ouest, on a vraiment des cultures extrêmement différents, aves des passions très différentes et je pense qu’il faudra toute une vie ou en tout cas le reste de ma vie puis la suivante pour parler de la culture africaine.

S’il vous fallait revenir en arrière, que voudriez-vous changer dans votre passé ?

Je crois qu’il ne faut pas qu’on ait des regrets. Donc il ne faut pas revenir en arrière. Alors pour pouvoir répondre à votre question, dans ma prochaine vie, si j’ai la chance d’en avoir une (rire), j’aimerais avoir peut être les mêmes naissances, les mêmes origines mais pouvoir dès l’enfance naviguer entre mes deux cultures et faire vraiment le lien, parce que je trouve que les enfants afro-descendants sont souvent trop coupés de leur continent de descendance et c’est vraiment dommage, parce que la réussite en Europe est tellement importante que quelques fois on oublie de leurs donner ce lien avec les racines. Ce qui fait qu’on est parfois obligé de creuser pour trouver ses racines. Moi par exemple je creuse ça me fait parfois mal aux mains, parce que je ne me sens pas tout à fait africaine, je ne me sens pas tout à fait française non plus, je me sens quelque chose entre les deux, et je trouve que j’ai encore à me nourrir de l’Afrique, ça me manque, voilà.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes filles africaines qui aimeraient faire dans l’athlétisme et suivre votre exemple ?

Alors déjà, ne visez pas forcement l’Europe, je sais que c’est difficile à dire, parce que moi je suis née ici et qu’on va dire que c’est plus facile pour moi. Le conseil, c’est à l’endroit plutôt des dirigeants africains « faites en sorte que vos étoiles, qu’elles soient sportives ou culturelles, puissent rester et vivre de leur art et de leur sport dans leur pays, parce que c’est très important. Je trouve que le rayonnement d’un pays passe par les sportifs et les artistes qui le représentent ». Et si ces jeunes filles ont la chance de faire une carrière dans leur pays, qu’elles restent elles-mêmes et surtout, qu’elles restent proches de leur famille. Quand on commence à atteindre le haut niveau, on se retrouve très vite entouré par des personnes qui ne vous veulent pas du bien, et qui parfois peuvent causer votre perte.

On remarque que vous élevez seule vos enfants, êtes-vous libre ? Ou plutôt, êtes-vous toujours un cœur à prendre ?

(Rires). Oui je suis un cœur à prendre. Ça va faire 6ans que je suis séparée du père de mes enfants, donc je suis libre.

Quel est le profil recherché ?

(Rires). Bah, je ne suis pas compliquée, pour qu’un homme me séduise, il faudrait qu’il ait une belle voix, qu’il sache faire la cuisine (s’il sait cuisiner du Ndolé, c’est un atout) qu’il soit gentil et qu’il me respecte, ça sera un bon début.

Nous sortons de cet entretien Maryse, un mot à l’endroit des internautes qui vont vous lire à travers notre portail ?

Bon, je dirais que déjà, rien que le nom culturebene ça veut dire que vous vous occupez énormément de la culture dans toute sa diversité. Je crois fermement que le développement d’un pays ou d’une personnalité, du moins, de soi-même, passe par la culture et par l’éducation. Donc, surtout maintenant vous avez une chance énorme, internet c’est pour tout le monde et ça vous emmène la culture directement à votre main grâce à culturebene.com.

Donc passez énormément de temps à fouiller sur internet, pas uniquement pour tchater sur les réseaux sociaux, lisez des forums, cultivez-vous en ligne parce que c’est gratuit, c’est vraiment ce qui va vous permettre de grandir et d’évoluer.

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